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Références et compléments du chapitre 8

LE TEMPS DES AFFRONTEMENTS ET LA CHUTE DE PIPAUD (Janvier-Juillet 1793)

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Ce chapitre est chronologiquement le plus court. Les affrontements y sont intenses dès janvier 1793 , puis avec ce qu’on peut qualifier de « première Terreur » en avril-mai et enfin de l’affrontement parisien qui aboutit à la chute des Girondins à Paris (2 juin) puis de Pipaud des Granges à Périgueux le 10 juillet 1793.

Les sources principales sont :

1-les registres
- du Conseil du Département (1L149, 150 (13 janvier-20 mai 1793), 151(21 mai-3 juillet 1793)
- du directoire 1 L 160 ; 1 L 161 (19 décembre 1792- 9 juillet 1793)

2-Les registres des jacobins de Périgueux (13 L 12/4) et de Bergerac : Labroue, La Société populaire de Bergerac (à partir de la page 215)

3-les registres des districts
En fait le registre principal est le 1L 151 où se retrouvent les affrontements décisifs auxquels de larges citations ont été consacrées.

Page 161
Voir notamment la délibération du 1° janvier 1793. Projet de la société de Quimper « pour maintenir l’autorité de la Convention et le respect qui est dû aux Représentants d’un Peuple libre. » Pipaud évoque les troubles qui s’élèvent journellement dans la Convention. Chrétien et Villefumade ont soutenu que la Convention n’est point influencée. Villefumade fait l’éloge de Marat qui avait été inculpé.

Page 162
A propos de Pétion et Manuel auxquels la Société avait décerné l’année précédente une couronne civique : la question était très grave au point de conduire Pipaud des Granges à évoquer à la Société le 7 janvier (ADD 13L 12/4) la question de la rupture avec les Jacobins de Paris. Il explique « que les Jacobins viennent de rayer Manuel de leur catalogue « Retirerons-nous la couronne civique à Manuel et Pétion, citoyens vertueux qui méritent notre estime ? Pipaud conclut que s’il était aux Jacobins de Paris, il demanderait les raisons qui ont conduit à exclure Pétion et Manuel . Au cas où ils ne satisferaient pas à cette réclamation, que nous rompions avec eux. » On demande donc les procès-verbaux d’exclusion.

Les tribunes (même source) 15 janvier : « Bardet indique aux tribunes que leurs applaudissements sont sans influence parce qu’ici nous faisons la guerre à (ill) et non aux personnes » Ceci semble montrer qu’il pouvait exister un public important et surtout aux idées plus extrêmes que celles des membres. C’est d’autant plus important qu’on souligne souvent le petit nombre de ceux-ci très loin des centaines de membres dont Labroue crédite la Société de Bergerac dans son texte introductif à la transcription des délibérations.

24 janvier : (même source) Bruit occasionné par les enfants. Les citoyens des tribunes sont invités à dénoncer à la municipalité les jeunes gens qui pourraient y causer du trouble, afin qu’elle les moyens de la prévenir ; qu’il sera assigné un endroit particulier pour les enfants qui pourraient venir s’instruire par des discussions qui s’ouvrent chaque jour dans les séances de la Société.

ADD 1 L 159 13 janvier : déclaration de Pipaud des Granges « Le Procureur Général déclare que le grand objet de ses (du Conseil général) délibérations et de sa sollicitude devait être de considérer les dangers qui semblent menacer la Convention Nationale et qu’il importait de les prévenir en l’entourant d’une force départementale. »

MOULIN (13 L 12/4, 6 janvier) demande à la Convention « de se transporter dans une ville qui n’excède pas 40000 habitants…Elle est par la constitution libre de choisir le lieu de ses délibérations ».C’est dans ce même discours qu’il assimile d’Orléans à Cromwell. A noter à ce sujet les fréquentes références à l’Angleterre du XVII° siècle.

Pontard, Le 5 janvier (même source) « il affirme que les massacres commencés le 1°septembre durèrent 6 ou 7 jours sans que la Convention (rappelons qu’elle se réunit le 21 septembre seulement) ni les autorités constituées ne puissent arrêter le cours jusqu’à ce qu’il plût aux factieux de cesser d’agiter le peuple . Il faut voler à son secours ». Rappelons que Pontard était présent à Paris en septembre 1792 où il aurait sauvé Ponte d’Albaret (chapitre 7).

La proposition copiée sur celle du girondin Lasource est formulée le 6 janvier (même source) et elle est formulée par Claverie qui propose d’envoyer des citoyens de tous les départements pour occuper dans les tribunes les places qui leur sont dues et que les Parisiens n’en occupent que…la 84°partie. Envoyer pour cela 20 bons citoyens.

6 janvier (même source) Chrétien s’étonne «que les orateurs précédents craignent du danger du moment qu’ils reconnaissent que la masse des citoyens de Paris étaient l’armée et la protectrice de la liberté »

A noter la conclusion de cette séance : la mise aux voix de 2 questions
1°La Convention est –elle libre de ses délibération ? Non à l’unanimité. Desmaisons propose un courrier extraordinaire à la Convention pour lui apporter une adresse telle que le préalable mis aux voix. Il a été arrêté que le courrier lui serait envoyé pour porter une adresse. Sirey pour la porter. Souscription de 600 livres
2°un registre ouvert pour la formation de la force armée et ne seront admis que les citoyens porteurs d’un certificat de civisme »

Conseil général 10 janvier (ADD 1 L 149)
Deux opinions se présentent : former sur le champ une force armée de 3 à 400 hommes et prévenir par une adresse à la Convention Nationale que ces défenseurs vont voler à son secours pour faire respecter les lois et la souveraineté du peuple et ses représentants ; l’autre qu’il suffisait d’annoncer à la Convention nationale le vœu du département et de se tenir prêt à agir au 1° signal.

Page 163
-
Société : 6 janvier : voir ci-dessus
-1 L 150 : 14 janvier 1793
-1 L 15 : 6 janvier 1793
1 L 150 14 janvier 1793. Conseil général Rapport sur la formation d’une force départementale. Articles mis en discussion approuvés à l’unanimité « Il sera levé dans le département une force appelée départementale pour se rendre à Paris d’après les ordres de la Convention 2°Tous les citoyens en âge de porter les armes seront admis à la composer et qu’ils seront au moins d’une taille de 5 pieds 2 pouces (note : le pied fait autour de 30 cm, le pouce un peu moins de 3)

1 L 150 : 17 janvier Conseil général : Lettre des députés du département annonçant qu’à séance du 11 la décision sur la force départementale a été ajournée après le jugement de Capet

13 L 12/4 séance du jeudi 17 janvier. A noter qu’on lut ce jour là une lettre du modéré Meynard estimant que ce serait « imprudent ou au moins inutile ». C’est ensuite Lavergne qui ouvrit le feu  en triomphant « la Convention est libre et en sûreté. L’adresse doit être retirée que les mauvais citoyens soient exclus de notre société ». On décide aussi que Sirey sera rappelé

ADD 1 L 150 , 18 janvier. Longue délibération du Conseil sur la plainte de Villefumade et contre-attaque de Pipaud des Granges. On notera qu’il s’agit de la première attaque du parti « montagnard » contre lui . Les adversaires montagnards de l’adresse entendaient récolter les fruits de leur victoire de la veille. La sûreté de Pipaud dans la demande qu’il formula de l’examen de ses faits et gestes prouve qu’il tenait bien en mains le Conseil général et la Société. En revanche pour le district contrairement à ce que j’ai écrit c’était bien moins sûr, le distrct semblant évoluer comme il l’a fait depuis 1790 vers des positions plus avancées.

P164
13 L 12/4 24 janvier Lettre de Sirey qui donne des détails sur la Convention et les intrigues de Paris. Bardon a observé que cette épitre n’était qu’une amphibologie soutenue ;
Pipaud 1 L 161, 24 janvier
A propos de Danton 13 L 12, 27 janvier « Lettre de Sirey sur la mort de Pelletier et ce qui se passe à l’assemblée notamment à propos de Danton ». Pour les extraits suivants, même source aux dates indiquées

P 165
Les débats en 13 L 12-4 à la date du 9 février montrent l’embarras des jacobins modérés face à la question Pétion-Manuel. Elle est aussi caractéristique de l’attitude des Périgourdins vis-à-vis de la « Mère société » quitte à se renier. D’où l’attitude repli de Pipaud des Granges

La lettre de Lamarque dans les délibérations à la date du 20 février (annexe 1) et la réponse de Sudret. Là encore la violence des propos de Lamarque est un tournant dans les relations avec un homme qui avait été proche de Pipaud même s’il s’était toujours situé à sa gauche. Cette lettre est un témoignage de l’écart qui s’est creusé avec Paris

P 166
Bergerac
H Labroue, La Société populaire de Bergerac, P215 les analyses des lettres de Pinet pendant le procès du roi ; : 16 décembre « pour paralyser la liberté de la Convention les partisans du Roi envahissent les tribunes » ce qui est une opinion ! Son adhésion très ferme aux positions montagnardes le 11 janvier où il s’exclame « il n’y siège pas des cannibales mais des hommes libres et patriotes ».Il exprime aussi ses réserves vis-à-vis de Marat le 26 décembre « Que les départements ne soient pas dupes de ceux qui feignent d’identifier les patriotes avec Marat ». Réponse des Bergeracois p 216-17 montre un état d’esprit très différent. Leurs plaintes sur les inégalités sont révélatrices d’une évolution « Pourquoi faut-il que jusqu’à présent, les bienfaits de la Révolution n’aient porté que sur les riches propriétaires et négociants…Toutes les lois nouvelles semblaient avoir pour but le soulagement du pauvre, l’amélioration du sort du cultivateur et de l’artisan…tous ceux-ci se trouvent au contraire accablés par le poids énorme des impositions qui pèsent sur eux et par le prix excessif des subsistances Il ne se présente qu’une consolation : c’est le changement de cet état de choses que de bonnes lois doivent nécessairement opérer.

Sur l’affaire du tribunal de Terrasson/Montignac : délibérations du directoire 1 L 159-160 (décembre 1792-janvier 1793)

Sur la levée de 300 000 hommes, ADD 1L 159 : 3 mars 1792. Plus généralement et pour l’ensemble de la période, voir GRENIER de CARDENAL (L de) Recrutement de l’armée en Périgord durant la période révolutionnaire(1789-1800), Périgueux, Joucla, 1911

Bergerac, Labroue, Société populaire… délibération du 5 mars p 226 : « déjà quelques uns des citoyens sont partis de Bergerac pour se soustraire à cette levée. Pasqual propose d’écrire à la Société de Bordeaux, lieu de leur refuge pour les y dénoncer »

Page 168
Sur le recrutement à Périgueux, ADD E Dep 5206 21 mars 1793. Il y a dans le même dossier les recrutements postérieurs qui se firent cette fois au scrutin et au premier rang des élus figurent les domestiques. Voir en particulier même source, 14 mai 1793.

Page 169
Eugène Aubisse, « recrutement révolutionnaire », B.S.H.A.P 64, 1937 p 282

Nontron. A noter que l’écho de l’enthousiasme de la ville de Nontron jusqu’à Bergerac : Lecture d’une adresse du procureur-syndic de Nontron au procureur général-syndic par lequel il lui annonce que la commune de Nontron a rempli dans une demi-heure le contingent qui lui était fixé et espère en fournir un nombre plus considérable (Labroue, Société populaire… p 232-233). Il est aussi question des mauvais citoyens qui ont été arrêtés à Périgueux. S’agit-il des « déserteurs » dénoncés ci-dessus ?

Page 170
Sur les événements de Nontron : voir Annexe 1

Page 171
Le Tribunal criminel  et révolutionnaire de la Dordogne sous la Terreur, Périgueux, Cassard, 1880-81. Trois affaires concernent le recrutement : 1°affaire, « Troubles dans la commune de Siorac à l’occasion du décret du 21 février » p 16 ; 4°affaire «  Emeutes contre-révolutionnaires dans le Haut-Montravel » p 82 ; 9°affaire « troubles dans la commune de Notre-Dame-Des vertus ; abattage d’un arbre de la Liberté » p 180.

La Vendée :
Les délibérations de deux districts soulignent l’angoisse que fait naître le soulèvement de la Vendée et les conséquences pour le département de la Dordogne

1- Montignac ADD 5 L 5 20 mars 1793
« Citoyens, nous avons juré souvent de vivre libres ou de mourir. Le moment de réaliser nos serments est arrivé. Une armée composée d’émigrés, de prêtres réfractaires et de leurs lâches adhérents parcourent le département de la Vendée et des Deux-Sèvres et menace de se porter sur le département de la Dordogne après avoir traversé celui de la Charente. Déjà plusieurs districts sont dévastés et les villes saccagées ne présentent plus que des ruines »

2 Voir aussi sur la Vendée l’émotion à Nontron dont la proximité avec le Charente peut expliquer l’inquiétude (annexe 2)

Mobilisation à Périgueux, 20 mars ADD I L 159

Périgueux : 13 L 12/4 19 mars Dupont s’élève avec force contre la lenteur des gardes nationales qui temporisent pour porter secours à nos frères des départements dont on a reçu des nouvelles affligeantes. Il demande à se présenter sans plus attendre et partir demain…un soldat se plaint de la lenteur des Périgourdins.

A noter qu’au même moment se pose la question de l’enrôlement des femmes (19mars) : Une citoyenne des tribunes propose de lever un régiment de femmes, motion développée par Lanxade qui a prouvé le courage des femmes enrégimentées et propose un comité de 4 membres qui organiseront les femmes en troupes armées de pique » Cette question sera développée dans un article à venir « Femmes et Révolution en Dordogne » de Mémoire de la Dordogne éditée par les Archives départementales

Lanxade : voir par exemple ADD 13 L 12 : 17 avril sa tirade contre les ministres qui montre clairement dans quel camp il se situait.

P 172
ADD 1 L 160
L’arrivée des représentants en mission est accompagnée d’une proclamation de la Convention transcrite le 5 avril « au nombre des mesures qui lui ont parues les plus essentielles elle a compté l’envoi de commissaires dans tous les départements chargés non seulement d’accélérer le recrutement mais surtout d’étudier l’esprit public, d’en favoriser le développement et les progrès et d’apporter sur tous les points de la République, la lumière et le progrès » Cette proclamation attaque surtout la modération « de tous les penchants du cœur humain le plus actif …c’est l’amour propre ; nous le portons au dedans de nous sans presque nous en apercevoir et nous le déguisons sous le beau nom de modération…Si cette modération ne tendait qu’à favoriser les ennemis du bien public et à user envers eux d’une indulgence que la raison désavoue, que le salut public condamne contre laquelle l’humanité s’indigne puisque ce serait livrer le bon citoyen à la rage des méchants, cette modération, si elle n’était point le produit de l’erreur serait un crime »

Les représentants en mission : Leur arrivée est saluée par la Société le 1°avril dans le plus grand enthousiasme. Saint-André s’exprime contre les demi-mesures et ces lois d’une douceur philosophique excellente en temps de paix mais funestes et mortelles en temps orageux de la révolution..Lui et son collègue laisseront tomber les têtes s’il le faut pour l’affirmation de la liberté »

2 avril :A propos de Roland, Saint-André critique l’idolâtrie pour un individu quel qu’il soit et développe les funestes effets du ministère de cet homme qui a égaré l’esprit public et été l’instrument d’une faction d’ambitieux. On sait combien la Société avait montré son attachement pour Roland, à commencer par Pipaud des Granges.

A partir du 1° avril, le Conseil d’administration qui avait cessé sa permanence le 2 février la reprend. Il dénonce aussitôt(ADD 1 L 150) les ennemis intérieurs et extérieurs. A noter la lenteur avec laquelle les administrateurs rejoignirent ce qui prouvent que les proclamations des représentants en mission n’impressionnaient pas exagérément !

Première terreur

Le 5 avril, (même source) la proclamation par les représentants en mission : ADD 1 L 150

Convaincus par un grand nombre de faits dont l’exposé a été mis sous nos yeux qu’une explosion violente est sur le point d’éclater dans différents districts…Que des rassemblements nombreux de ci-devants nobles, de prêtres réfractaires et autres conjurés se forment clandestinement dans des châteaux isolés où il paraît constant qu’il existe des armes et munitions de bouche Que des propos échappés à des hommes justement suspects de participer à ces complots ajoutent à l’évidence des preuves déjà recueillies…Et ne peuvent pas laisser lieu de douter que la Dordogne en devînt bientôt le théâtre sanglant de la rébellion et des mouvements les plus dangereux pour la sûreté générale 1°Il sera fait un désarmement général de tous les citoyens suspects dans l’étendue du département comme ci-devant nobles, prêtre non-assermentés parents des émigrés et autres dont le civisme ne serait pas notoirement connu 2° comme il importe que cette mesure soit confiée à des citoyens qui réunissent fermeté et intelligence, ce désarmement sera fait par des commissaires.

