25,30,0,50,1
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Livres numérisésLivres numérisés concernant le Périgord, disponibles sur le site Gallica ou sur des sites universitaires

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Cartes postales anciennesPlus de 16000 cartes postales anciennes, un reportage sur le Périgord des années 1900-1920

La Révolution en Périgord

Des Etats-généraux à la mort de Pipaud des Granges (1789-1794)

Le sous-site « La Révolution en Périgord » constitue un complément de l’ouvrage que je viens de publier sous le titre La Révolution française en Dordogne, 1789-1794 : le cas Pierre-Eléonor Pipaud des Granges. J’ai souligné en introduction que ce livre, assez bref, constitue une synthèse et une vue d’ensemble qui manquait à la connaissance de cette période pour la Dordogne.

Cette étude devait donc être prolongée. En accord avec la Société historique, son président Dominique Audrerie et son webmaster Pierre Besse, nous avons choisi de le faire par ce site, commode à consulter, dont la fonction pouvait être triple :

  •  apporter les indispensables éclairages sur les sources (dès lors que le renvoi n’était pas fait dans l’ouvrage) et la bibliographie.
  •  développer l’étude d’événements sur lesquels s’appuyait l’ouvrage.
  •  apporter des thématiques complémentaires.
  •  ouvrir des débats.

Ce projet repose sur une construction propre à permettre au lecteur de compléter son information. Les neuf premiers fichiers correspondent aux chapitres de l’ouvrage. S’y ajouteront quelques dossiers trop peu abordés dans l’ouvrage comme la question des biens nationaux (à partir des études déjà publiées dans le bulletin ou de nouvelles recherches (notamment district de Nontron).

Les lecteurs pourront formuler des remarques ou poser des questions par le truchement de mon mail, la réponse se faisant sur le site.

Le calendrier de mise en place du site s’échelonnera sur la période de l’hiver et du printemps 2021. La première tranche de réalisation (Site 1,2,3,4) est prévue pour le 31 décembre 2020

 Guy Mandon

 Compléments    Chronologie                             
 Chapitre 1  Un avocat au temps des Etats du Périgord  
 Chapitre 2  Le président du conseil des communes (juillet 1789-mars 1790)
          Références (chap 2)  
       
 Chapitre 3  1790, faire entrer la Dordogne dans les nouvelles institutions 
     Références (chap 3)  
     Analyses (district de Bergerac)  
     Analyses (district de Nontron)  
 Chapitre 4    Jacobins contre Missionnaires : le conflit du serment
     Références et compléments (chap.4)  
 Chapitre 5    Le mouvement des métayers et les campagnes
       
 Chapitre 6  La Législative et la division des Jacobins (sept 1791-sept 1792)
       
 Chapitre 7  Pipaud procureur-général-syndic (oct 1792-déc 1792)
       
 Chapitre 8  Le temps des affrontements et la chute de Pipaud (janv 93-juillet 93)
       
 Chapitre 9  L'an II en Dordogne, la Terreur dans le désordre
       
       

Révolution en Périgord : compléments du chapitre 1

I - A propos des sources

Les Archives départementales de la Dordogne ont mis en ligne les cahiers de doléances (Série 6C) dont elles disposent, pour l’essentiel ceux de la sénéchaussée de Périgueux. C’est une lecture passionnante et souvent sans l’obstacle du déchiffrage. On trouvera, aux Archives départementales de la Gironde, les cahiers des paroisses périgourdines de la sénéchaussé de Libourne.

Sous les côtes 6C 18, 19, 20 on trouve les procès-verbaux des assemblées du tiers des sénéchaussées secondaires peu utilisés et pourtant passionnants pour l’étude du conflit villes-campagnes qu’ils présentent.

En 6C35, on trouve le procès-verbal de l’assemblée de la noblesse dont le cahier montre le niveau d’hostilité à la monarchie absolue. Quant au document 6C36, il expose le conflit qui opposa l’évêque et ses curés.

Des Archives Nationales, on consultera sur les états généraux et la correspondance de Fournier-Lacharmie ou de Gontier de Biran, le dossier B 66.

II - Quelques indications bibliographiques

 Pour la bibliographie générale du Périgord, la meilleure recension se trouve dans l’Inventaire de la série L des Archives Départementales de la Dordogne, Bergerac 1965, publié par Noël Becquart. Elle a été renouvelée par le remarquable travail de R Beaudry dans un ouvrage collectif paru à l’occasion du Bicentenaire Croquants et Jacobins, Aspects de la Révolution en Dordogne, 1989-99, Copédit, 198.

Bibliographie

Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, deux ouvrages donnent des analyses plus détaillées. Bien sûr il faut en revenir à l’ouvrage plus que séculaire mais ô combien savoureux de Georges Bussières réédité en 1989 et préfacé par Anne-Marie Cocula, (Etudes historiques sur) La Révolution en Périgord,2 tomes, P.L.B. éditeur, Le Bugue, 1989. Ch Vénard, 1789, Les élections aux Etats Généraux dans la sénéchaussée principale de Périgueux, T.E.R. Paris IV, 1987, étudie (et c’est original) surtout les procès-verbaux qui accompagnent les cahiers essayant de vérifier une thèse d’un auteur longtemps ignoré et remis en honneur par F Furet, A Cochin. L’ouvrage publié par la Société historique pour le bicentenaire, Le Périgord révolutionnaire supplément Bulletin SHAP LXVI 1789, hélas sans construction problématique ni ordre thématique compte un certain nombre d’articles intéressants. Pour ce chapitre, celui de Guy Penaud sur les francs-maçons ou encore de l’abbé Robert Boué sur « les derniers curés d’Ancien Régime (p161) et surtout de R Larivière sur le vote des femmes aux assemblées de paroisse (.pagination articles)

Les événements de la période de l’été 1788 au printemps 1789 à la fois sur les plans économique (crise frumentaire) et politique (préparation des états-généraux) du sud de la Dordogne trouvent de larges échos dans G. Charrier, Les Jurades de la ville de Bergerac, 1352-1790, Imprimerie générale du Sud-Ouest, 1892-1941, tomes XII et XIII

Pour Périgueux, la correspondance d’un magistrat et du sénéchal : G.Lavergne »les préliminaires de 1789, lettres de Chilhaud de la Rigaudie et du marquis de Labrousse de Verteillac ». B.S.H.A.P., 1955, p 33 montre le climat de tension de la ville à l’hiver 1789

Pour les Nontronnais, ils trouveront dans la bibliothèque des Archives départementales R Beaudry, Cahiers de doléances du Nontronnais, Nontron 1789 et ceux qui s’intéressent à la pré-révolution des articles du Bulletin ont été consacrés aux cahiers de doléances .

Noël Becquart pour Issigeac (1962), La Roque-Gageac (1976), Marcillac (1982).
E. Lecoux-Lagoutte : Trélissac (1900),
Dujarric-Descombes : Celles (il s’agit d’une étude communale) (1917),
G. Duboscq : Auriac en Périgord (1936)

Pour le clergé, l’exemple unique du cahier d’un curé de campagne, Delteil de Saint-Cernin de la Barde présenté par G Lavergne dans le BSHAP de 1929.

Sur ce premier chapitre, comme sur le suivant, la thématique a été limitée : on retrouvera les événements détaillés dans le 1789 en Périgord déjà cité. Ont été retenu textes portant sur les thématiques suivantes

III - Compléments au livre

31 - la fièvre archéologique de 1788, lancée en juillet 1788 au moment de la convocation des états généraux et le droit des provinces qui avaient perdu leur titre de pays d’Etat à y participer. Les villes étaient spécialement chargées de cette démarche. Le principe était qu’elles unissent leurs efforts pour rédiger un placet commun. C’est dans cette voie que s’engagèrent les sénéchaussées de Sarlat et Bergerac (voir carte 1) Photo 1 déjà utilisée pour la conférence et dans une démarche qui dura toute l’automne de sorte qu’en décembre elles étaient prêtes à unir leur effort à la sénéchaussée de Périgueux.

On sait comment, dans celle-ci, la vigueur de l’offensive aristocrate sous la présidence de l’évêque fit avorter le projet. Chilhaud dans sa correspondance avec le marquis de Verteillac (citée ci-dessus) décrit l’affrontement. Le 11 les ordres de la ville s’étaient réunis et étaient convenus de se revoir. Mais la noblesse court-circuita ce calendrier.

"Le 15 de ce mois la noblesse, tant de la ville que de la province s’est assemblée sur une lettre circulaire de M Dupin , receveur des tailles. On y appela quelques membres du clergé et M l’Evêque la présida. On agita la question de savoir s’il serait avantageux de demander le rétablissement des Etats de cette province et tous les suffrages se rencontrèrent sur l’utilité de cette demande. Mais, lorsqu’il fut question de la forme sous laquelle aurait lieu le rétablissement, il y eut de grands débats. Presque tous les membres de la campagne et une partie de ceux de la ville étaient d’avis que l’on demandât sur le même plan que la province du Dauphiné venait d’adopter 1.Mais l’influence de M. l’Evêque et quelques autres fut telle qu’on se décida à demander le rétablissement sur l’ancien pied et le mémoire fut en conséquence rédigé et renvoyé. Les Officiers Municipaux de cette ville, instruits du résultat de cette assemblée en convoquèrent une du tiers-état et croyez bien, monsieur, que cet ordre, justement offensé de ce que la noblesse ne l’avait pas appelé pour concourir à un établissement aussi important a pris des résolutions toutes contraires "

 Chacun alla donc de son placet et c’est ce climat que dénonce Pipaud des Granges dans son Avis aux trois ordres.