ADD 1 L 161 Le 7 avril était présenté un arrêté « Contre les ci-devant nobles et les ci-devant privilégiés et les parents d’émigrés ainsi que leurs agents et domestiques ; les prêtres fonctionnaires non assermentés…tous les citoyens enfin notoirement suspects seront arrêtés dans tout l’étendue du département et traduits au chef-lieu du district dans une maison de réclusion que le district désignera ».

Dans la rafale de proclamations adressées par la Convention et relatives au salut public celle du 6 avril proclamait (ADD 1 L 150) : « saisissez tous les hommes en qui vous n’avez point aperçu des sentiments civiques bien prononcés qu’ils soient conduits au plus tôt dans les maisons d’arrêt ».

Guillotine, ADD 1 L 150, 11 avril

Placards (1 L 150, 13 avril ) « Un placard affreux a été trouvé sur les murs de la maison de réclusion .La Société républicaine a été révoltée que le meurtre des détenus fût provoqué dans cette affiche »

Commission,id 12 avril

Idem 16 avril : En présence d’Elie Lacoste On observe « qu’en conséquence des mesures de sûreté prescrites tant par loi que les proclamations des Commissaires de la Convention que par l’arrêté du Conseil Général du 7, plusieurs personnes, même des vieillards, des infirmes et des cultivateurs, des femmes, des mères de famille ont été mises en état d’arrestation et consignées dans leur maison sous prétexte qu’elles n’allaient pas à la messe des prêtres constitutionnels et autres motifs qui prouvent plutôt la faiblesse et l’égarement de ces personnes que leur incivisme et leur malveillance qu’il s’ensuivrait qu’une mesure commandée par le service public deviendrait dangereuse et oppressive. On nomme 2 nouveaux commissaires par district pour s’informer sur les motifs de détention. Ils enverront au directoire qui transmettra au procureur -général-syndic pour rapport. »

Interrogatoires du Comité ADD 12 L 94

P 174
1 L 159, 26 avril : légion départementale

  • Vendée : 1 L 159
  • Fontenay prise le 16 mai fut reperdue le 23. Elle suscita une vive émotion a la Société et Sirey dut justifier la conduite des volontaires.
  • 1 L 159 11 mai déclaration Lacoste « La rage, la férocité font des progrès…D’intrépides phalabes ( sic) conduites aux combat par les administrateurs qu’aucun danger ne peut effrayer iront secourir la Vendée »
  • Beaupuy (id) 13 mai « déclare qu’il n’y a que cent volontaires pour la Vendée »
  • Id : 27 mai Annonce de la prise de Fontenay. Il est apparu que la gendarmerie a abandonné son poste.
  • Voir aussi 1°juin :lettre de Dumoulin sur ce qui s’est passé à Fontenay.
  • Compagnie de Montignac : voir le discours de Pipaud des Granges du 24 mai qui fait de l’événement une affaire politique :c’est au nom de l’égalité que les volontaires auraient arraché les girouettes du château. L’instruction est à la date du 25 mai. On notera par ailleurs qu’à la date du 11 mai les recrues de Montignac envoyées à l’armée des Pyrénées avaient été réorientées pour la Vendée ce qui peut expliquer leur mauvaise humeur.

Périgueux foyer d’intoxication : idem 31 mai

Sur les piques, idem, 25 mai

Des recrues se présentent se plaignent de n’être par armés et refusent les piques et préfèrent se rendre à leur destination sans armes. Le procureur-général-syndic leur « tient le langage de la loi leur expliquant qu’armés de piques ils ne devaient pas craindre l’ennemi qu’ils devaient chercher à le combattre de près et que ce n’était qu’ainsi en criant sus qu’on pouvait se permettre des victoires. Les recrues ont répondu qu’ils étaient satisfaits et partiraient à l’instant pour se rendre où la victoire les appelait » On notera tout de même ou les fortes vertus de Pipaud dans sa leçon de tactique ou la force très relative de la résistance des soldats.

P 175
Le Conseil général aux Jacobins
L’affaire Remy-Lagrimardie fait l’objet d’un long développement en 1 L 151 qui montre l’état d’opposition entre le Département le corps municipal.

L’affrontement avec Elie Lacoste : St Jean d’Angély ; (1 L 151 26 mai) Discours d’Elie Lacoste contre le fédéralisme. Projet d’emprunt forcé 27 mai. On sait que cet événement fut l’occasion d’une vive attaque de Pinet contre Pipaud des Granges (Labroue,Société populaire…,p 259)

Le 30 mai (même source) Pipaud faisait l’historique de la manière dont les choses s’étaient passées depuis le 4 mai : Réquisitoire concernant les reclus du procureur général syndic

Il fait d’abord état des mesures prises suite à la formation du Comité de sûreté générale le 4 mars  qui, jusqu’au 18 mars, se chargea de recueillir des informations. Avec l’insurrection de la Vendée et la nécessite de s’assurer de tous ceux qui étaient atteints de suspicion. Des citoyens jouissant d’une grande réputation de patriotisme en firent l’état et vous procédâtes aux arrestations. Bientôt les détenus firent des réclamations. Elles trouvèrent l’appui de ceux-là même qui les avaient dénoncés et vous crûtes devoir prononcer des élargissements. Sur ces entre-faits les représentants du peuple arrivèrent …et se firent rendre compte des mesures de sureté générale et blâmèrent l’indulgence dont vous aviez usé envers les reclus. La trahison de Dumouriez s’étant manifestée, ils firent une proclamation portant ces paroles remarquables. Pour l’exécution de ces mesures ils fixèrent des commissaires qui établirent des listes des hommes suspects et procédèrent à leur arrestation…Ces mesures entrainèrent avec elles beaucoup d’arbitraire. Il fut arrêté un grand nombre de personnes ». On décide de règlement de police. Dès ce moment « force de citoyens qui n’avaient épargné aucun effort pour remplir la prison s’empressèrent d’en demander la sortie »…. Dans ce contexte les mesures prises furent sans effet ; trois de ces reclus vaquent dans les rues et rien ne les empêche de répandre leurs manières et de concerter leurs complots…Vous vous êtes vu forcés d’accorder l’élargissement à une foule ». Désormais l’occupation principale devient celle d’entendre ces reclus réclamés par leurs communes

Arrêté 1° Les reclus qui sont dans le chef-lieu des districts seront mis en liberté sous la surveillance de la municipalité du chef-lieu de district. Les conseils généraux de district s’occuperont de juger les reclus en renvoyant ceux contre lesquels il n’y a aucune preuve de condamnation.

3- les reclus de Périgueux devront dans les 2 jours se rendre au chef-lieu de leur district.

4- le procureur général enverra l’état des reclus et les pièces qui auront déterminé leur arrestation.

7- Seront excepté du psent arrêté les personnes qui ont envoyé des secours aux émigrés.

On voit que la volonté de détendre la situation s’accompagnait, une nouvelle fois de la critique des représentants en mission.

Contre Elie Lacoste Il faut ici citer le réquisitoire contre Elie Lacoste (1°juin ADD 1 L 151) parce qu’il montre à la fois les conceptions de Pipaud très légalistes à un moment où la situation pouvait tout justifier ce qui devient de règle en l’An II. On y retrouvera aussi l’éclairage de l’inimitié tenace de Lacoste pour Pipaud et à travers lui de ce qui menaçait les pouvoirs locaux. Car le réquisitoire conduit à qualifier les actes d’Elie Lacoste de dictatoriaux alors même que par ailleurs il a été rappelé à Paris comme beaucoup de ses collègues.

Les motifs les plus purs ne sont pas toujours exempts d’erreur mais celui qui veut le bien doit se rendre à la vérité lorsqu’elle le rappelle dans la voie où il s’est égaré.

Elie Lacoste, représentant du Peuple, un des plus fermes défenseurs de ses droits s’est permis d’y porter atteinte par un acte que je vais vous déférer. La haine des ennemis de la Révolution, la crainte des conséquences funestes de leurs conspirations, lui ont dicté des mesures qui étaient hors de ses pouvoirs et blessent la souveraineté nationale.

Il a, par un arrêté du 26 de ce mois assuré une existence au comité de sûreté générale établi à Excideuil par les autorités constituées jusqu’à ce que la patrie ne soit plus en danger. Il a arrêté qu’aucune autorité autre que la Convention Nationale ne pourra porter aucun empêchement aux opérations de ce comité. Il le travestit en tribunal et lui donnant le pouvoir exprès de délivrer des mandats d’amener et d’arrestation, de décider définitivement sur les pétitions des personnes suspectes et de prendre généralement toutes les mesures de salut public commandées par les circonstances ;

Il n’est pas un point de cet arrêté qui ne viole la souveraineté nationale. Le droit de juger et administrer ne peut appartenir qu’aux élus du peuple qui sont ses représentants dans l’exercice de ses actes de sa souveraineté. Aussi jamais un comité établi par une Société populaire n’a-t-il pu exercer un droit qu’il était impossible aux autorités de lui transmettre parce que celui qu’elles exercent ne lui étant que commis elles ne peuvent en disposer en tout ou en partie.

Les comités, lors même qu’ils ne sont que portion des autorités constituées n’ont d’autre objet que préparer les travaux et de surveillance particulièrement des détails qui échappent aisément dans l’ensemble des opérations qui occupent un corps administratif mais jamais ils n’eurent le droit de prononcer un jugement, jamais ils n’eurent le droit d’attenter à la liberté individuelle

Vous vous rappelez sans doute les réclamations qui s’élevèrent de toutes parts contre le droit attribué au Comité de sureté publique dans le sein de la Convention qui réunit tous les pouvoirs cependant il ne peut user de ce droit que provisoirement et il doit dans les 24h rendre compte des arrestations qu’il a cru devoir faire faire. C’est un Comité de Sécurité public et le comité établi à Excideuil qui n’est qu’un comité de surveillance se trouve revêtu d’un pouvoir dont ne jouissent aucune des autorités constituées.

Le pouvoir express de décerner des mandats d’amener ou d’arrestation, le pouvoir de juger définitivement sans qu’aucune autorité autre que la Convention Nationale puisse porter empêchement à ses opérations ne donne-t-il pas le droit d’exercer le plus cruel despotisme dans les mains de ceux qui voudraient en abuse ?

Quel recours peut mettre à l’abri de ses erreurs ou de ses caprices celui qui s’en trouverait victime ? La Convention sans doute est le foyer de la justice, mais elle doit son temps ses travaux à l’ordre public ; et elle ne peut se charger de la justice distributive. Le tribunal crée par Elie Lacoste est donc absolu et souverain et ceux sur lequel il prononce n’ont d’autre appui que dans la sagesse et l’esprit de justice des hommes qui le composent.

Dès lors cette institution est d’autant plus dangereuse qu’elle sera le comble de la tyrannie dès que les hommes qu’elle revêtit du pouvoir absolu cesseront d’être sages.

Il y a peu de jours que vous entendîtes à la barre ces paroles qui nous été adressées : Nous ne souffrirons jamais un dictateur ni un proconsul.

Citoyens les droits et les procédures étaient au-dessus des lois ils créaient des tribunaux, ils établissaient des juges et les constituaient.
Quel est le résultat de l’arrêté pris par le Représentant du peuple Elie Lacoste ? Je vous laisse citoyens administrateurs à prononcer si ce n’est pas le dictatorat, le proconsulat, je laisse à ces hommes qui l’on appelaient dictateurs à prononcer sur l’acte du Représentant du peuple, mais j’oublie qu’ils ont été constamment prosternés à ses pieds.

Oh sans doute nous mériterions les reproches calomnieux qu’ils ont osé se permettre dans cette enceinte si nous ne nous soulevions contre cet abus de pouvoir avec tout le courage, toute la fermeté, toute l’autorité que nous réunissons. Ah sans doute nous nous assoirions sur le char de la dictature, nous trahirions la confiance qui nous honore si nous ne résistions de toutes nos forces à l’exercice des pouvoirs qui ont été attribués au comité de surveillance d’Excideuil.

Nous ne croyons pas déplaire à Elie Lacoste, nous sommes persuadés que ses intentions sont pures et il applaudira le premier à nos efforts lorsqu’il aura reconnu toute la profondeur de l’abîme qui existait sous les pas de la liberté s’il pensait différemment dès lors et se montrerait ouvertement son ennemi il cesserait d’être digne de notre confiance et de notre estime.

Il verra en parcourant les lois avec nous que rien n’a pu autoriser sa conduite, il était sans pouvoirs, la loi du 30 avril dernier qui lui a été notifiée le 9 les supprime. L’homme sans pouvoirs peut-il donner des pouvoirs et des pouvoirs qui compromettent la liberté individuelle.

Le Comité de surveillance d’Excideuil est converti en tribunal extraordinaire puisqu’on lui a attribué toutes les fonctions des tribunaux. La loi du 15 mai dernier déclare nul et comme non avenu toute création de tribunal extraordinaire fait sans aucune autorisation expresse de la Convention nationale.

Il y a plus. Elie Lacoste revêtu de ses pouvoirs est en contradiction avec la loi. Le décret du 21 mars porte l’établissement dans chaque commune d’un comité  de sûreté. Nous allons vous remettre toute cette loi sous les yeux. Elle déterminera la marche que vous allez nous tracer dans cette circonstance.

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31-mai 2 juin 13 L 12/4

Soldats du Cantal, (juin 1793-ADD 1 L 151) Un citoyen tambour du 3°Bataillon du Cantal se rendant en Vendée a dit que dans plusieurs districts même plusieurs départements il s’était formé des insurrections considérables par une troupe de brigands au nombre d’environ 6000 hommes en armes, que des brigands avaient égorgé plusieurs administrateurs et s’étaient emparés de tout ce qu’ils avaient trouvé dans le pays ; que le département du Cantal s’était levé en entier et avait formé une troupe de 30 000 h et munis de vivres pour 5 à 6jours. On lui a apporté la satisfaction du zèle qu’il apportait à la chose publique. Sur quoy l’un des membres de l’administration voyant les revers éprouvés par les cantons des environs de Cahors a proposé de renvoyer un courrier pour prendre des éclaircissements sur les faits rapportés ; qu’il soit établi des postes de districts en districts pour correspondre plus facilement, qu’il soit envoyé des cavaliers chez chaque membre de l’administration pour les presser de se rendre à leur poste avec autorisation de les sommer et dresser procès verbal de leur motif de refus, a proposé en outre d’inviter les administrateurs de districts du département de nommer un membre pour concourir tous ensemble aux mesures à prendre sur l’état ou se trouve actuellement la République .Proposition 1-Reynaud se rendra à Cahors pour conférer sur ces troubles et de faire parvenir le résultat même par moyen extraordinaire 2°Envoi de cavaliers chez tous les membres absents

Arrêté de la Côte d’Or : (1 L 151 8 juin) : un député du département de la Haute-Vienne remet au président un arrête pris le 30 mai par le département de la Côte d’or sur lequel a délibéré le département de la Haute-Vienne le 5 juin. On lit cet arrêté puis celui de la Côte d’or dont l’article 6 «  La Convention sera instruite que tous les citoyens sont prêts à marcher pour assurer l’exécution de ses décrets, qu’ils tireront vengeance des atteintes qui pourraient être portées à l’inviolabilité des décrets des représentants et à la liberté de leurs opinions qu’ils s’insurgeront contre toute autorité despotique dictatoriale et contre toute suprématie de commune ; que tous les corps constitués s’opposeront à toutes les autorités despotiques par tous les moyens qui seront en leurs pouvoirs » L’arrêté sera présenté à la Convention par les commissaires de chaque département.

A propos du 2 juin (même référence), la transcription du discours de Pipaud des Granges ne compte pas moins de 8 pages du registre.

Réunion des districts, 1 L 151

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13 juin : Fête funèbre Beaupuy en présence de veuves soldats tués en Vendée à l’église de la Cité ornée de différentes espèces de bois représentant les forêts et bois de la Vendée. Discours de Pipaud puis Moulin au nom de la Société populaire. On notera que Pipaud en profitait pour dire ses sentiments envers cette famille que les Montagnards n’hésitaient plus désormais à vilipender.