Celui qui est présenté ci-dessous est celui des « nobles citoyens de Périgueux » dont l’attitude restait hésitante : fallait-il se rallier au tiers-état ou au contraire à la noblesse. Car ceux qui étaient porteurs du titre de « Bourgeois de Périgueux »,entre 200 et 300 familles titulaires de ces lettres de bourgeoisie qui s’accompagnaient de nombreux privilèges dont significativement celui de porter l’épée) (voir G. du Mas, Le Périgord des "nobles" bourgeois du XVIII° siècle, Périgueux, Pilote 24, 2003. Ils appuyaient cette prétention sur le fait que, depuis le traité de 1204 avec Philippe-Auguste, la ville constituait une seigneurie, directement vassale de la monarchie. De ce fait, la noblesse de la ville était incontestable et les bourgeois, en tant que tels, pouvaient être considérés comme nobles. D’où aussi la question de leur appartenance, car le second ordre les rejetait et le maire Migot de Blanzac n’obtint pas de siéger au nom de la ville à l’assemblée des nobles d’où il fut proprement éconduit (assemblée de la noblesse, citée ci-dessus).

Les bourgeois rejoignirent donc le tiers en 1788, partie à cause de cette situation, mais aussi parce que, dans leur rangs, certains participaient aux idéaux du tiers.

J’ai retenu le début de leur placet car il montre quel était l’enjeu de la démarche lancée par Loménie de Brienne à l’été 1788 (photo 2)

 32 - Les cahiers de doléances

A noter que Georges Bussières (La Révolution en Périgord, cité ci-dessus, tome 1, 2°partie chapitre V, p. 67) publie de larges extraits des cahiers. Idem pour G.Rocal, Croquants du Périgord, Paris, Floury, 1936

Nous avons retenus deux cahiers qu’on ne peut prendre pour des cahiers-types. Leur choix résulte de leur spécificité à propos de certains thèmes

321 Auriac-de-Bourzac

Le cahier d’Auriac-de-Bourzac a été retenu pour montrer que les doléances locales peuvent s’élever à des considérations politiques , teintées de rancune, qui montrent la mentalité des campagnes et leur hostilité à la ville, cette fois accusée de prendre aux campagnes les plus robustes de leurs hommes . On notera d’un côté la modération de ce cahier qui reconnaît la légitimité de la dîme et même des rentes, comme spécifiques aux deux premiers ordres, non sans souligner qu’ecclésiastiques et nobles doivent être soumis à la loi commune en matière fiscale sur leurs propriétés. La critique de la légitimité de l’exemption fiscale noble est classique : les nobles ne payant plus l’impôt du sang, ils ne doivent être exempts de celui qui doit frapper tous les Français. Particulièrement intéressantes sont les considérations sur les domestiques ou laquais à qui est reprochée leur oisiveté et leur morgue et plus encore leur exemption de la milice. Tout au long de la Révolution on leur ferait payer leur ancien état dont témoigne de façon particulière la manière dont ils sont désignés en mars 1793 dans le cadre de la levée de 300 000 hommes. On notera aussi la conviction d’un dépeuplement, ancré dans les mentalités du XVIII° siècle où la population avait augmenté d’un tiers. D’où l’attrait des thèses populationnistes contemporaines de Malthus qui ,au contraire, soulignait les dangers de la croissance démographique

Ce cahier en forme de traité émane évidemment d’une plume bourgeoise. On notera le lien très strict entre citoyenneté et propriété. On ne sait si le passage à propos des hommes « rebut » qui sont les agriculteurs fut bien reçue !

 " Le tiers-état de la paroisse d’Auriac n’a pu entendre sans verser de larmes d’attendrissement, les marques touchantes de bonté particulière, avec laquelle Sa majesté veut se rapprocher de son peuple en lui permettant de porter à ses pieds ses très humbles supplications et ses hommages respectueux. Vraiment pénétrés de la confiance dont nous honore un roi si bon et si occupé du bonheur de ses fidèles sujet nous sacrifieront toujours gaiement nos fortunes et nos vies à la prospérité de son règne et à la gloire de sa couronne

On peut avoir le cœur et les sentiments d’un bon citoyen sans possession territoriale, mais ce n’est que par les possessions territoriales qu’on acquiert tous les droits de citoyen (2) et les prérogatives de citoyen augmentent ou diminuent en raison de l’étendue, de la nature ou de la qualité de ses biens. C’est donc en proportion de ses biens ou possessions territoriales que le citoyen doit contribuer aux charges de l’Etat.

Nous ne disputons pas aux deux ordres respectables du clergé et de la noblesse les divers privilèges attachés à leur personne et à leur état. Mais leurs biens ne sont pas d’une nature différente des nôtres.

Les dîmes sont le vrai patrimoine de l’Eglise. Son droit sur cet objet nous paraît si naturel et si bien établi que nous ne pouvons voir qu’avec surprise et douleur qu’il en a été détaché certaines portions dans les temps de troubles et de désordre pour passer en des mains étrangères (3). . Nous ne pouvons nous empêcher de jeter un autre jugement sur les bien fonds ecclésiastiques…Messiers du clergé ne peuvent les posséder qu’au même titre que les tenaient leurs donateurs au titre de citoyens. Or le premier ordre de l’Etat est composé sans nul doute de trop bons citoyens pour refuser de soutenir le fardeau de l’Etat…

Ce que nous venons de dire des biens ecclésiastiques s’applique naturellement aux biens anoblis quelconques…Les exemptions des biens de noblesse pris en général n’ont été accordés qu’en échange avec d’autres charges plus désagréables sans doute, celles d’avoir à défendre ses propres foyers de l’usurpation et la tyrannie, et de fournir également comme vassaux de la couronne aux dépenses des guerres meurtrières et ruineuses qu’avait à soutenir le Seigneur Suzerain, c’est une espèce de dédommagement que lui devait l’Etat ; mais aujourd’hui que les dépenses de guerre sont toutes aux frais de l’Etat et que l’Etat veille également sur la Société et la tranquillité de toutes les personnes particulières, Messieurs les nobles ont-ils le droit de réclamer les mêmes exemptions ?…Un revenu et qui doit être exempt de toutes impositions ce sont les rentes :en assençant (4) les fonds les Seigneurs se sont déchargés sur leur tenanciers de toutes charges civiles et ecclésiastiques, et cette décharge nous paraît aussi juste que naturelle. D’ailleurs si les rentes et les dîmes étaient imposées, les mêmes terres supporteraient deux impositions à la fois ce qui ne nous paraîtrait ni naturel ni équitable.

Une dépopulation affreuse appauvrit nos campagnes, cependant à consulter les registres de notre paroisse, le nombre de nos garçons aux naissances surpasse de près d’un quart le nombre de nos filles jusqu’à l’âge nubile ou les filles deviennent moitié plus nombreuses. Quelles sont les causes funestes de cette dépopulation aussi désavantageuses à l’état général qu’au bien particulier de l’agriculture ?

La source la plus dangereuse de ce terrible fléau qui nous désole (nous ne croyons pas pouvoir nous dispenser de la dire) c’est le nombreux cortège de laquais inutiles que le luxe traine à sa suite.il faut des domestiques, des laquais de gens d’affaires, nous sommes bien éloignés de condamner les riches qui ne gardent que les gens à gages qu’ils peuvent utilement occuper ; mais combien d’hommes inutiles que le luxe nourrit et que la vanité décore ? Combien de bras nerveux enlevés à l’agriculture pour les laisser dans le repos !Quoique nés pour le travail, nous sommes tous portés à la paresse. Un état où, sans occupation pénible l’on gagne de gros gages, on l’on est toujours biens nourris, bien logés, bien vêtus est un état bien séduisant pour le misérable laboureur qui arrose sans cesse de ses sueurs précieuses une terre avare qui lui fournit à peine les choses de première nécessité. Et les passions sont si voisines du cœur de l’homme que la nature nous porte elle-même à préférer un genre de vie où l’on a mille moyens de les mettre en jeu. Ainsi l’on quitte l’araire pour prendre la livrée. S’il y a un bel homme, c’est celui-ci que la vanité préfère. Ainsi nos campagne se trouvent sans cesse appauvries de ce qui serait son plus bel ornement, ainsi se vouent à un service non seulement odieux pour son inutilité mais infiniment préjudiciable à l’Etat. Les plus hommes de la nation, s’ils reviennent dans leurs premiers jours, c’est pour insulter par leur morgue insolente à la misère du peuple et donner du dégoût pour les travaux pénibles. Ils ne regardent plus qu’avec dédain la charrue qu’ils ont indignement quittée ; ils jouissent en paix des plus douces prérogatives dans leur oisiveté favorisée tandis que nos terres languissent, et que nos blés dessèchent sur la tige encore verte faute de bras…Que ne peut-on imprimer une tache indélébile de honte et d’ignominie sur le front de ces hommes avilis ? Peu leur importe que l’Etat soit obérée de dettes ou que l’ennemi soit à ses portes ; mille fois plus heureux que leur maître, ils boivent à longs traits les sucs de l’Etat sans en avaler la lie et en ressentir l’amertume. Encore si la milice n’épargnait pas ces hommes privilégiés mais ils ont un moyen assuré de s’en garantir(5) tandis que les coups du sort tombent sans ménagement sur le pauvre cultivateur. L’on choisit une première fois les plus beaux hommes pour en faire des laquais, l’on choisit une seconde fois pour en faire des soldats…il ne reste à nos campagnes que le rebut. C’est ce rebut seul qui devient l’âme et le soutien de l’agriculture première ressource du royaume ; ce sont des hommes rabougris que l’on réserve pour peupler nos campagnes…Ne dirait-on pas qu’une puissance ennemie travaille sourdement à la dégradation de l’espèce humaine parmi nou.

Ce n’est pas là même la seule perte qu’éprouve l’agriculture. Qu’on calcule s’il est possible le nombre des fénéants (sic) des faiseurs de rien, de gens sans travail et sans état que renferme l’enceinte de nos villes, l’on jugera sans peine de la disette de bras qui doit affliger nos campagnes. Nous désirerions donc qu’il fût placé un impôt sur les gages mal gagnés sur tous ces domestiques qui ne sont pas jugés d’une nécessité suffisante, qu’il plût aux états généraux ou à Sa Majesté de porter une loi sage qui ramenât dans leurs foyers tous ceux qui les ont quittés sans un juste motif et on arrêterait ces émigrations continuelles qui dépeuplent nos hameaux."

322 Saint-André-de-Double

Le cahier de Saint-André de Double (photo3) est bien connu et doit sa célébrité à ses considérations sur les pommes de terre. Mais il a l’intérêt de bien poser certaines questions, notamment sur le poids de la dîme et ses paradoxes.

  1. l’agriculture traditionnelle

L’infertilité de la Double n’est plus à démontrer. Apparaît ici cependant une des caractéristiques de l’agriculture d’Ancien régime. Se reporter à G Mandon, »Quelques hypothèses sur l’état économique et social du Périgord à la veille de la révolution, Le Périgord révolutionnaire, supplément , déjà cité p 477. L’infertilité des sols est compensée par de multiples opération de sarclage, bêchage etc, ce qui induit nécessairement une productivité limitée...Ces faiblesses résultent d’un double handicap : la médiocrité des sols malgré une fumure végétale évoquée ici donne de très faibles résultats à l’hectare (peut -être 5 quintaux soit 3 grains récoltés pour un semé) ; mais en l’absence d’outillage les surfaces cultivées par actif sont limitées (d’autant que le cahier indique la nécessité de conserver des friches pour les engrais) Se conjuguent ainsi faiblesse des rendements et de la productivité. Reste que dans des tableaux de ce type dans les cahiers il faut toujours faire la part du genre littéraire !

Pour ce qui est de la pomme de terre, on ne peut retrouver la chronologie de son introduction en Périgord. Il reste qu’elle est implantée avant la Révolution là où les terres sont trop froides pour la culture du maïs avec qui elle est en concurrence comme plante vivrière, d’abord pour l’alimentation des cochons mais bientôt aussi dans l’alimentation humaine ce qui ne semble pas encore être le cas à Saint-André.

Le développement sur la dîme mérite quelques explications. Son taux de prélèvement en Périgord doit être moyenne au 1/12° mais souvent au 1/11° et elle se prélève sur les produits du sol et la vigne. C’est pourquoi toute hausse de la production se répercute sur elle. D’où les propos tenus ici. Ce qui est souligné ici c’est le fait que la dîme se prélève sur les récoltes (sur le champ le plus souvent et parfois au grenier), c’est àdire le produit brut. Mais pour atteindre le produit net , le producteur doit d’abord soustraire d’un tiers à un quart de la production pour la semence s’il veut une production équivalente l’année suivante. Il faut aussi payer les impôts et les droits seigneuriaux soit encore 20% de la récolte. De sorte que si l’on fixe à l’indice 100 la récolte il faut en soustraire 30 de semence, 20 d’impôts et droits seigneuriaux et autour de 10 de dîme : ce qui fait un prélèvement de moitié. De sorte que la dîme enlève en terme de produit net entre 1/5°et ¼ de la récolte. C’est ce qui explique le raisonnement du paragraphe 6 (A ces fins…frais).En effet lorsque, en année de crise, le produit net diminue de moitié(soit 50) le poids de la semence reste le même si l’on veut préserver l’année future et le prélèvement décimal baisse lui aussi mais représente une part plus importante du produit net

Le calcul de la population donne un taux de 600 habitants pour 133 feux soit le taux classique de 4,5 personnes par feu.

L’étude de la récolte et du produit par habitant est plus intéressante.

Récolte seigle brute : 3600 boisseaux soit à 25 kg le boisseau : 900 qx.

Déduction semence et rentes : 1400 soit 38% de la récolte. Si l’on compte 30% pour la semence, les rentes seraient à 8% ce qui est classique pour le Périgord. La déduction pour les 5 ou 6 domaines tient au fait qu’il s’agisse soit de nobles soit d’urbains privilégiés. Mais on ne voit pas bien comment fonctionne cette déduction qui paraît faible. On voit aussi que, malgré les étendues boisées la part des châtaigniers est faible. On notera aussi que dans ce calcul la dîme n’est pas prise en compte à moins, ce ne serait pas illogique, que le produit décimal ait été enlevé du produit de 3600. Ce qui est important c’est qu’il reste 5 boisseaux à 25 kg soit 125 kg par an soit moins de 400 grammes par jour, ce qui paraît faible mais on aurait par feu 25 kg a répartir entre 4 a 5 personnes mais seulement 2 ou 3 adultes et 2 enfants ce qui donne des rations plus supportables surtout si l’on compare à celles fixées à la fin de l’An II.

Dernier point abordé : comment ajouter aux revenus de la terre ? D’une part par des services extérieurs comme les charrois ou l’émigration saisonnière qu’a étudiée Jean-Pierre Poussou, Bordeaux et le Sud-Ouest de la France, E.H.E.S.S., 1983, Chapitre 3 p 63.

Fin du texte StAndré

Et 150 entre l’enfance et la puberté

On y recueille environ 3600 boisseaux de blé presque tout seigle, mesure de Ribérac dont il fauit déduire 1400 pour les semence et rentes, il faudrait encore en déduire 150 pour la moitié du produit de six domaines possédés par des étrangers. Reste 2050. On recueille aussi environ 600 boisseaux de blé d’Espagne, 300 boisseaux de millet ; les légumes et les châtaignes peuvent équivaloir à 200 ce qui ferait en tout 2050 3150. Cette quantité de blé divisée entre 600 individus ne ferait pas beaucoup plus de 5 boisseaux pour chacun.

Le produit du bétail et des bois n’est certainement pas suffisant pour le vêtement. Les autres menus besoins s’ajoutent aux frais de culture et les impositions royales. Cette paroisse est donc pauvre, puisque toutes les ressources épuisées, il ne lui reste pas de quoi vivre à demi. Pour subvenir à cette indigence, il faut user de moyens qui par la suite deviennent plus nuisibles que le mal même. On se sauve par les charrois qui reviennent très fréquemment et où l’on passe bien des jours perdus pour les travaux de la terre, d’un autre côté les jeunes gens s’absentent presque tous au retour du printemps, vont dans d’autre pays vendre leurs bras et leur vigueur afin que l’hiver les ramenant dans leur patrie, ils puissent y apporter quelque secours pour leur famille. On voit combien l’agriculture doit souffrir de ces évasions qui sont annuelles.

Cette paroisse unit ses vœux à ceux du reste de la Double pour les réclamations qui y sont communes. Elle espère qu’on voudra bien lui faire quelque part des soulagements et secours qu’on pourra avoir à répandre sur les cantons de la provins (ADD 6C13)

c -Le cahier de Villamblard

Enfin, le cahier de Villamblard témoigne à la fois de l’anticléricalisme populaire mais aussi de ce que certaines mesures de la constitution civile du clergé qui parurent radicales étaient aussi dans les têtes en 1789, même si ce cahier de Villamblard paraît tenir des positions particulières. Notons que le contenu reprend la question de la domesticité. Ce cas sera évoqué en section 4

Les travailleurs les plus nerveux ont abandonné une paroisse frappée de tant de fléaux, ils se sont enrôlés avec la laquetaille et les artistes pour avoir du pain avec des vices, l’oisiveté avec la commodité et la bassesse. Prennent-ils un peu plus d’essor, ils se font prêtres ou moines et vont grossier la troupe des fainéants doublement onéreux et par le sot orgueil de leurs prétentions et par les salaires très disproportionnés avec les services qu’ils rendent.

Sera suppliée Sa Majesté :

1° De réduire d’un quart les évêchés la mort arrivant
2° Supprimer toutes les collégiales
3° Défendre recevoir pas un religieux de dix ans, les réduire en deux classes suivant le régime de carnivore ou d’ictyophages
4° Ordonner qu’ils seront au moins 12 religieux dans chaque couvent, moyennant ce, celles qui demeureront vacantes seront cédées au profit des provinces (6)
5° Qu’ils entreront sous la juridiction ordinaire de l’ évêque qui pourra s’en servir de vicaire de secours
­6° Le religion romaine sera toujours dominante. Tous les cultes qui ne combattent pas les lois civiles seront tolérés en par leurs sectateurs alimentant leurs ministres
7° les protestants jouiront de tous les droits civiles et pourront même postuler les charges publiques ; sans pour autant faire corps.
8° Comme l’empire des religions est dans les cieux, les biens de la terre comme ministres leurs seront prohibés. En conséquence toutes les dîmes ecclésiastiques supprimées.
9° En remplacement il sera payé 1° aux archevêques 30000livres, aux évêques 15000, aux curés 1000 livres pour les cures à 200 feux, 1200 à ceux qui ont 300 feux, enfin 1600 livres pour celles où il faut l’intervention d’un vicaire. Les curés, moyennant ce traitement, ne pourront rien plus prétendre pour les fonctions de leur état (7)
10° Toutes les abbayes, prieurés ou bénéfices consistoriaux seront supprimés
11° Il sera établi un consistoire à Paris pour sacrer les évêques, accorder leur bulle et investir leurs évêchés
12° Créer un patriarche pour présider ledit consistoire qui remplira en France les fonctions de Sa Sainteté ; moyennant ce, abroger tout envoi d’argent à Rome, soit pour les annates(8), bulle dispenses etc…

33 - Les états à Périgueux

Remarque : J’ai évoqué dans le livre les états du Périgord. En fait le sentiment que leur réunion de 1789 s’inscrivait dans la tradition de ceux de 1614 justifiait l’emploi de ce terme. Mais il s’agit d’une simple réunion électorale qui n’avait aucun pouvoir de décision à la manière des états provinciaux. Mais on voyait dans la réunion de 1789 un premier pas vers ce rétablissement

 b- les curés « richéristes (9)» et le malentendu de 1789 : texte abbé Lastorde (N N ,Fonds Périgord, correspondance Lespine)

L’abbé Lastorde (ou Laborde) est curé de Bourrou. C’est un correspondant de l’abbé Lespine qui en 1789 séjourne à Paris. Son confrère lui écrit donc pour lui arrer les nouvelles du pays et ici la réunion du clergé à Périgueux. On y retrouve l’inspiration richériste, un des avatars d »presbytérien » du jansénisme et qui s’élevait contre la gestion autocratique de l’ordre par le haut clergé méprisant à l’égard des prêtres de paroisses

b-le mandat impératif de la noblesse périgourdine.