Un Agenais : 13 L 12-4, 15 juin

Thiviers :1 L 151 et réponse de la Société (13 L 12 17 juin)

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Rejet du maximum

(1 L 151, 27 juin) Représentations faites par une multitude de communes de son territoire qui ont exposé que l’exécution du décret du 4 mai avait entièrement dépourvu leur marché de grain. Vu les délibération de 6 districts (manquent Bergerac, Ribérac et, sans surprise Sarlat)…Que les départements qui ont voulu maintenir cette mesure éprouvent le malheur dans toute son étendue…Considérant que la libre circulation la liberté du commerce, le droit inviolable et sacré d’user à sa volonté de sa propriété sont les seuls moyens de faire naître l’abondance. Considérant que le département de la Dordogne n’a pas la quantité suffisante de grains nécessaires, que celle de 10 000 sacs que le Conseil général avait demandé et obtenu du gouvernement n’a pu parvenir ayant été arrêtée à Nantes par effet de l’insurrection. Que toutes les réclamations pour obtenir de nouveaux secours sont restées sans effet…Arrête que tous les bleds qui seront vendus dans tous les marchés du département de la Dordogne ne seront assujettis à aucune taxe et que tous les marchands et voituriers qui en apporteront ne pourront être troublés ni inquiétés sur le prix qu’ils proposeront sous le prétexte d’aucun maximum.

On trouvera dans le même registre  les appels de Thiviers aux dates 9 juin et 13 juin et on trouvera la question du refus de Sorges d’alimenter le marché de Thiviers, ayant crée le sien propre.

Pour le scénario de la chute de Pipaud, voir annexe 2.

 

 

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Annexe 1. Les troubles du recrutement en Nontronnais.

Champniers. La réunion de recrutement avait été interrompu par des métayers au cri de « puisqu'il n'y avait plus de Roi, il ne fallait plus de soldats...Ils ont empêché totalement l'opération commencée par la municipalité. ». Le lendemain, 14, c'est de Javerlhac que venait un refus plus technique : on voulait que fussent déduit du chiffre des volontaires de l'année précédente. Logique à ceci près… qu'ils n'étaient pas partis. On soupçonna des malveillants et l'on ordonna une nouvelle réunion. Celle-ci n'attira pas de nouvelles foules. Le 15 mars, même constat pour Saint-Pardoux-la-Rivière « les citoyens se sont séparés sans avoir conformé l'opération relative à la formation de leur contingent. Or on n'a pas relevé les noms grâce à quoi « il aurait été facile de distinguer les citoyens paisibles d'avec les anarchistes...Les malintentionnés ont circonvenu les citoyens paisibles. » On ordonnait une nouvelle réunion le 18 et l'affaire paraissant plus sérieuse en présence de commissaires et de 2 brigades de gendarmerie. Tout à côté de Saint-Pardoux à Saint Angel, nouvelle alerte annoncée le 17 où cette fois ce sont les officiers municipaux qui ont été exclus de l'assemblée : les citoyens se sont choisis pour présider à l'opération deux citoyens l'un de Saint- Pardoux, l'autre de la Chapelle-Montmoreau. Les résultats sont annulés et une nouvelle réunion annoncée pour le 21 pour effacer cette « une véritable injure aux magistrats du peuple ». A Saint-Saud, on avait eu tout d'abord un cas de figure proche de celui de Sorges : le 14 le contingent avait été rempli « Il a été ramassé une certaine somme pour distribuer aux volontaires qui convinrent de s'assembler le dimanche présent jour pour la partager entre eux ». Mais le jeudi précédent, les voici au bourg où ils déclarent qu'ils ne veulent plus l'argent et se désistent. Probablement une manière de faire monter les enchères! Clairement informé des règles, ils demandent que la municipalité fasse des billets pour convocation le jeudi suivant. A la municipalité qui rechigne ils rétorquent  « de gré ou de force » en ajoutant plusieurs menaces. La municipalité s'incline et fait les billets. Mais on en resta là sur ordre du directoire qui menace les meneurs en cas de nouvelle assemblée.

 Le 17 journée fatidique c'est à 9h du soir qu'on se réunit. Revoilà le maire de la commune de Champniers où l'on doit se réunir le lendemain pour recruter les volontaires. Mais, le même jour, dimanche, les jeunes se sont rendus à Saint-Matthieu de l'autre côté de la limite du département avec la Haute-Vienne où, assistant à une réunion de recrutement, « 'ils ont été témoins d'une insurrection totale arrivée dans la commune qui a fait manquer l'opération au point que la gendarmerie présente a été maltraitée, les propriétés violées, la municipalité insultée et obligée de se retirer sans avoir pu parvenir à la tranquillité publique ». Résultat : ceux de Champniers ont décidé d'en faire de même. La menace est telle que l'on décide d'y envoyer le lendemain la gendarmerie prévue pour Saint-Pardoux où l'on enverrait une trentaine d'hommes de la garde nationale de Nontron.

C'est donc un peu inquiets que les deux commissaires de Nontron se rendirent à Saint-Pardoux flanqués de leurs compagnies de laquelle, pour éviter de faire monter la tension, ils se séparèrent en entrant dans le bourg, leur donnant rendez-vous quelque part dans la campagne. A leur inquiétude s'en ajoute une autre : du fait de la présence de perturbateurs de Saint-Pardoux, la réunion de recrutement de Saint-Front a été annulée. Après avoir rencontré le commissaire, ils rejoignent la réunion du maire, une assemblée plus nombreuse que prévu. La veille, on a lu, et dans l'église, l'arrêté du district. Or ce lieu de réunion posait de vrais problèmes dans une commune qui avait récusé le prêtre élu et conservé le réfractaire, intervenant même pour qu'il fût reconnu jusqu'à ce que, le 10 août passé, il fût envoyé en maison de réclusion. Et jusque là le maire avait lu les arrêtés dans l'église. Il ne le faisait plus depuis, précise le réquisitoire du district qui note qu'une trentaine de citoyens ne viennent plus à la messe et que les convoquer pour la lecture d'un document officiel était une provocation vis à vis des autres. La réunion s'était pourtant passée sans accroc signalé.

Le lendemain donc, nos commissaires face à l'assemblée se trouvèrent vite dans l'impasse quand il s'agit de lire les textes officiels, le maire mettant son grain de sel objectant que tout cela serait bien trop long. On passa donc à l'essentiel : quel mode l'assemblée voulait-elle qu'on adoptât pour obtenir le contingent de la commune ? Cette consultation nécessitait un appel préalable des jeunes concernés. Au lieu de celui-ci des clameurs indiquèrent qu'on ne voulait pas partir les uns sans les autres. Au fond, satisfaits les commissaires demandèrent que l'on s'inscrivît. Mais nouvelles huées au cri « que l'arbre de la liberté était planté qu'ils feraient et qu'ils seraient ce qu'ils voudraient ». Brutalement le fils du maire s'enquit de la proximité des gardes nationales prêtes à intervenir. Au lieu d'opiner pour faire tenir calme l'assemblée, le maire dénia. L'autre décida d'aller « avertir ceux qui l'ont envoyé ». Dès lors ce fut le chahut intégral les commissaires, cernés par une foule menaçante dont ils s'extraient comme il peuvent, errent un peu dans la campagne avant de retrouver les gardes nationaux qu'ils dissuadent de toute intervention « leur faisant sentir à quel degré les esprits étaient échauffés et combien cette frénésie s'est communiquée à leurs adhérents des communes voisines que le tocsin allait rassembler et que la prudence nous commandait de nous retirer. » Curieuse utilisation des forces de l'ordre qui en dit long sur la capacité des autorités. Pour comble, sans la moindre gêne, le maire rejoint les commissaires, disant que, responsable de l'ordre( !), il approuvait l'attitude des commissaires et leur prudence. Le maire et son procureur syndic furent destitués dans une affaire qui devait se prolonger jusqu’à la descente de cloches de la paroisse. Les meneurs, pour leur part, avaient décampé.

Quelques jours plus tard, à Romains, commune limitrophe de Saint-Pardoux des habitants menacent les Officiers municipaux et déclarent qu'ils préfèrent soutenir les émigrants plutôt que marcher contre eux. Et près de Champniers, à Saint-Félix- de- Reilhac, le directoire enregistrait le fait que le 16 mars « à l'instigation des factieux qui sont désignés dans le procès-verbal, après s'être mise à menacer tant les commissaires que la municipalité, l'assemblée s'est dissoute après avoir déclaré qu'elle ne voulait nullement voter pour la formation du contingent ».

COMITE DE SURETE GENERALE

24 mars Les citoyens composant les corps constitués réunis en assemblée de Comité de Sûreté générale en conséquence de la lettre reçue du procureur-général-syndic sur la réquisition de la force armée faite par le commissaire près le département de la Gironde. Considérant que les troubles annoncés être dans le département de la Vendée, des Deux- Sèvres et de Mayenne et Loire n'ont point été sus directement par l'administration même par le département de la Dordogne. Considérant qu'il importe beaucoup pour le salut de l'état que les corps constitués sachent le trouble arrivé dans lesdits départements afin de prendre les moyens qu'ils aviseront justes et raisonnables et être continuellement en activité pour éviter la propagation de ces troubles et donner à nos frères d'armes les secours qu'ils pourront demander et que ns pourrons rassembler lors de la réquisition. Considérant que le citoyen Debrégeas accusateur public près le tribunal criminel de Périgueux a été nommé par le département de la Dordogne député près de celui de la Charente afin de se concerter avec l'administration de ce département et voir les moyens à prendre pur assurer des forces aux départements en insurrection. Considérant en outre qu'il est difficile de recevoir des nouvelles du département, que de pareilles insurrections exigent une surveillance continuelle.

Le directoire du district de Nontron ouï le procureur-syndics et de l'avis des corps constitués réunis à lui. Arrête que les citoyens receveurs du droit d'enregistrement se transporteront dans la ville d'Angoulême, confèreront avec l'administration ainsi que le citoyen Debrégeas s'informeront des troubles arrivés en Vendée, Deux-Sèvres, Mayenne. Au cas que les nouvelles qu'ils apprendront à Angoulême ne soyent pas suffisantes lesdits commissaires sont autorisés de se transporter à Niort, Nantes et partout ailleurs où ils le croiront nécessaire y prendre les renseignements qu'ils pourront en instruire l'administration soit par courrier extraordinaire qu'ils peuvent dépêcher que par la voie de la poste ordinaire et de revenir auprès de l'administration le plutôt qu'il sera possible.

ANNEXE 2 : Retour sur la chute du Procureur-général-syndic

Il est intéressant de revenir sur le scénario de la chute de Pipaud des Granges comme procureur général syndic pour compléter ce qui se joue du côté jacobin. De ce côté-là Pipaud était progressivement devenu l’homme à abattre en relais des députés montagnards de la Dordogne avec en première ligne après l’emprisonnement de Lamarque, Peyssard. On a vu comment le club avait retourné l’envoyé d’Agen. Et dès le 11 juillet la condamnation de Pipaud était réglée aux Jacobins. Or sur la plan institutionnel les choses furent moins claires.

L’affaire de la Gironde, fin juin-début juillet 1793, montre en quelque sorte à grande échelle, la stratégie politique de Pipaud des Granges vis-à-vis du mouvement fédéraliste en général et de la Commission populaire de Bordeaux. Le procureur général a été loyal vis-à-vis de la Convention malgré ses fortes réserves sur les journées des 31 mai et 2 juin 1793. Il n’a cessé de manifester son opposition aux choix politiques bordelais mais en conservant vis-à-vis de ses acteurs une attitude d’exhortation et de conciliation. Celle-ci contraste avec la haine qui se manifeste dans le reste du département et crée un courant sur lequel les conventionnels périgourdins hostiles à Pipaud des Granges ont pu s’appuyer dans des conditions que rien ne justifiait et relèvent du règlement de compte: la fraternité n’avait plus la moindre place dans le nouveau climat politique ! Ceci n’exclut nullement de comprendre la hantise parisienne du complot venu de l’intérieur.

Le 24 juin, en réponse à l’appel à la dissidence de la Commission populaire de Salut public de Bordeaux., Pipaud prit une position claire et quelque peu légaliste : le procureur général ne prend pas position sur le fond et s’en tient à considérer que les administrateurs n’avaient pas la légitimité pour répondre à l’appel des Bordelais Le texte ne comporte pas moins de 9 pages et il a été analysé par ailleurs dans l’ouvrage « Une des grandes portions du peuple qui vous avoisine déclare le liberté en péril. Elle vous invite à vous unir et à vous coaliser pour repousser la tyrannie qui cherche à l’opprimer, mais vous n’êtes pas le peuple, vous n’êtes pas les citoyens du département de la Dordogne, Vous en êtes seulement les administrateurs et comme tels, vous ne pouvez le représenter dans ce qui concerne le premier, le plus grand de ses intérêts, vous êtes donc sans puissance comme sans droit pour répondre à la demande qui vous est faite ».

L arrêté du 27 juin rapporte celui du 31 mai sur la Maximum. Il est évident qu’il s’agit d’une manière de reprendre la liberté du Département vis-à-vis d’un principe cher aux sans-culottes parisiens. Il n’y avait pas là de quoi plaire aux Montagnards

Le 29 juin se déroule un épisode décisif : En réponse à la commission populaire de Bordeaux qui demande le passage par la Dordogne de la troupe recrutée pour marcher sur Paris, le Procureur général requiert un refus et contient une exhortation qui condamne sur le fond l’initiative bordelaise. Nous avons-vu comment, fidèle aux principes de souveraineté populaire, Pipaud aurait souhaité organiser une consultation des communes et comment Lanxade et la municipalité de Périgueux lui demandèrent de s’en abstenir au vu des affrontements politiques qui pourraient en résulter. Pipaud s’inclina. IL faut ajouter que cette fois la réponse contenait une condamnation de fond et une exhortation fraternelle à revenir sur cette décision. Et pour conforter cette exhortation était ajoutée une clause circonstancielle sur les subsistances que personne ne contesta.

« Arrête qu’il sera écrit à l’administration du département de la Gironde une lettre dont l’envoi sera fait par courrier extraordinaire à l’effet de lui représenter fraternellement que l’envoi d’une force armée à Paris est illégale ; que cette mesure peut produire les effets les plus funestes à la République et pour les prévenir encore de la situation précaire du département de la Dordogne à l’égard des subsistances, de l’impossibilité affligeante où il se trouve, nous mettrait dans l’impuissance de fournir à la troupe de la Gironde les vivres qui lui seront nécessaires pendant sa marche sur notre territoire.

La Commission envoya ensuite un appel qui, au nom de la fraternité exhortait la Dordogne à la rejoindre. La réponse est là encore aussi claire sur le fond qu’elle se veut fraternelle sur la forme et s’appuie sur la force des liens noués depuis 1789 entre les deux départements et qui contrastait avec les rancoeurs des Périgourdins de l’Ancien Régime vis-à-vis de la ville de l’intendant qui les « opprimait ».

30 juin lettre aux administrateurs du département de la Gironde « Vous ne devez pas douter citoyen combien cette union nous est chère ; mais quelques flatteurs que soient pour nous les embrassements fraternels que les citoyens de la Gironde nous apportent, nous préférons mille fois en être privés et renoncer à une démarche dictée, nous en sommes sûrs par la patriotisme, mais réprouvée par la loi ; et qui, sous quelques rapports qu’on l’envisage peut produire les effets les plus funestes et déchirer la République par le choc des partis et les divisions qu’il fait naître…Faites de nouvelles et sérieuses réflexions, arrêtez vos guerriers et, s’ils sont amoureux de voler à la victoire, qu’ils aillent cueillir des lauriers sur les corps expirants des ennemis de la patrie. C’est là seul que la gloire nous attend ».

Le 1°juillet, dès leur arrivée, Treilhard et Matthieu se rendirent au Conseil général pour rendre hommage à son attitude dans cette affaire, sans s’arrêter beaucoup sur l’évocation des circonstances alimentaires. On ne sera pas sans remarquer l’adhésion aux conséquences des 31 mai et 2 juin, ce qui était aller très loin pour les Périgourdins et surtout pour Pipaud des Granges qui, on l’a vu n’avait pas caché ses sentiments aux sujets de ces événements sur le chemin de la conciliation.

« Nous ne pouvons que louer le civisme et les principes qui animent les administrateurs… après avoir manifesté la satisfaction de la conduite de ce département qu’ils ont eu l’occasion de voir…Tous les membres ont manifesté le même vœu et pour en donner des preuves aux représentants du peuple, l’un des membres a fait lecture de la lettre adressée par l’administration au département de la Gironde relativement à la démarche de la Commission °populaire pour les détourner du funeste projet qu’elle a pris d’envoyer une force armée sur Paris…Qu’elle demande en outre le jugement des 32 membres de la Convention mis en état d’arrestation

3 juillet adresse du Conseil à la Convention « jurant un attachement inébranlable à la liberté, l’égalité à l’indivisibilité de la République et à la Convention nationale »

Pipaud avait beau avoir été ferme et avoir satisfait les Représentants du peuple, ses mots fraternels et surtout l’appel au manque de céréales pour dissuader les Sarladais provoqua une vive réaction des deux principaux districts, Sarlat et Bergerac et une réponse très dure de leur part. Pour eux aucune relation autre que l’hostilité totale n’était possible contre ceux qui attaquaient la Convention. C’est la preuve qu’avaient déjà apporté les élections, la force de l’esprit montagnard en Dordogne et aussi de la sacralisation de la Convention. Sur le fond Pipaud aboutissait au même résultat mais l’hostilité à son égard n’attendait que l’occasion de se manifester.

Réponse du district au Département de Bergerac, 3 juillet « Citoyens, quelle a été notre surprise en lisant dans votre arrêté du 29 juin, le second considérant dans lequel vous faites entrer pour motif de votre non adhésion au passage des Bordelais dans votre ville la pénurie de céréales, la pénurie des grains dont est malheureusement affligé notre département. Où est donc cette fierté républicaine qui doit embraser vos âmes ? Quoi ? Vous manquez de courage pour exprimer vos opinions ou bien, ce que nous ne pouvons croire vous approuveriez au fond de votre cœur la rébellion de quelques administrateurs achetés par l’or de Pitt et de Cobourg ? Cette idée serait trop affligeante pour nous, non vous ne vous couvrirez pas d’une tâche infamante. Nous demandons de faire disparaître le second considérant de votre arrêté ainsi que le dernier membre de la phrase dans lequel vous dîtes que vous préviendrez le département de la Gironde de la situation précaire de votre département à l’égard des subsistance, et de l’impossibilité affligeante ou il se trouverait de pourvoir aux besoins de vos frères et amis ; quoi, vous appelez vos frères et amis des rebelles, les armes à la main, dirigeant leurs pas et leurs coups sur nos frères de Paris, sur la Convention nationale. Pour nous, citoyens, nous ne prodiguons pas ainsi le doux nom de frères. Nos frères et nos amis sont ceux qui veulent la liberté qui la chérissent, qui défendent la République une et indivisible, qui protègent la première des autorités. Si les Bordelais ou autres citoyens égarés passaient sur notre territoire portant le fer et le feu contre nos frères de Paris, contre la Convention nationale, nous volerions au devant d’eux, nous les éclairerions, s’il était possible mais s’ils persistaient dans leur dessein liberticide nous leur défendrions le passage les armes à la main et si nous étions vaincus, ils pourraient piller leur subsistance comme les brigands de la Vendée : nous ne consentirions jamais à nourrir de tels monstres.,

Sarlat (10 L 3, 2 juillet)

Vu un exemplaire de l’arrêté du Conseil général d’administration du département de la Dordogne pris dans la séance du 24 juin dernier avec la réquisition du procureur général syndic , un arrêté de la commission populaire de salut public du département de la Gironde du 14 juin dernier, autre arrêté de la dite commission dudit mois et l’instruction donnée à la commission aux commissaires , envoyés par elle à la commission centrale, le tout imprimé en un seul cahier pour être publié et affiché dans toutes les communes du district.

Le directoire du district de Sarlat déclare qu’il improuve formellement cet arrêté et instruction de la prétendue Commission populaire de Salut Public de la Gironde comme attentatoire à la souveraineté du Peuple et la Représentation nationale et l’amendement faisant partie de l’arrêté du Conseil Général du d’administration département de la Dordogne du24 juin dernier comme contradictoire avec les dispositions principales dudit arrêté et tendant à propager le principe d’anarchie si hautement professés par ladite prétendue Commission. Déclare aussi qu’il improuve le réquisitoire du Procureur général syndic imprimé en tête dudit arrêté, comme celui d’un lâche qui après avoir étayé ce même principe par des réflexions prises des circonstances n’a pu se prononcer lui-même. En conséquence arrête que les exemplaires des arrêtés et instructions seront retirés du bureau des Dépêches pour demeurer séquestrés dans le secrétariat.

Pour Pipaud des Granges cette affaire semblait pourtant close avec l’assentiment des Représentants du peuple et malgré le climat tendu aux Jacobins. Le 8 juillet il recevait l’acte constitutionnel libérateur, pacificateur et éteignant les divisions.

8 juillet Discours Pipaud sur Acte Constitutionnel « C’est le gage sacré de son bonheur et de sa liberté que nous allons présenter au peuple. Dans l’état de révolution où nous sommes, il doit être aussi le terme de toutes nos dissensions. Il doit nous réunir parce que c’est par notre union que nous pourrons ressentir les effets salutaires de cette Constitution et la consolider…Non, citoyens du moment qu’elle sera acceptée il ne reste plus de motifs de division ; tout le passé doit disparaître ; celui-là seul qui y porterait atteinte qui voudrait le blesser deviendrai votre ennemi et mériterait l’animadversion publique.

Sur cette base pouvaient s’organiser les réjouissances dont Pipaud fut un des maîtres d’œuvre. Le 9 juillet était présenté un plan et mode d’exécution de la proclamation de l’acte constitutionnel. L’organisation de la fête qui réunit les autorités constituées regroupa une centaine de personnes conviées à un repas sur la place de la Liberté (Tourny) demandant à chacun d’apporter ses couverts, un plat et un dessert. A la marge est opérée pour le peuple une distribution de pain.

10 juillet réunion de tous les corps constitutionnels et des commissaires Treilhard et Matthieu

Le rideau tomba le 11 juillet. Ce jour-là « Treilhard et Matthieu ont d’abord exposé les motifs qui les avaient engagés à se rendre auprès de l’administration ils ont lu la réponse que leur avait fait le Comité de salut public : Il applaudit à la conduit sur leur territoire. Tout paraissait donc aller pour le mieux. Mais ce satisfecit était suivi de la dénonciation contre Pipaud des Granges. Le Procureur général syndic fait le rapport de la dénonciation qui avait été faite contre lui à la Convention Nationale et au Comité de Sûreté Générale : il a annoncé les faits qui lui étaient imputés.

Mais même les représentants de la Convention qui avaient jusqu’ici soutenu le procureur général hésitaient sur les conclusions à en tirer. «  il (Pipaud) a communiqué l’arrêté dudit comité qui le faisait garder à vue et qui mettait ses papiers sous les scellés et invité l’administration à délibérer sur la question de savoir s’il continuerait ses fonctions : plusieurs membres ayant opiné par l’affirmative, l’un d’eux a demandé qu’il fut référé aux commissaires représentants du peuple, présents à la séance. Sur quoi le citoyen Treilhard a pris la parole et a dit qu’il allait donner son opinion individuelle n’ayant pas conféré avec son collègue et il a observé qu’il pensait que le procureur général devait continuer ses fonctions et à l’appui de son opinion il a donné l’exemple des ministres Clavière, Lebrun et autres qui n’avaient point discontinué l’exercice de leurs fonctions malgré leur arrestation jusqu’à leur remplacement et qu’ensuite le citoyen Matthieu a dit que son opinion était parfaitement conforme à celle des son confrère d’après quoi le conseil général arrête que le citoyen Pipaud continuera ses fonctions, attendu d’ailleurs que dans l’ordre du comité il n’y a rien qui s’y oppose.

12 juillet Courrier extraordinaire : suspension du citoyen Pipaud

Le courrier extraordinaire a fait remise sur le bureau du paquet à l’adresse des citoyens composant le directoire du département de la Dordogne par le ministère de la Justice ; l’ouverture ayant été faite il s’est trouvé contenu un décret de la Convention Nationale numéroté 1301 daté du 9 du courant portant que Pierre-Eléonor Pipaud , Procureur Général de ce Département, est suspendu de ses fonctions, qu’il sera sur le champ mis en état d’arrestation et traduit à la barre de la Convention Nationale pour rendre compte de sa conduite ; que ses papiers seront mis sous scellés et envoyés au Comité de Sûreté Générale de la Convention, lettre datée du même jour signée Gohier ministre de la justice…Art 4 le procureur général sera conduit en poste par un officier de la gendarmerie et deux gendarmes. Et au même instant s’est présenté le citoyen Villefumade, juge de paix de la présente ville qui a exhibé une réquisition qui lui a été faite par le Commissaire National du district de cette ville en vertu de l’ordre reçu du Ministère de la Justice à l’effet des scellés dont s’agit, d’après cela toujours sur les conclusions du substitut du procureur général, le Conseil Général d’administration du département, considérant qu’il ne lui reste qu’à concourir à l’exécution de la susdite loi, rappelant les articles …

Le citoyen Lafleunie, capitaine de gendarmerie, a demandé la parole pour communiquer au Conseil Général d’Administration des dépêches qui lui ont été envoyées par le ministère de la Justice contenant décret de la Convention Nationale du 9 de ce mois portant accusation contre le citoyen Pipeaud (sic), procureur général syndic du département de la Dordogne avec ordre de le traduire à la barre de la Convention nationale… d’après cela il a demandé que pour subvenir aux frais de voyage d’un officier et 2 gendarmes qui accompagneront le citoyen Pipaud il lui soit accordé des fonds sur tel receveur que les administrateurs désigneront…Le Conseil général d’Administration le substitut du procureur général entendu, entendu arrête qu’il sera délivré au citoyen Lafleunie une ordonnance de comptant de la somme de 3000l dont il rendra compte par des états détaillés de ses dépenses qu’auront occasionné ce voyage. Mais au même moment aux Jacobins les montagnards, Debrégeas en tête coupaient court à toutes les débats que tentaient d’ouvrir les amis de Pipaud, Sirey en tête, sur l’attitude à prendre dans cette affaire : leur objectif était atteint.

Mais encore une fois si l’affaire sent le règlement de compte personnel il faut se souvenir du climat politique général et de la hantise de tous ceux qui soutenaient la nouvelle majorité de la Convention en un moment où la situation liée aux menaces intérieures et extérieures était périlleuse. C’est la théorie des « circonstances » qui justifient tout alors que Pipaud avait pris toutes les décisions loyales vis-à-vis de la Convention. Restaient les sentiments dont il avait fait part depuis des mois !

 

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Références du chapitre 7

Pipaud des Granges, procureur-général-syndic (oct 1792-déc 1792)

 

 

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Ce chapitre a été circonscrit aux quatre premiers mois de la Convention, période durant laquelle Pipaud des Granges s’exprime davantage, à la fois par des discours de principe qui sont, pour deux d’entre eux, reproduits en annexe et par des réquisitions liées aux circonstances sur fond d’agitation présenté comme une « contagion parisienne ». Les référence ci-dessous, essentiellement celles des administrations périgourdines ne doivent cependant pas faire oublier celles des districts a commencer par Sarlat dont la tonalité particulière sera évoquée dans un deuxième temps et Bergerac

Les registres de l’administration départementale s’étoffent pour cette période où le conseil siège en permanence comme il l’a fait au cours de l’été. Alors qu’un seul correspondait à la période précédente, on en compte trois pour la période de la Convention : 1 L 149 (sept-déc 1792), 150 (janvier-mai 1793) et 151 (mai–juillet 1793). Pour le directoire départemental : 1 L 160 (juillet-décembre 1792), 161 dec 1792-juillet 1793). A également été dépouillé systématiquement le registre des délibérations de la Société des Amis de la liberté et de l’égalité 13 L 12/4 puis de la Société républicaine 13 L 12/5 publiées, pour Bergerac, par Labroue, la Société populaire de Bergerac pendant la Révolution, déjà cité.

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Sous-titre : lire : les élections de septembre 1792 et non 1791

Le registre des élections : 1 L 352 : élections à la Convention

Dans la 2°édition de l’ouvrage a été modifiée la précision concernant la suppression des droits féodaux. Elle est de fait le 25 août 1792 lorsqu’est retournée la charge de la preuve au détriment des possesseurs de droits féodaux. Mais la suppression plénière n’est votée par la Convention que le 17 juillet 1793. Ceci a été rectifié dans la 2°édition et dans notre article des Actes du colloque d’octobre 2020, cités ci-dessous.

Augustin Cochin : J’ai cité à plusieurs reprises, cet historien du début du XX° siècle(1876-1916) longtemps resté dans l’ombre du fait de ses thèses à l’écart de l’histoire universitaire et bien loin des Aulard et des Matthiez, ses contemporains qui l’ont critiqué voire méprisé. Aussi a-t-il disparu des références. Il a été réhabilité par les travaux de François Furet notamment dans Penser la Révolution française, folio-histoire3, 1978 « Auguste Cochin : la théorie du jacobinisme » p 257. Pascal Guéniffey a préfacé la réédition de La Machine révolutionnaire, éd. Tallandier 2018. Les thèses de Cochin évoquent l’action semi-souterraine des Jacobins et une sorte de manipulation des événements prolongeant l’action des sociétés de pensée et notamment des francs-maçons du XVIII° siècle.

 

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Pour la présentation biographique des élus, on renverra à nouveau à Lassaigne Figures parlementaires, déjà cité, p. 79. Ajoutons en ce qui concerne Allafort, deux dossiers de correspondance active. Le premier, (J 1997), contient pour la période révolutionnaire les brouillons de ses lettres ; le second (1 J 1998) le courrier reçu de lui par sa fille. Tout ceci est en cours de dépouillement. Notons que le député évite soigneusement d’évoquer directement les questions politiques nationales. Mais des remarques, notamment dans ses correspondances avec Nontron constituent d’intéressants éclairages. Sur François Lamarque et le rôle qu’il tint au moment du 10 août, voir Figures parlementaires, p ­76.

Combien de députés montagnards ? François Brunel dans sa notice « Lacoste » dans Soboul, Dictionnaire de la Révolution française, p623. qui s’exclame « En septembre 1792, l’assemblée électorale de Dordogne envoyait siéger à la Convention huit députés Montagnards sur 10 députés : un record !» J’ai opté pour 9 car un seul d’entre eux, Meynard ne fut pas régicide. Mais il est vrai qu’Allafort se prononça avec lui pour l’appel au peuple du jugement et l’on sait que les « appelants » furent souvent désignés à la vindicte, ce qui peut faire douter de son appartenance à la Montagne. Sa correspondance témoigne d’une vraie ferveur républicaine mais celle-ci n’était pas l’apanage des Montagnards comme en témoigna la fermeté de Meynard notamment lors du procès du roi qui, dans l’atmosphère que l’on sait, prononça un long discours contre la condamnation à mort du roi.

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Sur la question des droits féodaux, voir ci-dessus : maintien de droit, suppression de fait. On pourra consulter la 2°édition mais aussi La Révolution dans l’histoire des campagnes du Périgord, Actes du colloque de Périgueux,16 et 17 octobre 2020, S.H.A.P. 2021 article : Guy Mandon, « Paysans et Révolution » p.

Le 14 août, un décret de l’Assemblée imposait aux ecclésiastiques assermentés un nouveau serment « à la Liberté et l’Egalité ». Le 26 août un décret de l’Assemblée législative enjoignait aux prêtres qui ne l’avaient pas prêté de quitter le territoire national. Le registre du district de Bergerac évoque les avanies supportées par ceux-ci à Villeneuve sur la route de l’Espagne(ADD 3 L 9 : 17 et 18 septembre 1792)

Le 6 septembre le Conseil général, (ADD 1 L 149) recevait la demande du « Sieur Lachabroulie, vicaire de Saint-Pantaly d’Excideuil une lettre qui expose que l’infirmité du curé leur ayant fait demander aux vicaires épiscopaux un prêtre, sans succès, ils se sont choisi l’exposant non-assermenté ; qu’ayant fait le service à la satisfaction de la municipalité, il demande son traitement. Il obtenait satisfaction. Ce type de problème devait être assez fréquent pour qu’aux Jacobins (ADD 13 L 12, 4. 12 septembre) Feytaud (et non Espic comme lui, vicaire général de Pontard) fasse la déclaration citée. Pour Lafeuillade, (ADD 1 L 160), 22 septembre : directoire du département « Lafeuillade veut réintégrer dans ses fonctions un prêtre réfractaire retiré à Périgueux, demande renvoyée au conseil de l’évêque. Pour les ordres religieux supprimés, il s’agit des congrégations enseignantes et hospitalières.