Ce mandat a été voté par la partie la plus dure du clergé périgourdin et notamment des parisiens qui, n’ayant pas été élu voulurent enfermer leurs députés dans des prescriptions très étroites qui montrent leur état d’esprit et complètent le cahier de doléances.

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Notes :

Note 1 : A noter que le Dauphiné (pays d’Etat) faisait figure de modèles dans la pré-Révolution notamment à la suite de la fameuse « journée des tuiles » du 7 juin 1788 à Vizille. On y avait convoqué les Etats particuliers selon un mode qui augmentait la représentation du tiers et le vote en assemblée commune. Jean Egret, La Révolution des Notables, Mounier et les Monarchiens, 1789, Paris, Armand Colin, 1950.

Note 2  : On est ici face à la formulation stricte du système censitaire dans une définition plus rigoureuse que celle de la Constituante. Celle-ci graduait les droits des citoyens (actifs, électeurs, éligibles) en fonction de l’impôt. Ici  on établit une sorte de proportionnalité directe entre taille des propriété et citoyenneté on exclut du vote tous ceux qui ne sont pas propriétaires à commencer par les métayers même s’ils paient beaucoup d’impôts

Note 3 :  Il s’agit là des dîmes inféodées que percevait la noblesse qui constituait une partie décimée mais mal acceptée du produit décimal et qui avait survécu à la réforme grégorienne du XII °siècle qui avait vu l’Eglise récupérer ses biens spoliés par la noblesse durant les siècles de désordres postérieurs à Charlemagne.

Note 4C’est à dire en les distribuant aux manants au sein de la seigneurie, qui fonde la propriété éminente, en échange d’un cens ou droit ou rente féodale tandis que les propriétés directes acquises par achat ou héritage étaient travaillées en faire valoir direct ou louées aux fermiers ou métayers contre loyer en argent dans le premier cas, en nature dans le second.

Note 5 : Les domestiques des privilégiés étaient exempts de milice.

Note 6 : En fait cette mesure fut appliquée plus rigoureusement puisqu’on décida de « rendre leur liberté » aux religieux qui le souhaiteraient et de regrouper les autres par vingt

Note 7 :  Il s’agit d’interdire la perception de ce que l’on appelait le casuel notamment perçu pour les enterrements

Note 8 :  Revenu d’une année du bénéfice à envoyer à Rome au moment d’une entrée en possession. Dans les faits, il ne s’appliquait qu’aux évêques et était souvent une partie seulement du montant

Note 9 :  Le « richérisme » du nom d’Edmond Richer (1559-1661) affirmait la subordination du pape aux conciles et estimait que, le seul seigneur étant Jésus-Christ, l’Eglise ne pouvait être gouvernée que par des conseils dont les curés (prêtre ayant la « cura animarum » soit la charge des âmes), successeurs des apôtres devaient faire partie au même titre que les évêques conformément à ce qui se passait dans l’Eglise primitive. Le richérisme a été au XVIII°siècle une composante du jansénisme et a nourri une sorte de courant ecclésial démocratique qu’illustre cette lettre de l’abbé Lastorde ou Laborde que Louis Grillon avait relevée a la Bibliothèque nationale. Elle fait partie d’un courrier qui court sur l’année 1789 et qui montre que pour être richériste les curés avaient souvent pour ce qui est de la société des idées plus conservatrices. Cela a nourri le malentendu de 1789 sur le clergé que l’attitude de la majorité des ecclésiastiques à l’Assemblée devait dissiper : ils eurent vite le sentiment que les mesures prises par l’assemblée étaient hostiles au clergé. J’avais publié ce texte en 1989 dans Croquants et Jacobins, cité ci-dessus, p14-15

 

 

 

Chronologie des évènements révolutionnaires en France et en Périgord

Chronologie proposée par Guy Mandon

Le district de Bergerac en 1790

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DEUX DISTRICTS SOUS LA CONSTITUANTE : BERGERAC et NONTRON

Le choix de ces deux districts tient à leur opposition. Non seulement Sud contre Nord, mais taille : 9 cantons et 130 paroisses pour Bergerac, 8 cantons et 64 paroisses pour Nontron :l es représentants du premier, Gontier de Biran et Laroque de Mons avaient bien défendu leur cause et il n’existait dans aucun des trois ordres de députés nontronnais !Il faut y ajouter la différence d’activité mais aussi de tempérament politique sur laquelle Rocal, avec une impartialité moyenne devait souvent revenir !

BERGERAC

Le district de Bergerac est le premier en population et en nombre d’actifs du département : 75200 habitants

Avec 160 délibérations, de sa réunion le 9 août à la fin septembre 1791, le directoire du district de Bergerac se situe dans la moyenne entre les districts faibles et celui de Périgueux qui produit le plus de délibérations. Il se réunit en moyenne de 10 fois par mois au 4°trimestre 1790 à 6,6 fois au 2°trimestre 1791, le deuxième trimestre étant marqué par une plus grande activité, comme le début de l’été. Notons qu’à la différence des autres districts, le registre du district de Bergerac exclut les affaires de biens nationaux.

Ce rythme traduit aussi le climat : la fin de 1790 voit se multiplier les questions fiscales. Ce dossier diminue d’intensité au cours de l’hiver où gonflent les affaires religieuses. Les troubles qu’elles entrainent s’ajoutent au printemps et surtout à partir de mai à une agitation qui culmine à l’été avec le mouvement des métayers d’ailleurs rapidement réprimé.

L’impression générale que donne ce district nous rapproche de celui de Montignac : tous deux sont d’une forte sensibilité idéologique qui s’exprime au moment des grands événements (émigration, serment des prêtres, Varennes). On peut en outre estimer qu’elle se traduit par le souci de gérer avec précision et équité la question fiscale même s’il existe dans ce domaine un apparent parti pris contre les prêtres et une volonté de revanche sur l’Ancien Régime.

I - La sensibilité politique : une certaine radicalité

Nous essaierons par ailleurs de repérer les personnalités politiques qui siègent au conseil d’administration et surtout au directoire composé des deux Pinet du Séran et de Saint-Aubin, Larégnère et Bonnet du Cluzel, le notaire Bruzac prenant les fonctions de procureur-syndic, son substitut étant Pinet de Saint-Aubin. La présidence de l’administration revient à Ponterie-Escot.

A - l’enrôlement de la jeunesse

On notera d’entrée de jeu le souci d’intégrer la jeunesse et de la voir proclamer idéaux et principes révolutionnaires. Lors de la réunion des électeurs pour désigner les administrateurs du district, le quatrième après-midi, 13 août se produit la visite d’une « compagnie de 18 enfants » entrés dans l’église tambour battant « en habit de garde national marchant sur deux lignes commandés par M Borie, volontaire au régiment de cette ville qui a fait ranger sa petite troupe devant et autour du bureau et dans cet ordre, l’un desdits enfants, Mr Elizée Géraud fils ainé, âgé de 9 ans monté sur une chaise en face de M le Président a prononcé un discours sur les avantages de la Constitution et les travaux de l’assemblée électorale qui a été vivement applaudi, ce premier discours suivi d’un second par M Queyrel, 12ans, qui a reçu les mêmes applaudissements et M le président leur a témoigné la satisfaction de l’assemblée et les exhortant à cultiver leurs talents et à se rendre dignes du bonheur que l’Assemblée nationale leur prépare et l’assemblée les a priés de remettre leurs discours sur le bureau pour être insérés » De ces deux discours on retiendra quelques passages. Ainsi, du haut de ses neuf ans, le petit Elizée Géraud n’hésite pas à rappeler à ses ainés «  qu’instruits sur nos véritables intérêts par nos calamités (il est temps que) nous renoncions aux projets barbares et insensés que nous a donnés le gouvernement despotique. L’Assemblé nationale animée du désir de nous rendre libres et heureux a recherché l’origine de nos droits et l’a trouvée dans les lois de la nature qui sont imprescriptibles » Et de saluer en expert ses vertueux aîné « Vous venez de donner, MM à Périgueux des preuves éclatantes de votre patriotisme » Et son ainé Queyrel est tout aussi affirmatif. Il est vrai que le maître de pension, Bourson, figure du patriotisme bergeracois, a voulu ainsi manifester «  l’exemple, unique en Dordogne, d’une telle démonstration de la prime jeunesse »

B - La défense des principes s’exprime aussi par la déclaration, très précoce en Dordogne, concernant les émigrés.

Le 17 novembre1790, en effet, le directoire reprend une adresse du directoire de Dijon qui réclame la saisie des biens de ceux qu’on appelle alors les « émigrants » et de partager le produit « applicable à la partie souffrante de nos citoyens ». Le réquisitoire du Procureur syndic est articulé sur trois points. Le premier « que font nos émigrants à l’étranger ?» constitue un réquisitoire sur les conséquences économiques (ils font sortir le numéraire ») et politiques (« irriter contre nous les puissances voisines »). Second point : l’attitude a prendre à leurs égard. Evidemment se pose la question du droit des gens à se déplacer. Mais comment l’appliquer à des gens qui le violent sous le prétexte qu’ils ne seraient pas en sécurité en France, argutie irrecevable « à présent que le peuple est calme » . Troisième élément : l’obligation pour l’Assemblée de sévir sous peine de « mettre la Constitution en danger » « Le temps de l’indulgence est passé » et elle deviendrait peu ou prou de la complicité. D’où une proposition radicale « Ou ils rentrent prêter le serment civique ou on confisque tous leurs revenus ou le quart de leurs biens »

C - Cette radicalité s’exprime tout autant vis-à-vis du clergé

1 - Il faut d’abord souligner que durant tout l’automne les signes d’impatience vis-à-vis du clergé ont été nombreux. Alors que dans tous les autres districts le clergé tient une place considérable s’agissant surtout de satisfaire à ses demandes de garantie de ses biens, notamment pour les vicaires perpétuels, les traces de ces interventions sont ici absentes. Peu de choses non plus sur le terrain des inventaires. C’est dans le domaine fiscal qu’il est question des curés. Pas moins de 14 affaires les concernant sont traitées. La plupart, soit une dizaine, relèvent du domaine fiscal et ces prêtres sont systématiquement déboutés le plus souvent avec en prime des critiques très dures. Ainsi, le curé de Colombiers est invité à la tranquillité qui doit être l’apanage de tout véritable pasteur ».