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L’étude des ventes dites de « seconde origine » concernant les émigrés reste à faire ; je l’ai en partie réalisée pour le Nontronnais après René Piijassou, mais à partir d’une nouvelle source dans une étude à publier. La question des émigrés a été peu évoquée dans ce chapitre. Elle continue cependant à préoccuper l’administration qui demande une liste à chaque district. On ne trouve de liste de ce type que pour Nontron : ADD 7 L 8 19 novembre « liste des parents qui ont des fils émigrés : 28 familles pour 39 enfants. Il faut aussi noter l’obligation de ces parents de fournir l’équipent pour deux volontaires, ce qui constitue une somme supérieure à 900 livres

La lettre des sortants du premier directoire du 14 octobre : ( ADD 1 L 160). Même référence pour la déclaration de Lamarque devant le directoire sortant, le 29 septembre, qui s’était étonné de voir le conseil général de septembre pas encore en place alors qu’il était, en principe, en permanence et que le directoire leur avait envoyé « deux lettres très pressantes »

Le discours fondateur (ou qui se voulait tel de Pipaud des Granges du 10 octobre 1792 : voir (annexe 1).

ADD 1 L 149 : 6 décembre : proposition de verser 3 livres/jour aux administrateurs.

Id-7 décembre : lettre à la Convention « la loi sur les dangers de la patrie déclare infâmes et traitres les fonctionnaires qui ne se rendraient pas à leur poste mais ne dit pas à l’homme pauvre « tu recevras un traitement qui te soustraira à l’anathème ». L’administrateur peu aisé n’ayant vu que ses devoirs s’est tenu à son poste et les y a remplis et pour l’arracher au besoin les administrateurs du département lui ont permis de se faire un traitement de 3L /jour ». Le 14 décembre (même registre) Lamarque présent déclarait que « se dépouillant de la qualité de commissaire de la Convention et n’écoutant que ce qu’inspirait le titre de concitoyen, son opinion était que l’assemblée n’avait pu se donner ni établir en sa faveur une indemnité qui, quoique très modérée, pourrait ne pas être approuvée par la Convention nationale. L’assemblée a d’une commune voix et a l’unanimité a délibéré que l’arrêté pris le 6 décembre était rapporté ». On ne comprend pas alors l’adresse à la Convention qui suit « La loi a ordonné que les fonctionnaires publics restent à leur poste sous peine d’être déferrés à l’accusateur public. Mais les lois n’ont pas pensé que l’administrateur pauvre qui fuit ses foyers, aucune loi n’a pensé à ses besoins. L’aristocratie des Grandeurs est foudroyée. Mais législateurs l’aristocratie de la fortune veille et elle abhorre l’égalité. Hâtez-vous d’assurer l’existence de l’administrateur peu aisé, ne l’oubliez pas car il n’oublie pas sa patrie ». Trois remarques 1/ Au moment de l’envoi de cette adresse, la plupart (29/36) des administrateurs avaient rejoint leur poste. Mais ils ne l’avaient fait qu’à l’heure de la session d’automne, le 15 novembre : jusqu’à cette date plus de la moitié s’étaient abstenus de siéger en permanence malgré à la loi sur les dangers de la patrie comme l’avait souligné Lamarque 2/ plusieurs districts dont Mussidan et Bergerac soulignent la même difficulté sans parler du cas de Sarlat sur lequel il faudra revenir 3/on peut voir dans cette affaire le premier épisode de l’affrontement entre Pipaud et Lamarque

Loi sur le divorce 1 L 149

Déclaration de Pontard devant le Conseil « Arrivée du citoyen évêque qui déclare que le fanatisme terrassé semblait se relever en osant tirer de la loi sur le divorce de quoi renforcer leurs principes pervers et faire chanceler jusqu’aux prêtres et que ceux-ci, au nombre de 32, lui exposaient leurs scrupules. Pour y faire face, il a composé un ouvrage où les maximes les plus saines et les principes les plus solides pouvaient disposer tout homme de bonne foi à se ranger sous l’empire de nos lois et que dans les circonstances les plus funestes on pourrait manquer de pasteurs, l’exemple et la pratique des beaux siècles de l’Eglise l’inviteraient à élever au sacerdoce les pieux et doctes citoyens mariés, il demande que le département participe aux frais d’impression. Il lui est répondu que ce n’était pas possible sans avoir pris connaissance du contenu : il a promis de le remettre au premier jour au bureau. On notera la dérobade des administrateurs. On notera leur raison après la tentative de Pipaud des granges 2/12 : « L’arrêté d’impression du mémoire de l’évêque est rapporté. Motif : il s’agit d’un ordre de choses que la loi n’avait point attaché à l’administration. Quelques membres, quoique touchés par l’excellence des motifs et le plaisir de les seconder, ont considéré l’état délicat des circonstances et combien elles doivent différemment affecter l’homme privé pour qui le bien est toujours tel et l’homme en place, aux yeux de qui l’utile même n’est pas toujours expédient. Qu’un corps administratif ne pourrait être trop circonspect à intervenir lorsqu’une sage réserve pourrait bien mieux lui conserver la confiance générale et le précieux avantage de porter la paix partt où elle pourrait être troublé »

Page 150 : A propos de Dupont qui demanda l’autorisation d’ouvrir une imprimerie à Périgueux, il faut souligner l’importance des frais d’impression ils sont estimés à 160 000L pour 1791 et 1792. Le 8 décembre, le Conseil notait que « Le citoyen Dupont offre de monter trois ou 4 presses avec les deux autres imprimeurs de la ville (Dubreuil et Dauriac) …Dubreuil prétend être en contrat qui l’établissant imprimeur dudit Département et qui ne permettait pas d’en admettre d’autre. Mais il ne peut exister de privilège exclusif ». Le 13 décembre « on rejette la prétention de Dubreuil d’être l’imprimeur du Département. Il demeure libre de donner du travail à Dauriac et à ceux qui voudront s’établir dans le département et que le citoyen Dupont est admis imprimeur de la ville. Au moment de se séparer et au titre de dernière question à régler,non seulement Dupont fut accepté mais il reçut les éloges des administrateurs « Ce jeune imprimeur vous annonce qu’il est à même d’établir une imprimerie dans cette ville. Il vous proteste qu’elle sera vouée à propager l’esprit public, à faire triompher le patriotisme …Nous vous dirons avec franchise, après avoir réfléchi sur la pétition qu’il est non seulement de l’intérêt général mais encore de l’intérêt général de votre département de l’accueillir. Vous le sentez, il est juste d’encourager l’émulation d’étendre les connaissances et les lumières. ».On verra ci-dessous qu’il était devenu un membre en vue des jacobins et membre de l’aile gauche.

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Pour ce qui est des subsistances, le débat porte sur l’évaluation des récoltes et des conséquences politiques de sa médiocrité qui favorise la contre-révolution, la politique d’approvisionnement, la question des boulangers de Périgueux et les affaires d’entraves à la circulation des grains qui, surtout en Bergeracois et sur la vallée de l’Isle, entretiennent les désordres.

1 L 149, 13 septembre , le conseil où il n’y a que le quart des présents (9 sur 36) tient un réunion ( 1L 149) commune avec les officiers municipaux de Périgueux et débat de l’état des récoltes « Déjà les aperçus généraux nous ont appris que celle des grains de la moisson ait trompé l’espérance des cultivateurs de ce vaste département et nous craignons qu’elle soit encore frustrée par la récolte d’automne a cause des grandes pluies que nous venons d’essuyer et la fraîcheur qui commence à se faire sentir ». En fait par récolte d’automne il faut entendre surtout le maïs et les châtaignes. D’où la conséquence : « nous savons trop avec quel avantage les malveillants se sont toujours servis du prétexte même de la disette pour tromper le peuple ».

A noter la place de ces questions en particulier pour le district de Bergerac :ADD 3L9. Dès le 17 août, « la municipalité de Bergerac fait part du dénuement de son marché à grains causé par le dérangement de la saison et les maladies du peuple des campagnes qui les empêche de battre le blé et deux jours plus tard, la même municipalité se plaignait »que les gens de la campagne n’apportent aucun grain à son marché ». les 1000 boisseaux déjà demandés et 2000 boisseaux de froment du gouvernement, le tout vendu au cours et dont le produit serait versé aux caisses du district.

Volontaires du 4° Bataillon (ADD 1L 149, 17 décembre) Demande du ministre de la Guerre. Le Conseil Général, considérant l’état des campagnes désertées, manquant de bras par l’effet d’une épidémie qui a régné pendant l’été et l’automne arrête qu’il sera écrit au ministre pour lui exposer l’impossibilité de faire la levée en ce moment et qu’on attendra à ce sujet de nouveaux ordres de sa part.

Ce qui suit comme conséquence mérite d’être noté : Pour empêcher les maladies épidémiques il sera imposé, en 1793, 3000 livres employées sous la surveillance du Département en achat de drogues médicales puis envoyées aux districts.

Le 24 octobre, devant les 8 membres du Conseil, Pipaud des Granges passait au réquisitoire « C’est avec la plus vive douleur que je viens vous détourner de vos occupations ordinaires pour appeler votre sollicitude sur un danger imminent qui nous menace. Des agitations semblent troubler ce département et l’objet en est malheureusement connu de tout le département. Les ennemis de la chose publique habitués à séduire le peuple se sont attachés à exciter son inquiétude sur la cause la plus intéressante et la plus propre a faire excuser ses insurrections : je parle des blés. On m’instruit que de toute part il se trouve des hommes dans ce département qui n’attendent pas qu’on mette un prix aux grains en offrent tout ce qui peut tenter la cupidité et donner aux subsistances un prix qu’il est impossible d’atteindre. D’autre part, des hommes réveillés par de pareilles démarches, se portent avec des armes chez les particuliers qui ont des greniers considérables sans être requis légalement par leur autorités constituées. Ils leur défendent de vendre aucuns des grains qu’ils ont recueillis et les menacent les faire périr s’ils contreviennent à leurs ordres. (On notera que les premiers sont les propriétaires excédentaires, les second les gardes nationaux.)

Il en est d’autres qui conservant toujours le fol espoir du retour d’un gouvernement qui autoriserait tous les vices, dérobent à leurs concitoyens que leurs fortunes et leurs abondantes récoltes les mettraient dans le cas de leur offrir.

Il est enfin une classe trop nombreuse de ces égoïstes affreux qui ne connaissent d’autre parti, d’autres intérêts que ceux que leur dicte leur insatiable avarice, ne cherchent et ne parlent des droits de l’Homme que pour effacer leurs devoirs et qui ne s’occupent que du soin de faire une fortune en affamant leurs frères, leurs concitoyens et en se nourrissant de leur misère.
Cependant, quelque
s fâcheuses qu’aient été les saisons je suis instruit que les récoltes de ce département étaient plus que suffisantes pour assurer leur subsistance ». Dans ce dernier paragraphe se trouve dénoncée une partie de la bourgeoisie « patriote » (les anciens « sieurs » de que nous avons rencontrée au moment des doléances). Notons enfin l’habitude de Pipaud, à propos des récoltes, de souffler le froid et le chaud.

Pour les registres de l’état civil (dépouillement en cours), voir ADD 1 L 160 20 novembre

A propos des « malveillants « voir ci-dessus

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Pour ce qui est de la dépréciation de l’assignat, on pourra en consulter le tableau la bibliothèque de Périgueux, fonds Lapeyre « Tableau des valeurs successives du papier-monnaie dans le département de la Dordogne à compter du 1°janvier 1791 jusqu’au 7 thermidor An 4, époque de la publication de la loi du 29 messidor, même année , LR XI, (ancienne côte). Notons que composé des années plus tard ce tableau pourrait être approximatif et surtout qu’il n’est pas sûr que le cours soit identique dans l’ensemble du département. Il reste tout de même un point de repère pour évaluer l’évolution des prix relatifs des produits selon l’année de référence dans les contrats

Les questions d’ajustement de la valeur faciale des assignats, toujours de 5 livres minimum est surtout dénoncée pour Périgueux (ADD 5E 5200) Cependant la Convention commença dès septembre 1792 à livrer des coupures de 15 sols et 10 sols pour 50000 livres fin septembre, 250 000 au 20 octobre, 280 000 livres en novembre etc (ADD 1 L 160)…

Dans ces conditions on crut pouvoir supprimer les billets de confiance. Le 20 novembre le Département enregistra la décision de la loi du 8 de les supprimer au 31 décembre ce qui était un délai très court. Il est vrai que l’opération devait être simplifiée par le fait qu’émis par les caisses municipales ou de districts ils pouvaient être remboursés. Mais on buta sur deux problèmes : le commerce les avait dispersés et la Dordogne pouvait bien être « enclavée » elle échangeait beaucoup avec les départements voisins. Le 4 novembre Pipaud pouvait déclarer :

(ADD 1L149  4 décembre) « la Loi du 8 novembre sur billets de confiance présente une difficulté relativement aux billets émis par les autres départements et dont la circulation est abondante dans le nôtre. Les agitateurs n’ont pas manqué de s’en saisir pour jeter le trouble. J’ai reçu des avis du district de Mussidan qui m’annoncent que, sans des sacrifices de la part du Département, il y aurait eu des mouvements populaires. Le directoire du district de Périgueux vient de faire remettre une délibération déterminée par de semblables craintes. Cette inquiétude se propage avec rapidité …. Assurés du remboursement dans le département, les habitants retiennent ces billets et ne donnent en payement que ceux des autres départements qu’ils refusent ensuite de prendre. On a cherche à utiliser ces billets pour le paiement des impôts et les receveurs et notamment celui de Périgueux mais la loi du 8 novembre les conduit à le refuser. Le receveur de Périgueux se trouve avec 15 000 L de billets étrangers en caisse ».

La loi de Gresham : Thomas Gresham, était un financier anglais du XVI° siècle (1519-1579). Il formula la loi selon laquelle, lorsque deux monnaies étaient en circulation (par exemple l’or et l’argent), les porteurs thésaurisaient celle qui avait le plus haut cours de change et utilisaient la seconde pour leurs transactions donc pour s’en débarrasser. Il est le quasi-exact contemporain d’un autre théoricien de la monnaie, le Français Jean Bodin (1530-1596) dont la théorie pourrait éclairer la situation révolutionnaire, affirmant qu’à production constante les prix variaient en fonction de la quantité de monnaie en circulation.

Pour les affaires de Saint-Saud et Saint-Pierre de Chignac voir 1 L 160 (25 septembre) et 1 L 149( 9 décembre)

Pour Saint-Astier idem 4 décembre : « A St-Astier, le percepteur demande que le receveur soit blâmé pour avoir refusé de pareils billets. Les raisons qu’il propose sont spécieuses mais pouvons-nous nous dissimuler que si vous satisfaites à son vœu, comme le directoire du district pense que cela doit être, vous exposeriez la fortune publique pour le seul avantage de la perception. Vous donneriez à tous les faussaires de billets de confiance la certitude de consommer leur vol puisque, certains de faire recevoir tous les billets par les percepteurs qui n’ont les connaissances d’en reconnaître les faux, ils s’empresseront de les y porter. » Soulignons que Pipaud des Granges faisait état de sa perplexité quant à l’issue de l’opération. Il souligne ensuite les doutes sur les remboursement des autres départements. « Dans le cas où il faudrait choisir on ne pourrait faire porter cette perte sur la fortune publique parce qu’elle serait immense au lieu que supportée par le particulier elle ne peut être très considérable pour chaque individu ». Sauf que l’impopularité d’une telle mesure pouvait être un sujet de troubles supplémentaire.

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Troubles à Belvès : ADD 1 L 161 (19 décembre)

La question des boulangers

31 octobre, A.D.D 1L 149.

En fait, on a bien le sentiment que Pipaud des Granges faisait des boulangers des fauteurs de disette. Le 24 octobre (ADD 1L 149) il commença par demander le strict évaluation des stocks des boulangers »Dans le cas où il se trouve quantité suffisante, procès-verbal contre les boulangers qui n’ont pas cuit, qu’ils soient poursuivis comme fauteurs de sédition en abusant de leur commerce pour faire manquer le premier et le plus utile des comestibles ». Il tenta d’y ajouter des mesures de rétorsion « Ayant égard aux entraves que lesdits boulangers ne cessent de mettre à la pourvoyance des subsistances, il soit fixé par l’administration une prime pour les boulangers du dehors qui (seront) invités par la municipalité par affiche publique a venir vendre leur pain dans cette ville « . C’était une déclaration de guerre que le Conseil ajourna d’autant qu’elle pouvait assécher les ressources des communes proches de la ville.

Le recensement des greniers (24 octobre) « Qu’en exécution de la loi du 16 septembre dernier, il fût enjoint à toutes les municipalités de procéder au recensement (des blés). Qu’il soit enjoint à la municipalité de Périgueux séance tenante et sous les mêmes peines de s’occuper dès ce moment de ce recensement lequel ne pourra être discontinué sous quelque prétexte que soit ».

Voir le grand réquisitoire de Pipaud du 19 octobre qui présente un « tableau effrayant de la situation » qui dénonce tous les acteurs et notamment municipalités et gardes nationales : Annexe 2

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La question des troubles de la circulation des grains

Sur les multiples cas voir 1 L 149 affaire de Montrem :

15 octobre  : le procureur général syndic dénonce la municipalité de Montrem qui aurait empêché l’enlèvement de 200 boisseaux de blé vendus par Lestang à Limousi, boulanger de la ville, dont le dénoncé de l’infraction a ému beaucoup l’assemblée pour en poursuivre la vindicte de ces mouvements dans les communes, dénoncés comme le dernier effort de l’aristocratie qui cherche tous les moyens de faire infraction à la loi et on demande que la municipalité et le commandant de la garde nationale soient mandés à la barre.

17 octobre : Présence de Roulet, maire de Montrem, Leymarie Officier municipal et Talpy commandant. Le maire lit le procès verbal. Le président rappelle la gravité des faits et la responsabilité de la mairie. Après quoi débat. On décide non de transmettre à la justice mais d’interroger. Le maire lit un mémoire et l’attestation qu’il a affiché l’arrêté sur la circulation des grains…Il dit qu’il s’est trouvé entouré de personnes armées dont le nom de celles de la commune n’était au procès verbal ». Le commandant de la garde nationale a pris 6 de ses hommes après s’être entendu avec la citoyenne Lestang pour escorter la cargaison jusqu’au prochain village, sans prendre l’accord du maire vu l’urgence. Interrogés si lorsque la citoyenne Lestang avait consenti à vendre son blé, ils répondent qu’il n’y avait plus d’attroupement ».  

On est dans le cas classique d’une entrave organisée avec la complicité de la garde nationale et dans laquelle la marchande de grains semble bien avoir cédé moyennant quoi la garde nationale l’a accompagnée pour protéger le reste de la cargaison. On note que, de nouveau, on signale une arrestation de grain à Montrem le 20 décembre. Voir aussi Saint-Astier 1 L 160 ( 7 novembre) où le maire Mazeau de Lavaur se justifie de cette entrave en invoquant les besoins de sa commune ! On voit comment l’approvisionnement de Périgueux pouvait être perturbé.

Les affaires d’entrave sont aussi nombreuses en Bergeracois. A Lalinde (ADD 1 L 160, 23 novembre) l’affaire qui occupe plusieurs pages est si grave que un détachement a été envoyé. Le directoire a démis le maire, un officier municipal et le procureur syndic. La même source signale la même affaire à Bouniagues et Sainte Foy de Longas. Voir aussi les délibérations du district de Bergerac 3 L 9 (3 décembre)

Le budget du département 1 L 149 à partir du 28 novembre

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Il s’agit du discours du 18 novembre. A été ajouté celui, plus optimiste du président Boyer. Le décalage entre les deux souligne une fois de plus la tendance à dramatiser de Pipaud des Granges. Mais ce choix relève aussi de sa fonction

Jemappes « vraie » victoire française. A la différence de la canonnade de Valmy cette victoire de Dumouriez du 8 novembre 1792, acquise dans des conditions plus classiques, résulte de l’offensive française contre les Autrichiens et eut un énorme retentissement Voir l’analyse de V Crépin, « JEMAPES » (noter l’orthographe) dans A Soboul, Dictionnaire de la Révolution française p 598

Page 157 : les troubles des élections. En novembre avait lieu le renouvellement des municipalités élues pour deux ans en 1790, renouvelées par moitié pour les officiers municipaux hors le maire en 1791. Idem pour le renouvellement des juges de paix. Sur ces affaires ADD 1 L 160 : 9 novembre, Saint-Sulpice-de-Roumagnac, Montagnac–la- Crempse (1 Décembre) juge de paix de Mussidan (29 décembre)

Pour Périgueux, ADD 1 L 160 31 octobre. Ce sont 8 des conseillers municipaux qui ont donné leur démission. Mais c’est Villefumade qui semble avoir été le chef d’orchestre de l’opération dont nous ne percevons pas bien l’objectif. Mais il n’en fallait pas beaucoup pour émouvoir « Fumat »

Sarlat : Un membre du Directoire attaché au bureau des finances a dénoncé la négligence et l’obstination du district de Sarlat de ne pas correspondre avec le directoire du département dans les objets les plus essentiels et en particulier au sujet des rôles de la contribution patriotique et l’état des recouvrements. Deux administrateurs commissaires s’y transporteront dans l’objet d’obtenir tous éclaircissements au sujet du procureur où ils requerront les registres de la vente des biens nationaux leurs soient présentés ainsi que leur correspondance afin d’y peser tout ce qui peut tendre à prouver les faits dont le ci-devant district de Sarlat et son procureur sont inculpés.

11 dec

Lettre du directoire de Sarlat où il s’excuse des blés qui lui ont été prêtés pour sa subsistance sur la crainte d’une insurrection populaire qu’il fait entrevoir. Après un débat qui montre une vraie exaspération, le CGA « considérant que la lettre du district de Sarlat porte la preuve d’une tiédeur inexcusable chez des citoyens chargés d’une correspondance où la ponctualité est de la plus grande conséquence ; que l’égarement du peuple (sur les faits des blés transmis au département) n’est connu qu’aujourd’hui, il en résulte qu’on ne s’était guère préoccupé de requérir le remboursement; que si cette erreur dangereuse date de loin on serait bien plus coupable de l’avoir laissée s’enraciner. Arrête Le PGS entendu que les citoyens Lalande et Dumoulin déjà nommés pour faire état et PV des faits graves dont est inculpé le district sont également chargés de procéder à la vérification de tout ce que la lettre rapportée ci-dessus offre de grave et répréhensible. Arrête en outre qu’ils sont autorisés à verbaliser sur tous autres faits qui pourront leur être dénoncés ou par écrit même sur des faits non dénoncés et qu’ils jugeront pouvoir être contraires à l’exécution des lois et l’intérêt de la chose publique et qu’en conséquence, il sera délivré audits commissaires des copies collationnées de tous arrêtés pris dans la présente session afin que les commissaires puissent justifier de l’étendue de leur pouvoir

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ADD 1 L 149 : 14 octobre

Adresse à la Convention Nationale rédigée par Lafage

« En jugeant que les Français étaient à la hauteur de l’état politique actuel de l’Empire, les représentants ont dédaigné un sujet de discussion que les grands politiques du 18° siècle n’eussent traité qu’en tremblant, exemple qui apprendra aux siècles à venir que des hommes devenus libres ne peuvent ressembler a ceux qui n’a guère étaient esclaves…Athènes et Lacédémone furent austères au milieu de la Grèce corrompue, pourquoi les conquérants de la liberté ne seraient-ils Athéniens ou Lacédémoniens

Si la pratique de ces sentiments nous eût précédé de quelques instants, si les passions et les faiblesses eussent été bannies de tous les cœurs, le peuple dans l’exercice de sa souveraineté n’eut pas été forcé de frapper 100 innocents pour atteindre le petit nombre de ceux qu’il a crus coupables mais qui aux yeux de la sévère vérité sont peut-être plus malheureux et ns n’en serions pas aux premiers pas de notre administration, trois années d’expérience ne seraient pas perdues pour la chose publique.

11 et 17 novembre ADD 13L12/4

Affaire Gignoux 1 L 160 4 décembre

 

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 ANNEXES

Annexe 1 : Adresse au conseil exécutif de Pipaud des Granges, procureur général syndic, 10 octobre

Votre carrière commence avec la République…Vos prédécesseurs étaient loin de jouir des avantages que vous promet le règne de la Liberté et de l’Egalité, marchant à travers des obstacles qu’enfantaient alternativement les desseins perfides d’un pouvoir conspirant sans cesse entre le Souverain qui l’avait établi et les efforts peu mesurés d’un peuple qui s’indigne aux manœuvres employées par le despotisme pour l’enchaîner à son joug, leurs pas étaient chancelants. Ils se voyaient en butte à tous les reproches dans la crainte de s’égarer, ils cherchaient à s’autoriser du texte de loi afin de justifier à leur conscience les actes de leur administration qui pouvaient être contraires à la volonté du peuple. Mais à quels dangers n’étaient ils pas livrés : la loi n’avait alors de plus redoutable adversaire qu’elle-même. Crée pour maintenir une constitution qui promettait un gouvernement libre, elle n’était employée que pour détruire la liberté. Elle portait tous les caractères de son origine. Sa faiblesse annonçait qu’elle était le fruit de l’alliance monstrueuse des préjugés et de la philosophie. Elle ne pouvait donc que montrer ses organes sous un jour désavantageux aux vrais amis de la Liberté

Dégagée de tout ce qui pouvait en altérer la pureté, elle va reparaître sous une vie plus brillante et vous n’aurez qu’à la transmettre sous tout son éclat pour en assurer l’empire.

Le gouvernement n’est autre chose que le règne de la loi : elle seule est despote. L’égalité qui existe parmi nous ne souffre pas qu’un citoyen puisse être soumis à un autre, c’est devant la loi seule que tout doit se courber.

Citoyens administrateurs, vous en êtes les organes, c’est par vous qu’elle se manifeste, vous la conserverez pure, vous ajouterez à son éclat. Elle trouvera une nouvelle force dans la gravité de vos séances, dans la sagesse de vos délibérations, et dans l’ordre avec lequel vous la ferez régner.

Mais ne nous le dissimulons pas, la faiblesse naturelle à l’homme, les instincts particuliers qui assaillent de toutes parts et sous mille formes différentes le fonctionnaire public, lui rendent souvent ce dépôt difficile, et après l’avoir enchaîné dans l’erreur, ils l’exposent à devenir un magistrat infidèle.

Il est donc de notre devoir, il est de notre sagesse d’appeler à notre secours les moyens d’écarter de nous un aussi grand danger et nous n’en avons pas de plus utile et de plus efficace que la censure.

Déjà l’élévation de vos âmes vous a éloignés d’un siècle où la généreuse liberté de la censure était traitée d’indiscrétion ou le zèle du bien public passait pour l’effet d’un chagrin aveugle et d’une ardeur téméraire et où les hommes étaient devenus également incapables de supporter et les maux et leurs remèdes, la censure était inutile et souvent la personne du censeur odieuse.

Veuillez l’encourager pour qu’elle puisse paraître ; autrement loin d’être cette vérité mâle et intrépide, redoutable par sa seul simplicité qui, pour condamner les hommes se contente de les peindre tels qu’ils sont, elle ne serait plus qu’une vérité faible, timide, chancelante qui craint le jour et la lumière, qui se cache sous les couleurs de l’art et qui, contente d’avoir peint l’homme en général, n’oserait jamais le caractériser en particulier. Tremblante devant ceux qu’elle devrait faire trembler, toujours faible parce qu’elle voudrait ignorer sa force, elle serait vile et méprisable parce qu’elle serait sans effet.

Trop sages pour n’être pas convaincus de notre faiblesse, ns serons assez heureux pour tirer la vérité de cette servitude où elle gémit depuis si longtemps. Nous jouirons de tous ses bienfaits, elle nous apprendra à nous prémunir contre cette hardiesse téméraire, cette hauteur, cette intrépidité des décisions qui fait trembler les parties et gémir la justice. Elle nous apprendra que le privilège de bien administrer (…) de ceux qui croient faire injure à la pénétration des lumières qui se permettaient de douter un moment. Elle nous apprendra que ce n’est pas l’autorité qui nous est conférée qui nous donne plus d’esprit et de connaissance. Elle détruira cette confiance aveugle en soi-même, ce mépris injuste des autres hommes qui ne mesure le mérite que par la grandeur des richesses et qui estime les hommes non par ce qu’ils sont, mais par ce qu’ils possèdent.

La censure forme l’opinion publique et celle-ci toujours respectable pour des administrateurs doit être et la boussole de leur conduite et la récompense de leurs travaux. Dirigée par la justice, animée par le patriotisme, elle établit en quelque sorte un double engagement entre l’administrateur et l’administré qui assure le triomphe de la Liberté.

Que ces sentiments, patriotisme et liberté doivent être chers à tous les Français ! Mais qu’il me soit permis de le dire, O mes concitoyens, c’est avec bien de la douleur que je les vois profaner et la plupart des hommes oser présenter sous ces noms sacrés tous les effets de leur passion et de leur licence.

Pour être un vrai patriote, il faut une âme grande, il faut des lumières, il faut un cœur honnête.IL faut de la vertu. Le patriotisme est une passion noble, fière, généreuse. Il est incompatible avec l’avarice, la bassesse, l’adulation et l’égoïsme.

La liberté pour être sentie et conservée demande également des âmes élevées, courageuses, vertueuses. Sans cela elle dégénère en licence et finit par devenir la proye (sic) du maître qui aura de quoi corrompre un peuple sans mœurs n’est pas fait pour être libre. Un peuple injuste pour les pauvres, un peuple ennemi de la liberté d’autrui, un peuple jaloux même de ses concitoyens, a-t-il des idées vraies de la liberté ? La liberté véritable doit être accompagnée de l’amour de l’équité, de l’humanité, d’un sentiment profond des droits de l’homme. Ne croyons pas que nous puissions être gouvernés en hommes véritablement libres tant que nous resterons sous la tyrannie de nos passions, de l’ambition, de l’avarice, de l’intempérance

Si nous voulons être indépendants des principes de la vérité et de l’honneur, si nous voulons nous livrer sans contrainte à tous nos appétits déréglés, être vains et ambitieux, aspirer aux fonctions publiques, les mériter, vivre dans l’opulence et l’oisiveté, servir nos passions effrénées au lieu de servir la Patrie, nous déchaîner sans cesse contre les autorités constituées, au lieu d’opposer une vertu incorruptible aux intrigues de leurs agents ; si nous prétendons tyranniser les pouvoirs de peur qu’ils nous oppriment ; si chacun de nous fait tous ses efforts pour mettre son indépendance particulière à la place de la liberté commune, ne nous plaignons plus alors des mots que nous souffrons, parce que nous les méritons ; et ils seront sans remède parce que ns persisterons dans ces malheureuses dispositions. Il y a, il ne peut y avoir ni liberté ni bonheur où se trouve la corruption. Là où règnera la vertu, là sera la patrie de la liberté. Oui citoyens, la liberté ne peut être fermement établie que sur l’équité et courageusement défendue que par la vertu.

Pour vous, administrateurs, vous conserverez sûrement ce dépôt précieux qui vous est confié en cultivant la sagesse et la raison qui vous ont distingués parmi vos concitoyens en vous occupant à perfectionner votre administration, en liant les mains du pouvoir arbitraire

Si votre zèle ne prévenait pas toute espèce d’exhortation je vous dirais : ne vous endormez pas dans une sécurité présomptueuse dont l’ambition égayée profiterait pour vous égarer. Veillez sur vous-même et sur les autorités qui vous sont subordonnées, vos exemples doivent les éclairer et les contenir ; c’est la 1° et la plus efficace des instructions que vous leur devez.

L’égalité abhorre les distinctions dans tous les genres. Revêtus de toute la majesté des lois dans vos fonctions, ajoutez si vous le pouvez à la dignité par votre gravité et votre décence ; mais en les quittant, redevenez peuple. L’égalité abhorre aussi le luxe parce qu’il est fatal aux mœurs. Redoutez les effets du fanatisme religieux et politique.

Contenez tous les intérêts divers qui vs assaillent. Enchaînez les passions et surtout protégez la justice opprimée. Pour lors, votre administration sera le foyer de la liberté au feu duquel tous vos administrés viendront s’éclairer et s’échauffer. Dans la certitude de ces événements et pour les hâter, je requiers qu’en conformité de la loi du 14 août 1792 vous ayez à prêter dans cette séance ainsi que vous l’avez annoncé depuis hier par affiche publique, le serment d’être fidèle a la Nation, de maintenir la Liberté et l’égalité et de mourir à votre poste en les défendant.