Il est vrai que certains de ces conflits prennent un tour particulier : à Lamonzie où l’on empêche le nouveau curé d’accéder à sa cure après avoir beaucoup critiqué son prédécesseur qui reçoit, cette fois le soutien du directoire qui rappelle que c’est à lui que les habitants avaient demandé de rédiger leur cahier de doléances. Quelle mouche avait piqué le curé de Lunas, le 12août ? Il est accusé d’avoir, ce jour–là, dégradé son église, dégradation chiffrée par expert à plus de 200 livres ? Mais le pire est atteint avec le « fameux » curé de Razac d’Eymet, Benaud, que nous avons retrouvé devant les tribunaux tant en 1789 à propos de la garde nationale que durant les années précédentes. Le 5 novembre, il se plaint au directoire d’ « assassinat commis sur sa personne et de dégradation de ses biens qui justifieraient un allègement de ses impôts de 275 livres ». Notons d’ailleurs que compte-tenu de l’état de ses relations avec ses paroissiens, ce type de harcèlement ne paraît même pas impossible ! Il s’attire en tous cas un réquisitoire sévère du directoire qui « estime qu’il est malheureux que le Sr curé n’ait pas su se concilier l’estime et l’amitié de ses paroissiens, qu’on ne peut vraiment se conduire plus mal que ce qu’a fait ce pasteur dans tous les temps et principalement depuis la Révolution, on peut dire qu’il est d’un très mauvais exemple dans le pays aussi est-il généralement détesté, non seulement de sa paroisse mais encore de toutes celles des environs, ses confrères n’ont pas moins d’horreur de sa façon de se comporter et le caractère de cet homme est tel que partout où il a été (et il a souvent changé de paroisse il n’a jamais pu se passer de se faire des affaires qui lui ont attiré une foule de décrets ». Notons que le directoire n’essaie même pas de nier le bien fondé de la plainte évoquant de légitimes représailles « et peut-être s’il avait été partout ailleurs il n’existerait plus ». Le directoire estime qu’il retourne dans sa paroisse où les habitants ne peuvent oublier les menaces, excès, injures. Et de conclure : « Il serait fort à désirer qu’il fut au pouvoir du Directoire d’obliger ledit sieur curé à se retirer »

2 - Dans ce contexte où l’on peut parfois évoquer des accents d’anticléricalisme, la question du serment ne pouvait se poser que de façon critique.

 a) la question du serment dans le district de Bergerac
C’est le 10 février que la question du serment apparaît dans les délibérations. Après une introduction classique où l’on distinguera « les vrais amis de la patrie » et « les pasteurs ingrats et rebelles » semblables dans le sacrifice de leurs devoirs à leurs intérêts » aux évêques, la diatribe vise le »ci-devant évêque de Sarlat » qui pour « opposer une résistance criminelle aux décrets de l’Assemblée nationale(…) n’osant pas tout-à-fait leur dire de refuser le serment prescrit par la loi, il les exhorte à ne prêter que celui dont il a fait passer le modèle, serment adopté et offert dit-il par la majorité des évêques, ce serment, MM, aussi criminel qu’insidieux renouvellerait l’ordre éteint du clergé par le moyen des perfides restrictions qu’il renferme et des subtilités scholastiques dont les ecclésiastiques savent si habituellement se servir. Le vecteur de ce brûlot vient paradoxalement du diocèse d’Agen « M Parré, curé de St Quintin, district de Lauzun. Ce pasteur déshonorant le caractère dont il est revêtu n’a pas rougi de devenir un instrument honteux de la passion de ces évêques qui frémissent de rage en pensant que désormais ils seront forcés de remplir les devoirs de leur fonction et de ne donner plus l’exemple de luxe le plus scandaleux et de réformer leurs mœurs corrompues ». Les termes sont peut-être classiques mais la diatribe haineuse est d’une violence particulière en un siècle qui a connu des évêques plutôt réputés pour leur rigueur et leur générosité. Il est vrai que Mgr de Flamarens s’est illustré en d’autres termes.

b) comme ailleurs, l’élection de l’évêque est un facteur de cristallisation des oppositions. Le 17 avril, le directoire publie un réquisitoire provenant du département contre les prêtres fanatiques qui font circuler une lettre contre l’élection de Pontard dont « l’irrévérence des expressions tendent à alarmer les consciences » . Tout doit donc être fait pour retrouver les auteurs de cette lettre.

 

II - Une administration solide malgré les problèmes posés par les municipalités

A - La question de la fiscalité

De tous les districts, celui de Bergerac présente les réponses les plus circonstanciées aux questions concernant la fiscalité.

1 - On rappellera pour mémoire les règles définies lors de la première réunion du conseil d’administration en septembre 1790. «  il n’y a pas de meilleure forme à suivre que celle de prendre pour base la valeur intrinsèque des fonds en les classant dans un cadastre qui sera formé dans chaque municipalité lequel contiendra la contenance, la nature, la qualité et la valeur particulière des fonds en les appropriant à la classe que leur valeur et leur produit pourra comporter »

2 - La même rigueur classique apparaît sur les cas proposés.
Ainsi lors de la réclamation, le 24 janvier de Maitre de Farcies, est-il rappelé que l’impôt est fixé à 8d ½ et 1/8° par livre du 20°de l’estimation. Pour un domaine évalué à 71 900 livres la cote est donc de 294 l 18. Comme l’estimation est ramenée à 69000 livres, l’imposition s’élève seulement à 294l 18

3 - Cet exercice n’est cependant pas diminué d’approches plus politiques. Ainsi en est-il pour les fermiers des biens nobles. Cette catégorie sociale dont nous avions entrevu le rôle au moment des émeutes de janvier paraît clairement dans le viseur des autorités municipales. Ainsi Saussignac fait l’objet d’une plainte de Quintin, fermier du seigneur de Saussignac, de Pons : la municipalité l’a imposé avec effet rétroactif sur les quatre années antérieures. Or la municipalité se justifie en faisant appel à l’usage établi sur le pays de taxer les fermiers des biens nobles et surtout par la décision de Tourny jadis intendant de Guyenne ». Or la police qui établit le fermage remonte à 1785 mais avait été secrète. La municipalité a cru pouvoir remonter à l’origine de la ferme afin de faire jouir les autres contribuables d’un soulagement dont ils avaient été privés. Ce même traitement est infligé à un autre fermier

B - Cette attitude assez rigoureuse se heurte ici comme dans les autres districts à la question du comportement des autorités municipales.

1 - En matière fiscale
Il ne faut pas cependant exagérer cet aspect : dans les trois quart des cas, le district, dans les conflits fiscaux, apporte son soutien aux autorités municipales. Bien souvent, comme à Monmadalès pourtant, le conflit conduit à la convocation des deux parties. Il est pourtant des cas plus conflictuels. Ainsi quand, comme à Ste Eulalie d’Eymet, le maire prend le parti des habitants contre collecteur et empêche l’huissier aux tailles de mener son action dans une paroisse qui à la mi-décembre est encore redevable des ¾ de ses impôts. Vertement réprimandée les officiers municipaux de Conne qui ont perdu toute autorité et sont incapables d’établir un rôle : « Un peu de fermeté de la part des officiers municipaux et l’amour de leur devoir aurait prévenu ou du moins mis fin à des pareilles discordes ».

 2 -  Il est pourtant une affaire qui fait l’objet d’une dizaine de délibérations, d’allers et retours entre Bergerac, Périgueux et Monbazillac qui en est le cadre. L’affaire débute le 29 septembre sur une classique plainte de refus d’inscription sur la liste des citoyens actifs sans que la marie ne puisse fournir moindre justification. L’intéressé s’est adressé au département et à la municipalité aussi. L’affaire revient à Bergerac et le maire se présente le 27 octobre. Il nie toute responsabilité dans cette affaire et dit son désarroi : absent au moment où a été prise la décision, il la désapprouve. Il n’est pas plus capable de fournir l’expédition des actes municipaux détenus par le curé officier municipal. Le 4 novembre, le district souligne avec véhémence la conduite de plus en plus irrégulière des officiers municipaux : n’ayant pu trouver le soutien auprès du département, ils ont décidé d’en référer à …l’Assemblée nationale. Ils sont convoqués munis des pièces justificatives. Le 8 novembre ils sont devant le directoire. Un premier prétend ne pas connaître le dossier. Tour à tour ils développent un raisonnement d’une rare désinvolture : pour les causes de la décision, ils renvoient aux délibérations…qu’ils n’ont pas portées. Et le curé d’expliquer que si c’est vrai qu’elles sont au presbytère chacun peut y accéder. Au passage quand même un des édiles lève un coin du voile se demandant si le sort de l’intéressé ne serait pas lié à sa fonction de fermier des rentes. Quant à l’appel à l’Assemblée, on reste très dilatoire. Le greffier est sommé de présenter les documents sous 3 jours. Le 15 novembre se présente un officier municipal absent le 8 parce que le procureur syndic de Monbazillac lui avait dit que sa présence n’était pas nécessaire. Quant à son témoignage il est aussi évasif et impertinent que celui de ses collègues. Le 1°décembre, enfin arrive le compte-rendu de la délibération du directoire. Le comportement des officiers municipaux est jugé une erreur mais encore une prévarication pour laquelle on demande six mois de suspension. La décision sur l’activité de Montupet est évidemment annulée. Mais la décision n’est pas validée par le procureur général syndic qui prétend n’avoir pas la connaissance approfondie des pièces et demande un délai. On évoque la réunion de l’assemblée primaire. On décide donc de rétablir Montupet dans ses droits. Ce n’est finalement que le 23 novembre que tombe la décision : les officiers municipaux sont suspendus mais pour 2 mois seulement. On est ici face au cas typique de la faiblesse des autorités, de la crainte absolue de tomber dans l’autoritarisme quitte à paralyser le fonctionnement du système

C - La question de l’assistance montre la difficulté de sortir des institutions d’Ancien Régime.
1° La question des enfants abandonnés. Dès l’ouverture des travaux du district se pose la question des enfants abandonnés : leur nombre aurait brutalement crû dans la décennie pré-révolutionnaire suite à législation de 1779. Souvent exposé à l’hôpital, ils sont refusés par les sœurs chargés des malades qui les transfèrent au sénéchal : leur entretien est pris en charge par Caumont-Laforce en tant qu’engagiste. Mais avec la Révolution il se dessaisit de cette fonction. D’où la tentative de recours à la saisie de ses fermiers. Mais en son absence, la procédure ne peut être appliquée. Le directoire décide donc de recourir à la caisse du receveur ou à celle des impôts.

2° Les hôpitaux de charité. Là encore le mode d’aide aux pauvres se trouve remis en question. Le directoire rappelle la situation : Bergerac compte trois hôpitaux : un «  où les pauvres malades sont reçus et soignés et 2 autres maisons qui fournissent et distribuent des bouillons, les remèdes, la soupe et autres besoins aux pauvres malades externes…Ils forment autant de communautés de filles qui s’y sont vouées au service des pauvres. L’exactitude avec laquelle ces filles s’acquittent de leurs obligations à ce sujet est au-dessus de tout éloge, leur état est vraiment méritoire et les secours de tout genre que les pauvres en reçoivent sont inappréciables ». Le mémoire se poursuit en établissant les dates de fondation : 1416 pour l’hôpital, 1692 pour la maison de charité du faubourg , la maison de charité de la miséricorde antérieure aux deux autres ». En 1790 les 3 établissements se déchargent du soin des pauvres sur le district tout en gardant provisoirement la maîtrise des fondations. Le débat s’ensuit entre district et municipalité, le premier estimant que la situation précaire ne peut perdurer et que la loi confient aux municipalités ce type d’établissement, le district n’en ayant que la surveillance. Il a le soutien du département et il semble que, malgré ses réticences la mairie ait dû se plier à cette décision ». On verra que dès la fin 1791 tout cela sera remis en question.

3° La question de l’approvisionnement est posée ici plus tôt que dans les autres districts. On voit dès le mois de septembre intervenir le comité de subsistance fondé l’année précédente à Bergerac :il doit régler assez rapidement 12000 livres à ses fournisseurs de Libourne et Bordeaux qui exigent du numéraire quand il ne dispose que d’assignats, produit de ses ventes en grains probablement des négociants locaux. Le district autorise alors le comité à échanger ses assignats au près du receveur. Signalons que les trésoriers du comité sont eux mêmes des négociants connus : Eyma et Bouchon.

On voit surtout, les moissons de 1791 à peine achevées, le conseil général du district s’engager dans une politique très active d’approvisionnement avec le concours de la ville. Le 19 août, considérant que «La disette est telle que ce que chacun a pu recueillir des grains déjà récoltés et ceux qui ne le sont pas encore seraient à peine suffisant pour fournir à la subsistance de ces habitants 6 mois de l’année, décide d’un emprunt de 15O000 livres pour achat de grains, les sommes résultant des ventes étant à mesure des entrées utilisé pour de nouveaux achats ». La délibération sera présentée à l’Assemblée nationale via le directoire du département. La décision est mise en œuvre par le directoire le 24 août qui dramatise un peu plus la situation « ne pouvant compter sur aucune ressource de la part du commerce dans les environs, les habitants du district seraient bientôt exposés aux plus grands malheurs », s’adressant au département demandant d’autoriser l’emprunt mais aussi compte tenu des délais de réponse de l’Assemblée Nationale, demande en attendant et dans l’urgence des secours ».

De son côté, la ville agissait aussi. Elle mettait en œuvre une autorisation du département obtenue la veille pour lancer une souscription au montant indéterminé pour acheter des grains « nécessaires aux besoins urgents tant de la ville que des paroisses et autres lieux du district ». en fait, il semble que la souscription avait déjà obtenu un réel succès. Le directoire « approuve le plan de la souscription pour être exécuté selon la forme et teneur et invite les bons citoyens qui n’ont pas encore souscrit à y concourir selon leurs facultés et donner la preuve de leur zèle et dévouement à la chose publique ». On reste encore une fois surpris par le caractère insolite de la démarche du district et encore davantage sur ses attendus s’agissant de la ville la plus ouverte au négoce du département. Quant au caractère désastreux de la récolte rien ne le corrobore vraiment, aucune plainte n’ayant été présentée au district pour cause de calamités.

III - UNE TENSION PROGRESSIVE AVANT L’AGITATION DE l’ÉTÉ 1791

 A - L’été et l’automne 1790 sont une période de calme peu perturbé par des incidents assez bénins.
Le 19 août, les autorités signalent un enlèvement de grains par les habitants de Saint-Capraise qui interceptent une partie d’une cargaison venant de Lanquais à destination d’un boulanger de Bergerac. Le district rappelle la loi sur la libre circulation des grains et convoque le maire qui se présente le 30 avouant son impuissance « à cause de la dispersion des habitants de leur communauté ». Il lui est sommé de faire rendre les grains dans les trois jours et de désigner les coupables. S’il n’y parvient, il dressera…procès- verbal. C’est ce qu’il advint puisque le 4 septembre le directoire estime que les coupables doivent être punis selon la rigueur des lois et transmet aux tribunaux.

B - L’hiver et le printemps sont dominés par les escarmouches liées à la question religieuse
1 - L’affaire des vicaires de Bergerac.
Alors que le trésorier venait d’alarmer les autorités sur le fait qu’il n’y avait  pas « en trésorerie de quoi payer les ecclésiastiques puisqu’on a que 3000 livres et suggérait un certain nombre de mesures à prendre, le 3 janvier le procureur syndic dénonce «  les procédés scandaleux et la conduite séditieuse de MM Chrétien, Dutard et Record, vicaires de cette ville, procédés scandaleux qui annoncent et des esprits dangereux et de mauvaises intentions (cahier) « Ils se sont présentés devant le trésorier qui leur a demandé, pour les satisfaire une ordonnance du département. Comme ils en sont d’évidence dépourvus, ils manifestent de façon bruyante leur colère « L’un d’eux, M. Chrétien, ajouta qu’il cesserait l’exercice de ses fonctions et ne donnerait aucun secours aux malades fussent-ils à l’agonie ». Il semble qu’ils s’étaient en outre fait accompagner de pauvres qui attendaient leur aumône et auxquels ils proclament « que n’ayant point reçu d’argent ils ne pouvaient leur en donner ». « …IL est clair, conclut le procureur, qu’ils avaient médité cette scène et qu’en amenant cette foule de pauvres à leur suite, ils cherchaient à ameuter le peuple et le porter à quelque excès ». Faute grave ? assurément ! Seront-ils punis : non on considèrera leur faute avec indulgence à la condition qu’ils accomplissent leurs fonctions, faute de quoi leur traitement sera supprimé, et qu’ils les rendent responsables de tous les troubles que pourrait occasionner la suspension volontaire desdites fonctions. Convoqués devant le directoire le 11 janvier ils reçoivent officiellement le procès-verbal des faits et la sommation qui l’accompagne.

2 - C’est le 10 février qu’apparaît la lettre de l’évêque de Sarlat. A cette date il ne semble pas que les prestations de serment aient débuté. En tous les cas éclate à Saint-Laurent-des-Bâtons une émeute que dénonce le 14 devant le district le commandant de la garde nationale, le chirurgien Bézenac qui met nettement en cause le maire. L’affaire est assez grave pour être renvoyée devant le département. Elle revient devant le district le 15 mars où les officiers municipaux et le maire sont convoqués et à nouveau le 4 avril. On y voit le curé son prône achevé sommé de prêter le serment, la loi ayant été affichée le dimanche précédent soit le 7 février. Il répond «  qu’il n’était point obligé de lire sa condamnation, que s’il quelqu’un voulait lire la loi il en était le maître ajoutant qu’il préférait de perdre son traitement, sa fortune et même la vie s’il le fallait que de prêter le serment, sa conscience ne le permettant pas. Comment, dans ces conditions un des assistants put-il prétendre que le serment avait été lu ? Son affirmation provoqua la réaction violente d’une douzaine de femmes proclamant qu’elle ne voulait pas du serment. Le désordre se poursuivit hors de l’église avec pour cible le commandant de la garde nationale. On évoque désormais une quarantaine de femmes parmi lesquelles on reconnaît des proches du maire, famille ou employées.

La deuxième partie de l’affaire concerne le maire. Quand le conseil se réunit après les vêpres, le maire arrive muni d’un procès-verbal qui souligne le refus du serment par l’ensemble de la paroisse. Les officiers municipaux et surtout le procureur refusent la version et maintiennent que le refus n’est que le fait d’une douzaine de femmes. Excédé Bézenac se rend au directoire. Des rumeurs de nouveaux désordres s’annonçant pour le dimanche suivant, on demande au maire de convoquer la garde nationale, ce qu’il refuse. Une nouvelle réunion du conseil et le maire revient de nouveau avec un procès-verbal reprenant sa version inscrite cette fois sur les registres municipaux.

En somme, il est clair que le maire a tenté de couvrir les menées des coupables proches de lui, situation assez compréhensible quand on sait que le curé loge chez le maire.

On ne repère aucune suite de l’affaire.

3 - Le 3 mai, éclatent à Bouniagues des troubles à l’occasion de l’installation du nouveau curé suite à la fusion de 2 paroisses. La municipalité est dénoncée pour son inaction.

4 - Autrement plus grave se produit au Fleix une sédition : la Sac dénonce le 30 mai l’apparition de potences. la situation apparaît assez grave pour que d’importantes forces de l’ordre soient requises pendant l’enquête : la garde nationale de bergerac et la gendarmerie « pour en imposer aux malveillants et les contenir par la force ».