 

Annexe 2 : Le procureur général syndic aux administrateurs du département 1 L 149, 24 octobre 1792

Le Procureur général syndic « C’est avec la plus vive douleur que je viens vous détourner de vos occupations ordinaires pour appeler votre sollicitude sur un danger imminent qui nous menace. Des agitations semblent troubler ce département et l’objet en est malheureusement connu de tous les départements. Les ennemis de la chose publique habitués à séduire le peuple se sont attachés à exciter son inquiétude sur la cause la plus intéressante et la plus propre a faire excuser ses insurrections (…) . On m’instruit que de toutes parts il se trouve des hommes dans ce département qui n’attendent pas qu’on mette un prix aux grains en offrent tout ce qui peut tenter la cupidité et donner aux subsistances un prix qu’il est impossible d’atteindre. D’autre part, des hommes réveillés par de pareilles démarches, se portent avec des armes chez les particuliers qui ont des greniers considérables sans être requis légalement par leurs autorités constituées. Ils leur défendent de vendre aucuns des grains qu’ils ont recueillis et les menacent les faire périr s’ils contreviennent.

(cité ci-dessus)

Les législateurs avaient indiqué par la loi du 16 décembre dernier, un moyen sage et convenable pour assurer la subsistance des départements en ordonnant des recensements faits par les officiers municipaux. Mon zèle n’a rien négligé pour hâter l’exécution de cette loi. Je vous mets sous les yeux la lettre que j’ai écrite à tous les districts.

Par quelle fatalité les municipalités sont elles restées inactives ? Pourquoi des magistrats qui sont sans cesse en perspective aux regards du peuple, qui en sont les pères, négligent-ils le premier de leurs devoirs, celui d’assurer la subsistance ?

Les conséquences funestes de tous ces abus réunis se font également sentir de manière alarmante : depuis 2 jours le pain manque à Périgueux »

Annexe 3 : 18 novembre : Pipaud des Granges et de Boyer président à l’ouverture de la session annuelle du Conseil Général d’administration déjà en théorie en place du fait de la loi sur les dangers de la patrie du 15 juillet 1792

  1. Discours de Pipaud des Granges

Citoyens administrateurs. Le succès des armes de la République en présageant sa prospérité semble vous permettre un avantage bien prochain des travaux auxquels vous allez vous livrer.

Et cet espoir encourageant vous consolerait des pertes que des maladies contagieuses viennent de faire faire à l’agriculture si un fléau plus terrible ne nous menaçait encore.

L’anarchie, ce monstre destructeur de toute espèce de gouvernement ne se montre pas seulement à Paris, il se répand dans quelques départements de la République et il ose paraître dans celui de la Dordogne, quoique la sagesse de ses habitants semblait jusqu’à présent devoir nous préserver.

Que n’avons-nous citoyens administrateurs à vous présenter que des craintes exagérées et que notre vigilance eût-elle à se borner à n’exiger de votre sollicitude que des mesures dictées par une simple prévoyance ?

Le peu de temps qui s’est écoulé depuis que nous exerçons les honorables fonctions que nous tenons de la confiance de nos concitoyens ne nous a encore offert qu’un tableau effrayant de l’oubli des lois et de leur mépris.

En effet, si nous avons porté nos regards sur les districts nous avons vu des fonctionnaires publics s’écartant de leur poste, perdant de vue la nécessité de vous instruire des besoins de leurs administrés, de vous fournir les renseignements nécessaires pour régler et dispenser sagement les charges et les bienfaits de la République . Nous avons l’autorité supérieurs retardée dans l’exécution des mesures les plus urgentes et exposée aux reproches du Cl Exécutif par la négligence des administrations subordonnées.

Si nous avons porté nos regards sur les municipalités nous les avons vu se permettre d’étendre les dispositions des lois dont l’exécution leur est spécialement confiée, abuser de leur autorité pour commettre des vexations, tolérer des abus de dilapidations, se prêter par des considérations personnelles à des infractions aux lois ; tandis que, dirigés dans d’autres circonstances par des animosités particulières, la loi devient dans leurs mains l’arme de la vengeance.

La plupart des municipalité sont dans cet instant désorganisées par les différents partis qui s’agitent à l’époque de leur renouvellement : il est des communes où l’on voit 2 maires, 2 municipalités qui se combattent réciproquement.

D’un autre côté ,les gardes nationales veulent que tout cède à la force armée. Il en est qui ont osé entreprendre sur le pouvoir judiciaire et interdire à des juges par deux délibérations, la connaissance des affaires portées à leur tribunal. Il en est qui se sont permis de s’introduire dans leurs maisons, d’y commettre des désordres.

Des propos circulent parmi nos cultivateurs, (…)On les persuade que les administrateurs et les tribunaux les trompent qu’ils sont libres de donner une interprétation perfide au mot de liberté : ils la font consister dans la licence et la satisfaction de toutes leurs passions.

Les causes de ces désordres ns ont paru sortir d’une classe d’hommes qui changeant tout à coup de façons de penser, ont témoigné autant d’amour pour la République qu’ils avaient peu de jours auparavant d’attachement a la monarchie et singulièrement au monarque. Ces hommes à l’abri du manteau du patriotisme qu’ils ont emprunté saisissent toutes les occasions, abusent de tous les exemples pour égarer le peuple qu’ils trompent.

C’est en vain administrateurs que vous tracerez les opérations de votre directoire ; c’est en vain qu’attachés à la prospérité de vos administrés vous chercherez à lui procurer des chemins publics ou de navigation, la liberté du commerce, une libre circulation des denrées les plus nécessaires à la vie ; c’est en vain que vous vous efforcerez de maintenir leurs propriétés, la sûreté de leur personne, de les faire jouir de la tranquillité publique, sans laquelle il n’existe pas de bonheur si les lois st violées, si les autorités qu’elles ont établies sont méconnues. Si l’administrateur, l’officier abusent eux-mêmes de leur autorité.

Rappelez à nos concitoyens égarés que dans le temps encore peu reculé de leur esclavage ils baissaient le front et s’humiliaient devant les ordres arbitraires du despote qui leur enlevait leurs enfants, leurs pères, leur propriétés…

En retraçant au peuple ses obligations, vous devez également prévenir les conséquences fâcheuses du relâchement des devoirs et de l’abus de l’autorité dans les fonctionnaires publics et les Officiers municipaux qui sont sous votre surveillance. Ne négligez aucun moyen de les pénétrer de cette vérité que rien que rien n’est plus propre à faire mépriser l’autorité que l’abus que s’en permet celui qui en est revêtu. Dites leur qu’ils parviendront sûrement à assurer la félicité publique si, loin de laisser prévenir en faveur de leur autorité, ils redoutent leur propre crédit. Si,i en conservant encore quelque prévention ils ne savent en user que contre eux-mêmes.

 

b. Discours du président

Ce discours beaucoup plus optimisme s’étend longuement sur les vertus qui ont permis aux administrateurs d’être élus.

 « J’éprouve la douce satisfaction de me dire à moi-même, ces hommes atteindront le but auquel ils sont destinés et lorsqu’ayant terminé leur carrière, ils remettront en d’autres mains le dépôt de la fortune publique, le peuple bénira leurs travaux. Propageons ces principes, citoyens administrateurs et si nous les faisons chérir, c’est alors que nous pourrons défier nos ennemis…

Vous devez, au lieu de vous élever à des spéculations assez vagues dont le mérite est souvent incertain saisir l’ensemble des travaux qui vous sont confiés en suivre les différentes branches, les alimenter avec sagesse et c’est ainsi qu’en nourrissant sa propre substance le corps dont vous protégez l’existence , vous le verrez croître et se fortifier »

Il développe sur la question des subsistances et considère avec optimisme car « un chacun d’entre vous connaît la vraie situation de son district relativement à la production de chaque espèce de denrées, il connaît la somme de ses ressources et de ses besoins…En établissant une juste proportion entre l’un et l’autre vous éviterez la surabondance et la disette »

Il souligne ensuite l’ouvrage imparfait des impôts « Citoyens administrateurs, l’événement n’a pas répondu à leurs espoirs, nous ne pouvons nous le dissimuler, nous avons vu avec douleur que les commissaires dont je parle, soit que le choix ait porté sur des hommes peu propres à remplir les fonctions, soit que la partialité et l’intérêt particulier ait dirigé leur conduite…ns avons vu que cette manière de poser l’impôt offrait une foules d’injustices et d’abus. »

J’ai cité ces textes en annexe car ils montrent à la fois les principes et la position très complexe de Pipaud des Granges. Mais on a le sentiment que celui-ci, fondant son autorité sur son bilan depuis 1789, (et malgré son échec à la députation) adopte une position qui tourne un peu à la leçon de morale politique. Le tableau qu’il dresse de Paris d’une part où il vise évidemment les sans-culottes, du département de l’autre où il serait intéressant de comparer le rôle des gardes nationales dans leurs paroisses à celui des sans-culottes parisiens, la voie étroite entre contre-révolution et extrême-gauche montre une situation périlleuse. Je reviendra ultérieurement sur ces textes pour voir leur enjeu au regard de l’avenir de Pipaud des Granges.

 

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Références du chapitre 6

La Législative et la division des Jacobins (sept 1791-sept 1792)

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Avant Propos

Le chapitre VI concerne la période de l’Assemblée législative qui s’ouvre avec la réunion des députés, élus en septembre et se termine par la crise du 10 août. Les sources utilisées sont registres des assemblée départementales ( 1L) , directoire (158,159, 160) et conseil général(1 L 147) IL faut y ajouter les registres des districts classés par ordre alphabétiques (de 2L pour Belvès à 10L pour Sarlat) En second lieu il sera beaucoup renvoyé aux registres des Sociétés des Amis de la Constitution : Périgueux 13 L 12/3 et Bergerac à travers la publication qu’a faite Henri Labroue, La société populaire de Bergerac pendant la Révolution, Paris, Société de l’histoire de la Révolution, 1915 .

Tant pour les registres de la Série L que pour ceux de la Société, la note indique la cote d’archives et la date des faits.

Sur le plan bibliographique cette période n’a guère été étudiée pour la Dordogne et, logiquement, les histoires des villes n’y renvoient que peu. Reste l’ouvrage déjà cité de J Lassaigne Figures parlementaires. L’apport d’un département à la vie politique française, Editions du Globe. Sur le plan national on lira avec plaisir Michel Winock, La grande fracture 1790-1793, Perrin, Tempus, n°158.

Page 117 : LES ELECTIONS DE SEPTEMBRE 1791

Le compte-rendu de cette élection figure en ADD 1 L 352, dossier qui contient le compte-rendu de l’ensemble des élections départementales pour la période révolutionnaire, évidemment dans l’ordre chronologique.

Elections des « électeurs » c'est-à-dire des membres de l’assemblée électorale de Périgueux élus par les par cantons :

Les procès-verbaux sont très inégaux : ils devraient comporter le nombre de citoyens actifs du canton, le nombre de présents à l’assemblée électorale et les suffrages obtenus. Selon les cantons on indique l’un ou l’autre de ces chiffres et seule une minorité de canton figure au dossier. On peut déduire le nombre des actifs par rapport au nombre d’électeurs désignés par canton et qui est de 1 par tranche de 100 actifs (cf annexe 1)

Ribérac, ADD 9 L 28 : cantons de St Vincent de Connezac (126 votants), La Rochebeaucourt (4 électeurs, 129 votants), Saint Privat : 667 citoyens actifs pas de chiffre des présents mais 28 signatures du PV seulement ce qui peut faire présumer entre 150 et 200 présents), Sainte-Aulaye ( 5 électeurs, 320 votants)

Nontron (ADD 7 L 28) Saint-Félix de Bourdeilles (154 pour plus de 500 inscrits), Javerlhac, 145 votants sur 837 inscrits. Nontron (2°section) 7I6 inscrits. Les élus ont 65, 60 et 69 voix) , Saint-Pardoux (1049 inscrits, 198 votants)

On voit donc que la participation électorale est devenue très faible.

Page 118

Pour Périgueux, on ne dispose que de la liste des élus comme pour celle de 1790. On note que sont élus au canton tous les jacobins connus : Hilaire Gilles–Duroc et Gilles-Lagrange, Brugière, Chrétien, Villefumade, Lavergne, Pipaud des Granges, Peyssard, Courtois (le traiteur), Pontard évêque, Descamps etc…15 élus sur 29 sont nouveaux par rapport à 1790. C’est bien une « fournée jacobine ».

NB : Pour Périgueux, chapitre 10 du site consacré à l’histoire de Périgueux

JC MARTIN, Nouvelle histoire de la Révolution française, Perrin, 2012, p 287 10% à Paris, 25 à 30% pour le reste des départements.

Page 119

VERNEILH-PUYRAZEAU, Mes souvenirs de 75 ans, cité ci-dessus

J.LASSAIGNE, Figures parlementaires . chapitre 2, p 57

On pourra consulter en salle de lecture des Archives Départementale Edna H. Lemay, Dictionnaire des législateurs, Centre International d’Etudes du XVIII° siècle, 2007. Elle donne par département la liste des députés dans l’ordre de leur élection, le résumé de leur carrière et note que sur 768 députés, la Dordogne qui en comptait 10, faisait partie des 24 départements les mieux représentés. La Haute-Vienne et la Corrèze n’en avaient que 7,le Lot et Garonne et la Charente 9  et La Gironde 12. Elle précise qu’un seul resta aux Jacobins de Paris, le Sarladais Taillefer.

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ADD 13 L 12/3 Le 26 décembre, aux Jacobins, après une assez longue absence, il rappelle que les séances des Jacobins et des Feuillants sont publiques « je fais la motion que les nôtres le soient aussi. » Rappelons qu’elles l’étaient déjà, 2 jours par semaine, et notamment le dimanche pour la lecture des nouvelles.

Idem-Pipaud dénonce le 24 janvier 1792 « des hommes avilis qui n’ont pas rougi de tromper à la fois leurs concitoyens et leur patrie en donnant de fausses déclarations à leur municipalité »et demande en même temps l’exclusion de ceux qui « ont fait le métier d’agioteurs en spéculant sur l’échange des assignats avec l’ancienne monnaie »

Pierre Chrétien

La notice biographique de Joseph Durieux ((B.S.H.A.P LV, p43) est présentée à la séance du 5 janvier 1928 et n’a pas donné lieu à un article. Elle contient des références militaires sur lesquelles J Durieux ne peut être contesté. Il s’appuie aussi sur les Souvenirs de Verneilh-Puyrazeau puis l’ouvrage de Crédot sur Pierre Pontard. Si les faits cités par le second ne sont pas, pour une fois contestables, la narration de l’action de Chrétien au cours des journées de la crise du 10 août pose un autre problème quand il nous le montre sauvant des Suisses réchappés des Tuileries dont il aurait organisé l’exfiltration, puis « sauvant » Mandavy dans une action humanitaire sur laquelle on pourra s’interroger au vu des affaires de juillet 1792 présentées à la fin de ce chapitre.

Pour l’achat des biens nationaux à Périgueux, voir Jeannine Rousset, La vente des biens ecclésiastiques (1°origine dans le district de Périgueux Le Périgord révolutionnaire, supplément au B.S.H.A.P CXVI, 1989). Pour P Chrétien, on a 7 achats dont 5 évalués totalisent 14 583 livres. Pour les 7 on devait s’approcher des 20000 livres. Même s’il devait n’en régler qu’un douzième comptant cela fait beaucoup pour quelqu’un à qui ne fut pas reconnue la validité de sa qualité d’électeur. Il avait payé en 1790 25 livres de don patriotique censé représenter son quart de revenu. Il est vrai que ce quart pouvait être réglé en plusieurs échéances.

La question des biens de Vauclaire a fait l’objet de nombreuses discussions. Ainsi le long article en ADD 1 L 156 à la date du 3 novembre 1791, sur le fait de savoir s’il fallait dans la vente dissocier les bois du reste des biens selon la loi qui préservait les forêts pour la marine. Pour l’étendue de ces biens, voir Pijassou dans Arlette Higounet–Nadal, Histoire du Périgord p 265 qui évoque 600 hectares de terres.

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Le réquisitoire de Chrétien est imprimé et figure au fonds Lapeyre de la Médiathèque Pierre Fanlac.

Pour les lettres de Lamarque et le soutien à la position de Chrétien : ADD 13 L 12/2 notamment 2 novembre 1791 et 20 novembre : « lettre de Lamarque en faveur des frères laboureurs qui gémissent depuis longtemps dans les cachots ». Il semble pourtant qu’à ce moment-là ils avaient été libérés mais qu’on se plaignait de la manière dont on les avait fait sortis de prison « dont on leur a brisé les fers ». Il semble qu’ils n’avaient obtenu qu’une simple grâce mais par recouvré leurs droits civiques. D’où le projet d’une pétition le 26 novembre, à laquelle s’intéressa Lamarque qui, le 7 décembre, priait Villefumade de lui faire parvenir la liste de »ceux qui ont refusé ou rétracté leur signature». Le 15 décembre, Chrétien revenait à la charge proposant une lettre au ministre de la Justice pour dénoncer Mandavy. Les non-signataires étaient de nouveau attaqués.