5 - Au rang des troubles, on peut ranger le conflit qui oppose les deux curés de Bergerac, figures du bon et du mauvais prêtre : Lasserre, jureur qui tente de prendre possession de sa cure quand son prédécesseur le réfractaire Gontier de Biran lui crée les pires tracas. « Tous les bons citoyens gémissent la façon dont M Gontier agit envers monsieur Lasserre ». Celui-ci  « mettant en pratique les principes de notre divin maître souffrirait toujours et ne se plaindrait jamais mais nous ne devons pas permettre qu’on abuse de son esprit de charité et nous devons dès qu’il s’occupe aussi peu de lui et qu’il ne songe qu’à nous édifier en nous prêchant toutes les vertus civiles et chrétiennes veiller à sa tranquillité. Gontier est accusé d’avoir, après 3 semaines encore, les clefs du presbytère et lui et ses gens de braver « l’ange de paix » : Gontier doit quitter le presbytère et toutes les communications avec sa propre maison attenante.

6 - Enfin à la mi-juin, c’est à Eymet qu’éclatent les troubles. Le 17 juin,, le Procureur dénonce. « Des prêtres rebelles, enfants ingrats que la patrie traite avec tant de ménagements, abusant des moyens que notre divine religion met entre leurs mains pour notre édification et notre salut, remplissent de terreur et de crainte les âmes faibles et timorées et tâchent de les porter à opposer une résistance à la loi. Ils pensent, ces insensés, dans le préjudice qu’ils creusent sourdement, de renverses une constitution qui fait leur désespoir. » La municipalité est sommée d’afficher sous 8 jours l’obligation de dénoncer les fauteurs de troubles.

Au total et s’y l’on s’en tient au nombre des faits recensés, il est clair que les questions religieuses tiennent à Bergerac une place plus important qu’ailleurs si l’on exclut Mussidan. Les liens avec la présence protestante sont d’autant plus à prendre en compte qu’ ils se manifestent dans la zone où les réformés sont le plus enracinés (Bergerac,Le Fleix, Eymet…). Il faudrait vérifier qu’il s’agit là d’anciens séminaristes de Périgueux.

C - Un été agité

 1 - Varennes n’occupe dans les délibérations qu’une place mineure. La nouvelle de la fuite du roi est parvenue par Périgueux le 24. Un conseil rassemblant les autorités administratives, municipales et judiciaires s’est constitué qui a envoyé des commissaires dans toutes les municipalités. Or il se trouve que des troubles sont signalés dans deux d’entre elles.

a) Eymet où nous avons vu moins de deux semaines plus tôt se développer : « des potences(qui ont) ont été dressées dans une des places publiques et que lors du départ de cette ville d’un second commissaire envoyé par le directoire hier pour annoncer l’arrestation du roi, ces potences existaient encore. Or sur ces faits la municipalité d’ Eymet est restée totalement silencieuse dans sa correspondance avec le directoire ». Conclusion : il faudrait la sanctionner. Mais on usera « pour cette fois seulement de l’indulgence et de la mise en garde ».

b) Le 28 juin 1791, alors que le conseil est réuni , c’est la paroisse de Flaugeac qui est dénoncée : la municipalité, sans en référer à personne a organisé une escouade d’une soixantaine de personnes « armées de fusils, faux, fourches et autres instruments se serait rendue hier vers les 4h ½ du soir chez M Vaucaucour au lieu de Cluzeau pour forcer ce dernier à remettre les armes ».Offensive infructueuse d’ailleurs : le noble a résisté et les assaillants sont repartis. Conclusion : la faute de la municipalité est lourde et elle est convoquée pour se justifier. « que toute entreprise contre la sûreté des personnes est un délit grave qui mérite d’être puni. Enjoint la municipalité de lui rendre compte ».

2 - question frumentaire

Une affaire mineure se produit à Issigeac « dépourvue de blé », on fait arrêter une cargaison provenant du domaine épiscopal. Le maire demande que ce blé soit vendu de concert entre les fermiers et les autorités municipales. Accord du directoire qui témoigne de la tension déjà constatée dans ce domaine

3 - Le mouvement des métayers se déroule en plusieurs phases

a) C’est d’abord la déclaration générale du procureur, le 4 août « Des gens mal intentionnés ont parcouru diverses paroisses du district pour conseiller aux métayers de ne pas payer aux propriétaires, non seulement la dîme ni même la rêve que les propres avaient accoutumés et st fondés de prélever sur les récoltes en grains en considération des conventions faites.Que ces personnes ne se sont pas tenues à donner ce conseil aux métayers elles se sont portées à menacer les métayers qui paieraient et les propriétaires qui recevraient la dîme et le rêve. Ces mêmes personnes ont plus fait encore : elles se sont transportées à main armée sur divers domaines et ont fait faire en leur présence le partage de récolte entre le propriétaire et le métayer sans égard à la dîme et la rêve. » S’y ajoute la menace de pendaison des métayers trop zélés pour leurs propriétaires.
Le canton de Lalinde semble au cœur du mouvement et il est enjoint aux municipalités «  de prendre sans perdre de temps les informations les plus exactes pour découvrir les auteurs ».

 b) le lendemain, 5 août, se produit l’affaire de Mouleydier qui illustre les propos du procureur.
Une propriétaire, « ladite Babut de Merle ayant fait faire blé fin 1et fait faire le partage de sa récolte en grain à sa grande métairie du lieu de Merle, le 1° août, elle préleva une rêve de 11 pognerées2 de froment sur la portion dudit métayer qu’elle fit porter à son grenier. Quelque moment après, allant entrer chez elle, 15 à 18 personnes, presque toutes armées de fusils dont elle reconnut le nommé Gros, métayer du sr Lamothe à St Agne, Pierre, métayer du sr de Carles, Roudier, Brin , fils de l’ancien métayer de la Bourdette, tous trois habitant St Agne, trois autres habitant le village de Tuilière, paroisse de St Cybard3, et avec eux le propre métayer de la demoiselle ». Sommée de remettre la rêve à son métayer, elle s’exécute. En même temps qu’est rappelée à l’ordre la municipalité dénonce la paroisse de Saint-Agne comme le foyer le plus actif des troubles.« foyer par où ont commencé les horreurs et que dans cette paroisse et dans les environs il a été commis les mêmes vexations, les mêmes violences que chez la demoiselle Babut.

Dénonciation à l’accusateur public des attroupés rendus chez la demoiselle Babut.

 c) 12 Août :
Si nous n’avons pas d’information directe sur la répression, nous avons à travers la délibération du directoire, le 12 août, une information indirecte sur celle-ci. Il s’agit d’examiner la demande que présentent «  les voituriers qui ont transporté les vivres, canons et munitions de guerre à St Agne et dans les environs nécessaires à plusieurs détachements qui s’étaient portés dans ce lieu et s’y étaient réunis pour dissiper les attroupements qui s’y étaient formés avec armes et pour protéger les commissaires tant du directoire que du tribunal qui s’y étaient portés aussi pour commencer une procédure contre les coupables et faire arrêter ceux qui seraient reconnus tels.

Le même jour après avoir rappelé les conditions de la répression à Saint Agne « en appelle à la mobilisation et en particulier à une extrême attention pour empêcher que le tocsin qui est pour les factieux un signal de ralliement et pour les honnêtes citoyens un sujet d’épouvante ne soit sonné dans les paroisses que pour les causes nécessaires ». S’en suit l’interdiction d’en user« même quand ils l’entendent sonner dans les paroisses voisines » et en cas d’usage « ils ne pourront éviter la responsabilité que s’ils prouvent par un procès-verbal qu’une force à laquelle ils ne pouvaient résister s’était emparée de la cloche »

 13 août :
Alors qu’est donc terminée la première vague du mouvement, on entre à la mi-août dans le contexte incertain qui les accompagne. La dénonciation de l’attitude de Faux montre que l’inquiétude persistait, au point que certaines municipalités aient tenté de négocier. Cette commune est fortement critiquée pour avoir formulé le projet de réunir le lendemain les habitants « pour faire des arrangements entre propriétaires et métayers au sujet de la rêve et dîme »
Non seulement le directoire interdit cette réunion mais en appelle à la Garde nationale de Lanquais et de Creysse de se transporter sur la paroisse de Faux avec force suffisante. et si besoin, requérir les municipalités voisines

Il est évident que ces faits ne peuvent prendre sens que dans le cadre d’une étude plus globale du mouvement qui concerne aussi les districts de Ribérac et Mussidan et provoque une vaste mobilisation du Département. : cf chapitre V

Conclusion.

On constate donc une sensibilité particulière du district de Bergerac :

1 - en ce qui concerne le caractère limité des troubles ou de débats sur le paiement par les propriétaires des rentes et l’élection des juges de paix où, à un cas près, les institutions ont fonctionné normalement

2 - Une sensibilité politique particulière marquée par la force de l’affirmation des principes et la mobilisation contre émigrés et réfractaires et un appel à la sévérité voire à la « terreur »(encore faut-il la prendre dans le sens de 1790-91. Encore que pour certains historiens l’emploi du mot montre au contraire que l’esprit qui présida aux violences de l’An II était bien déjà en gestation (cf par exemple Patrice Gueniffey, La politique de la Terreur, Paris, Gallimard, coll Tel,2012).

3 - Sur le plan économique une attention beaucoup plus élevée qu’ailleurs à la question des grains et notamment à l’été 1791 comme le confirment les délibérations des Jacobins.

 

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1 C'est-à-dire tamisé le blé, ce qui augmente la charge qualitative. Cette opération sur laquelle insiste Delpont est un préalable à la mise sur le blé qui est alors dit « marchand »

2 Preuve que le montant de la rente se mesure en sacs qui indiquent sa lourdeur !

3 C'est-à-dire Mouleydier

Références du chapitre 3

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Page 51 : Sur la formation du département de la Dordogne, R. VILLEPELET, La formation du département de la Dordogne, Etude de géographie politique, Périgueux, Joucla, 1908, réédition « reprint » Roc de Bourzac, 1997. Cet ouvrage est très précieux de par sa précision et les nombreuses publications de textes. Il renvoie au dossier passionnant AN,DIV,6 microfilmé

Page 52 : Pour l’histoire de la confédération du Sarladais voir GM, p 257. On verra le rôle de Domme et de Maleville qui fut prépondérant : voir abbé Chanteloube, « Le pays dommois au XVIII°siècle, B.S.H.A.P. IXL, 1939, p289. Pour les villes confédérées il s’agissait de lutter contre »un désordre pire que le despotisme », ce qui montre l’état d’esprit des citadins et le problème des campagnes à la veille du mouvement paysan de décembre-février.

La lettre de Pipaud, fort éloquente, figure en A.N. D XXIX bis, 5, 69, 10

Page 53 : Sur les troubles en Périgord de l’hiver 1790, une série d’études dont

  • - Jean Boutier « Jacqueries en pays croquant » Annales ESC juillet Aout 1979, p 760. A noter à ce sujet la question que pose dans cet article fondamental les termes de « jacquerie » et de « croquant » que récuse notamment Yves-Marie Bercé. C’est un débat tout à fait intéressant. Le terme de « jacquerie » qui s’applique plus aux révoltes médiévales et celui de « Croquant » que l’on brûle d’envie d’employer (j’y ai parfois cédé), terme très péjoratif n’est jamais usité à l’époque de la Révolution. L’autre problème que pose le travail de Boutier est l’évaluation de comportement paysan : l’usage de symboles anciens comme le mai le conduit à le rejeter dans une «  attitude pré- politique », ce qui est discuté ailleurs dans le livre 
  • - A. ADO ,Terre, pouvoir et jacquerie, 1789-94, Société des études robespierristes, 1996 traduit du russe et qui s’inscrit dans la tradition de l’histoire soviétique sur les révoltes française de l’époque Moderne dont l’ouvrage qui a eu le plus d’influence est celui de Boris Porchnev , Les soulèvements populaires en France de 1623 à 1648, Paris 1965 qui les interprète sous l’angle de la lutte des classes quand Y-M Bercé y souligne les solidarités rurales face à l’impôt et aux villes.
  • - Hubert Delpon , La victoire des Croquants, les révoltes paysannes du grand sud-ouest pendant la Révolution (1789-1799), Amis du Vieux-Nérac, 2002 qui est une étude très analytique des faits marquée par une approche marxiste originale

 Page 53 : Guy Mandon, GM 253.

Guy MANDON, « Révoltes paysannes, révolution des campagnes »  dans l’Aquitaine révoltée,A ctes du LVI°Congrès d’études régionales de la FSHO, Bordeaux 2014 » où j’ai replacé les mouvements paysans dans leur contexte révolutionnaire large.

J’avais « fabriqué » le terme de « Carnaval de la liberté » dans un très court article du BSHAP de 1987 publié en hommage à Alberte Sadouillet-Perrin. Il a été « subverti » par H. Delpon dans l’ouvrage cité ci-dessus en « carnaval de l’égalité », une interprétation qui ne me paraît pas pertinente : il s’agit de libérer le village de la contrainte seigneuriale. M Combet en a fait le « carnaval des libertés »

Carte

L’intervention de Foucauld de Lardimalie fut publiée dans Le Patriote français de Brissot , numéro 18 de janvier 1790 et suivants. Rappelons la phrase centrale « Ma province est en feu. Les gens sans propriété dépouillent les propriétaires ». Notons que pour Ado (cité ci-dessus) « le véritable initiateur de l’affaire fut le marquis de Foucauld, riche propriétaire de seigneuries en Périgord »

Page 54 : Sur l’affaire Dudon, A.N.N DXXIX, 3 . Il est accompagné des lettres des nobles qui constituent un dossier à la même cote. Voir le Patriote français 209, 5 mars 1790

Page 55 : J Chevé, La noblesse du Bergeracois et la Révolution, Bergerac et le Bergeracois, Actes du XLII Congrès de la FHSO, Bordeaux, 1992, p 395

SAVIGNAC, ADD B831

Page 56 : Lettre Pipaud des Granges :A.N. D XIX, 5, p17

La liste des ci-devant nobles qui protestèrent contre le décret du 19 juin : J Carves, BSHAP XXIII, 1896, compte plus de 80 noms de nobles presque tous titrés. Citons-en un passage « Elle ne tient sa noblesse que de Dieu et de son épée(1) : qu’il n’est pas de puissance sur terre qui puisse dire au noble « tu ne seras plus » : que la noblesse est un moyen ferme sans (2) la monarchie qui ajoute à la majesté du trône en la tempérant par son influence : que si elle a été dans tous les temps l’apui (sic), elle n’a pas moins été utile aux peuples…Qu’il ne fut jamais rien de plus pur que la noblesse dont le Roi est le chef ; qu’enfin c’est pour la conserver sans reproche comme sans tâche que la dégradation a été toujours la première et la plus flétrissure »

Pour les districts, extraits des délibérations ci-dessous.

Pour le déracinement de la noblesse. G Mandon, « Châteaux et châtelains à l’heure de l’agitation égalitaire (1789-1792 Noblesse et Révolution. Les cahiers de Commarque, Ol Cantou, le Bugue, 1991

Page 57 : Sur le 14 juillet des campagnes du Périgord, G. Mandon, le 2°été de la Révolution en Dordogne, BSHAP CXLV, 2018, p

Page 61 : Sur les débats pour la formation du département, les archives de Bergerac, musée du tabac conservent au fonds Faugère, les correspondance de Gontier de Biran et La Roque de Mons députés. A nouveau il y a beaucoup à trouver dans Villepelet, La formation du département de la Dordogne, cité ci-dessus

On verra ci-dessous la carte des 9 districts. Pour mémoire :Périgueux, Sarlat ,Bergerac, Mussidan, Belvès , Nontron, Excideuil, Ribérac. carte

Page 62 : Sur le débat concernant les districts et le choix de leur nombre, voir le texte cité par Villepelet, Formation du département …p 41

Page 63 : Pour les relations des trois commissaires du roi (un par ancien ordre et par ancienne sénéchaussée (POUR Sarlat l’évêque Ponte d’Albaret, pour Périgueux, la Roque (famille d’Arlot celui-ci), pour Bergerac Gouzot du tiers-état. Pour les problèmes électoraux, l’intéressant diplôme de Laurence de Miguel, Participation et pratiques électorales en Dordogne (1790-92), dactylographié, Paris I, 1989-90 fondé sur ses recherches aux Archives nationales. Ce diplôme a été déposé aux Archives départementales de Périgueux.
Liste des électeurs du département de la Dordogne, Périgueux,BMS , fonds Lapeyre
Pour les élections des électeurs on trouve un intéressant dossier pour Nontron : ADD 7L32

Page 64 : Pour les élections des administrateurs, ADD, 1L352

Page 65 : H. LABROUE, la Société populaire de Bergerac pendant la Révolution, Paris, Société d’études de la Révolution française, 1915 présenté par ordre chronologique, ici 15 mai 1790 .
Les archives départementales possèdent le registre des délibérations des Jacobins (ADD 12L13) d’abord Société des Amis de la Constitution puis sous diverses dénominations jusqu’au printemps de 1794 (An II). De larges extraits en seront publiés dans ce site.

Page 66 : Pour le 14 juillet, la célébration par les électeurs et 1L352. G Mandon, « le deuxième été », cité ci-dessus
Pour les affrontements à Périgueux entre jacobins et mairie : lettre de la garde nationale a l’Assemblée AN D 64.
Pour les délibérations de la municipalité de Périgueux, E Dep 5201 repris dans l’article qui sera consacré à l’histoire de Périgueux

Page 68 : Pour la liste des sociétés en Dordogne et les remarques concernant leur densité dans le sud-ouest de la France : J Boutier, P Boutry, S Bonin,Atlas de la Révolution française, 6 –les sociétés politiques .Paris,EHESS, 1992, pp 102-103 et 109

Page 69 : Lettre de demande d’affiliation ADD 13L12, 1.Pour le reste de ce paragraphe, même dossier, les délibérations dans l’ordre chronologique

Page 70 : extraits ci-dessous

Page 71 : Population de la Dordogne. La question de la population en Dordogne soulève un certain nombre de questions : celles-ci sont notamment liées à la faiblesse des résultats enregistrés de 1806, premier recensement dont la fiabilité n’est pas contestée et qu’a étudié JP Poussou, Bordeaux et le Sud-ouest au XVIII°siècle, croissance économique et attraction urbaine, Paris, EHESS, 2°partie, Ch 1. La vraie question est que la nouvelle administration de la Dordogne évalue nous l’avons vu à 483 000 en 1791, quand le recensement de 1801 est de moins de 410 000 et 1806 424 000 habitants Dans Atlas de la révolution française tome 8 population, Bernard Lepetit et Maroula Sinarelis proposent (p 69) de corriger les chiffres (tableau ci-dessous). Il reste cependant un recul démographique sévère que, malgré les épidémies de 1791-1792, on peine à justifier avant 1794. Aucun déficit des récoltes, même s’ils existent, ne permet d’éclairer ce recul. La carte de l’Atlas cité ci-dessus, p36 fait d’ailleurs de cette dépression démographique une caractéristique de la moitié Nord-ouest-Sud Est de la France.

La Population de la Dordogne

Estimation Pointeville

Nb corrigé

Résultats bruts

Corrigés

1791

1791

1801

1801

Dordogne

483 527

478.000

409 475

423 000

France

27 400 151

28 260 000

37 349 003

28 159 000

% Dordogne /F

1,7

1,6

1,5

1,5

Diff1801/1791

478-423

55 000

-11,5%

Page 73 : Les évènements cités ont pour source le registre des délibérations du district de Périgueux, ADD 8L 9, pour Bergerac 3 L 9, Montignac (5L13)Sarlat(10 L 3)

Pages 74,75 Périgueux 8L9

 

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Note 1 :  Mais pas du roi ! Manière de ne reconnaître de vraie que la noblesse d’épée. Le texte porte les marques de la conception traditionnelle de la monarchie
Note 2 : Il semble qu’il faille lire »sous »

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