Les élections municipales de Périgueux : voir chapitre X Périgueux pendant la Révolution. Pour les Peyssard, voir Gontran du Mas des Bourboux Le Périgord des nobles bourgeois du XVIII° siècle, Périgueux, Pilote, sd notice 94 page 397 qui montre que la famille avait acquis ses lettres de bourgeoisie au milieu du XVIII° siècle et occupé ensuite des fonctions de prud’hommes puis de consuls.

Page 122

ADD 1 L 148

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ADD 1 L 158, 14 février 1792  le Logographe ayant annoncé dans la feuille du…février que les maires et officiers municipaux de Périgueux admis à la barre de l’Assemblée nationale lui avaient dénoncé l’opinion religieuse du directoire du département et ses prétendues liaisons clandestines avec les ennemis de la patrie, la municipalité de Périgueux, indignée d’une pareille calomnie a envoyé deux députés pour témoigner de la douleur de cette affreuse supposition…et qu’en témoignage de ses sentiments, elle allait détruire par un désaveu formel cette dénonciation qu’elle n’a fait ni voulu faire » 

ADD 1 L 159. Le 24 février, l’avocat jacobin Moulin vint annoncer au directoire sa démission suite à l’affaire Moulin. Le directoire le pria de n’an rien faire. Il est vrai que dans la municipalité de Peyssard ses alliés n’étaient pas si nombreux.

ADD 1 L 158, 18 novembre. Les Missionnaires étaient considérés comme une congrégation séculière. On avait pourtant, tout en leur conservant la Grande mission, décidé de vendre les locaux du petit séminaire, place de la Clautre. Or, pour le Département, ce choix était contestable. On leur avait donc accordé un secours provisoire sur lequel le district mit l’embargo. Le département estimait qu’à titre provisoire chaque missionnaire devait recevoir 1000 livres par an jusqu’au règlement de l’affaire par l’Assemblée nationale devant laquelle le Département porta l’affaire et eut gain de cause. Le nouveau séminaire diocésain était désormais sous la tutelle de Pontard et dirigé par les abbés Jacobins Feytaud et Jean Charles-de-Peyssard, frère du maire et ancien curé du Bugue. Ils demandèrent 6000 livres au Département en octobre 1791 pour faire face aux besoins des séminaristes insolvables. Le Département refusa, arguant qu’il y avait une procédure à respecter pour désigner les boursiers. En revanche, le 1°novembre, il acceptait de faire face à ses engagements concernant l’ancien évêque et lui versa 10 000 livres de dû sur sa pension jusqu’au 1°avril 1791 date de la prise d’effet de l’élection de Pontard. A Sarlat, l’ex-évêque Ponte d’Albaret se vit refuser sa pension au motif qu’il n’avait pas payé ses impôts. Il finit par en obtenir la moitié, les revenus du bénéfice épiscopal étant affectés par le refus généralisé des fermiers de verser leur dû, les paysans refusant de régler leurs rentes (10 novembre 1791) P123

District de Mussidan

ADD 6 L 17 Voici comment, à sa session de l’automne 1791, le conseil du district de Mussidan décrit la situation « Sans s’appesantir sur les maux que causent dans tout le district les prêtres fanatiques qui l’infectent de toutes part…..Ils prêchent à presque tous les offices de la manière la plus véhémente contre la constitution, disent hardiment qu’ils se moquent de l’Assemblée nationale, des administrateurs et des tribunaux, jettent l’alarme et la consternation partout sur la proximité imminente d’une contre-révolution, troublent toutes les consciences faibles, soit en refusant les sacrements à ceux qui ont assisté à quelque office des prêtres constitutionnels, soit en déclarant hautement damnés ceux qui ont quelques communications spirituelle avec eux, d’où résulte une foule de scandales et surtout une extinction de l’esprit public patriotique dans la ville et les campagnes infiniment dangereux si l’on était obligé a quelque hostilité contre les traîtres à la patrie et leurs satellites car il faut remarquer que ces prêtres ont eu la malice d’inspirer à leurs stupides adhérents une horreur si grande de la Constitution que ce mot trace à leur esprit la même idée que celle de chisme (sic) excommunication, damnation.

Dans le nombre de ces prêtres fanatiques, on en compte plusieurs ci-devant assermentés qui se sont rétractés, soit par une lettre ou autrement mais non officiellement, précaution inutile pour la conscience, encore plus pour l’orgueil et la mauvaise foi, ils se jouent sous le masque de leur serment officiel de toutes les lois, se couvrant de la protection du gouvernement pour incendier la patrie. En vain on a dressé des procès-verbaux des dénonciations contre les uns et les autres particulièrement les sieurs Chabanes, Desfarges, Vedrenne, Dumeynot, Labrue. L’apathie des tribunaux, et, il semble que la faveur avec laquelle on les traite au département, les ait autorisés. Il est infiniment pressant qu’on prenne un parti vigoureux contre ces 2 espèces de prêtres également dangereux et perfides et qu’enfin on fasse cesser les murmures trop fondés des prêtres constitutionnels qui se plaignent de l’infraction des lois à leur égard, de la protection marquée que les autres se sont attirée et surtout que le directoire soit autorisé à faire acquitter leurs divers traitements parce que le retard autorise considérablement la ferveur des premiers contre l’état et l’aigreur des seconds qui se croient négligés à dessein . »

ADD 1L 157 (14 novembre 1791) : question de la validité des élections

Page 124

Sur les affrontements à Mussidan ADD 6 L 17

L’affaire RELNAUD

On retiendra parmi les affaires qui secouent le district de Mussidan, celle de l’abbé Relnaud à la cure de Saint-Rémy, proche du secteur très agité de Vélines. Les incidents montrent jusqu’où l’on pouvait aller avec la soustraction des objets religieux et le saccage du presbytère. On notera la longueur de la crise et l’impossibilité des pouvoirs public d’agir, la municipalité soutenant le réfractaire.

29 octobre Relnaud, curé récemment élu à la cure de St Rémy, s’est présenté samedi dernier pour prendre possession le dimanche par la prestation de serment. Il éprouva tant de difficultés et menaces de la part de certaines personnes qu’il était dangereux pour lui d’y rester. Il veut faire constater. Le District décide d’envoyer pour l’installer un commissaire qui pourra requérir la garde nationale des autres communes ». L’administration y ajouta des menaces contre la commune.

Le 24 novembre, elle fut sommée de s’opposer à tout exercice curial de Trévis, curé en place, réfractaire et de lui faire vider le presbytère pour permettre au constitutionnel Relnaud de s’installer. Tout montre qu’il y a eu des attroupements sans qu’on sache en faveur duquel : garde nationale contre le réfractaire, femmes pour le soutenir ? Finalement, il fallut attendre le 14 mai 1792 pour que soit fait un inventaire des objets liturgiques et vases sacrés, inventaire qui se traduit par la liste des objets manquants. La municipalité, coupable de soutien au réfractaire, devra les fournir à ses frais et mettra sous quinzaine le presbytère en état « qui a subi des dégradations énormes « « Que c’est avec le plus grand regret qu’ils voient que des citoyens qui ont fait serment d’obéir à la loi de maintenir de toutes leurs forces la constitution (c'est-à-dire municipalité et peut-être garde nationale) s’en éloignent chaque jour et donnent à leur curé qu’ils devraient soutenir de tout leur pouvoir toutes les peines et tous les désagréments possibles. Exhorte avec le plus vif intérêt la nouvelle municipalité de se concilier et vivre en bonne intelligence avec le sr Relnaud pour que, par ce moyen, la tranquillité publique et la dignité de la religion ne soient altérées ». La délibération suivante présente la pétition du même et son zèle « A l’issue de la messe  la constitution française sera lue et qu’il sera chanté un Te deum » et qu’en outre la municipalité fera afficher les lois. Le directoire donne son accord et envoie un exemplaire de la constitution( daté du 17 décembre).

Quant à l’affaire Defarges, curé d’Ataux, elle se développe sur plusieurs années. Il était déjà en procès avec ses paroissiens avant 1789, les affronta au moment de la fête de la Fédération et vint réclamer les armes qu’on lui avait enlevées au moment de Varennes. C’est d’ailleurs pourquoi ce réfractaire ne bénéficie d’aucun soutien et on est dans une classique affaire d’isolement d’un prêtre . On lira dans R BOUET, Dictionnaire, la notice 524.

Page 125

Le district de Nontron appartenait, pour partie, au diocèse de Limoges sous l’Ancien Régime. Il fut selon R Bouet,très majoritairement jureur (64%). On trouvera, ci-dessous une étude sur un des cantons agités par la question religieuse, celui de Bussière-Badil . (Annexe 2)

Bergerac ADD 1 L1 57 / 5 avril : Durand de Ramefort

Idem-4 avril : Les « non-conformistes » de Bergerac demandant un lieu de culte, le Directoire du Département estima la demande fondée « sur l’immortelle déclaration des droits de l’homme »  ils demeurent autorisés à se procurer un édifice à deux conditions : n’utiliser aucune des deux églises vacantes et afficher de la mention « édifice destiné au culte non conformiste ». « S’il se produit des désordres et des propos contre la constitution civile du clergé, ils seront poursuivis »

Page 126

H LABROUE, La Société populaire de Bergerac cité ci-dessus, 11-13 janvier 1792 p 196

Périgueux, affaire du Logographe, voir ci-dessus. On priera le lecteur d’excuser cette redite.

Page 127

La Mission attaquée : ADD 1 L 159, 20 mars, 22 mars, 31 mars 1792

Périgueux : murs de la ville, idem, 1er avril. En fait, la démolition des murs de la ville s’était déjà posée en maintes occasion depuis 1789 : on les accusait d’être nuisibles à la salubrité. L’opération aurait déjà été entreprise le 21 décembre, par le directoire. Celui-ci menaçait la municipalité de lui appliquer les lois destinées aux municipalités réfractaires. Il fit afficher l’arrêté « à tous les carrefours de Périgueux ». C’est une affaire curieuse dans la mesure où pour Sarlat où la municipalité se plaignait de tels faits, il prit la position exactement contraire (voir page 133).

Affaire du Logographe, 1I L 159, 15 mai. Le long développement du 15 mai dans le même registre retranscrit la lettre au roi du directoire. Je l’ai placée in extenso en annexe du fait de son intérêt. Il faut la resituer dans son contexte. La plainte du directoire s’était d’abord appuyée, on l’a sur une partie de la municipalité. Mais il semble bien qu’à son retour Chrétien ait retourné la situation. Celle-ci on le verra s’est compliquée de la nomination du ministère Girondin où l’Intérieur est occupé par Roland. D’où le recours à des manœuvres dilatoires dont se plaint le directoire compte-tenu de l’énormité du faux . Ci-dessous, annexe 3 .

Page 128

Les troubles des campagnes.

La diatribe du directoire figure en ADD 1 L 158, 31 janvier 1791. Imprimée, cette diatribe figure a la Bibliothèque municipale, fonds Lapeyre.

Pour ce qui est de l’affaire de Javerlhac, on pourra se reporter à Michel Golfier qui fait une présentation détaillée de l’affaire. « Troubles à Javerlhac » B S H A P99, 1972 p226.

Page 130

La question des épidémies devrait donner lieu à un dépouillement synthétique simplifié par les travaux du Cercle de généalogie du Périgord, consultables aux Archives départementales. Les sondages effectués mettent en évidence une poussée variable de la mortalité en fin d’été 1791 au sud puis en automne 1792 plus au nord du département.

La distribution des assignats est évoquée tout au long des registres du directoire département. La maréchaussée, puis la gendarmerie les récupérait, conditionnés en paquets, à Angoulême. Mais ce transfert revenait cher, chiffrable en dizaines de livres. Le mode de transport n’est guère plus évoqué à partir de 1792.

Echange des assignats : A titre d’exemple : ADD 1 L 158, 23 janvier (445) Envoi de petits assignats de 5 livres pour échange en complément de la somme de 671 140 livres pour laquelle le département a été compris dans la distribution de 50 millions de petits assignats… contre de gros assignats de 50 à 300 livres. Le 4 janvier, le directoire a arrêté la distribution sur les districts de 108 730 livres de petits assignats puis un second arrêt de distribution de 220 000 livres. Le directoire décide : 1/ que les fonds destinés aux échanges seront distribués à proportion de la population 2/les assignats de 50 à 300L seront destinés à échanger ceux de 300 livres et au dessus. Les assignats de 500 livres et au dessus provenant du dernier échange resteront dans la caisse du receveur jusqu’à ce que le décret qui décide de les annuler et de les envoyer à la trésorerie soit connu. Ce document montre la complexité du système des assignats dès lors qu’ils devenaient « monnaie courante ». Au départ, uniquement destinés à payer les billets de confiance brûlés à leur remise, ils devinrent monnaie fiduciaire et un équilibre de l’émission devait passer par les plus gros remplacés par les plus petits. En fait la destruction des premiers fut interrompue.

P 131. Périgueux 5 E 5205 idem pour caisses de confiance

ADD 1 L 358, 5 novembre : délibération du directoire « Un prêt de 12 millions de livres est mis à la disposition des départements pour secours à la disette. Mais la lettre du 6 octobre fait craindre que si cette somme est distribuée aux différents départements et que chacun pourvoie isolément à l’achat des grains nécessaires, ces achats ne produisent dans les prix une hausse considérable. Il propose donc la formation à Paris d’un comité de subsistances composé de commissaires pris dans les départements. Décision de donner à cet effet les pleins pouvoirs à un des membres de notre députation pour donner un état de ses besoins et souscrire à la soumission de rembourser. Désigne à cet effet Nicolas Beaupuy ».On notera sans surprise à la lecture de quel côté allait la sympathie du directoire.

ADD 1 L 358 23 décembre Le Conseil du district de Bergerac, extraordinairement convoqué pour prendre connaissance des mesures adoptées par l’administration du département au sujet des subsistances et approvisionnement de grains nécessaires à tout le département arrête 1°Le Comité de subsistances de Bergerac continuera à faire ses approvisionnements comme il l’a fait jusqu’à présent qu’il ordonne les achats selon ses besoins sous la surveillance du directoire du district chargé de cette partie 2°Qu’il soit déclaré au directoire du département qu’il ne voulait pas participer aux mesures générales prises par le Conseil il est prié de ne pas comprendre le district de Bergerac avec prière au directoire du département de donner suite et d’appuyer la demande à l’Assemblée nationale d’autoriser un emprunt de 150 000 livres pour le district de Bergerac »Celui-ci (le directoire) se déclare incompétent pour réformer une décision par le Conseil (du département). On comparera la somme demandée à celle allouée pour la totalité du département a travers les douze millions cités ci-dessus dont il devait revenir autour de 144 000 à la Dordogne à diviser entre les districts.

On est toujours frappé par le déficit céréalier de Bergerac, le plus grand et l’un des plus fertiles des districts. Il faut souligner deux points 1/ La place du vignoble faisait diminuer celle des emblavures 2 / la partie la plus productrice de grains, la plaine de la Dordogne était composée de métairies directement tournée vers le commerce.

Page 132 Boulangers de Périgueux, ADD 5205

Sarlat subsistances (ADD 1 L59) 27 avril « Considérant que le district de Sarlat est un de ceux où la disette s’est manifestée avec le plus de force et qu’il a une population considérable, qu’il n’ a encore participé que pour 500 sacs, savoir 300 de froment et 200 de seigle à l’approvisionnement du département. Qu’il existe encore 200 sacs de grains dans le magasin de Bergerac, le directoire de Sarlat est autorisé à faire prendre dans le magasin de Gimet 500 sacs Le 22 mai, le directoire avait délivré un emprunt de 20 000 livres au district de Sarlat.

Gimet était un grand négociant de Bergerac. C’est lui qui acheminait de Bordeaux la plus grande partie des grains achetés par Périgueux.

ADD 10 L 3 district de Sarlat, 10 juin : Livraison de 400 boisseaux de blé dont 300 partis d’Amsterdam et 151 sacs et 100 boisseaux partis d’AngleterreLe directoire, étonné de ce surcroît aujourd’hui inutile comme il l’avait déjà marqué depuis du temps au directoire » refuse cette cargaison. On sera surpris de ce refus vu les demandes pressantes de Sarlat et surtout de la date du refus en pleine période de soudure. On reviendra sur la question ci-dessous.

Pour Montignac, même registre, 1°mai. La situation de Montignac est l’occasion pour le directoire du département de regarder avec optimisme l’approvisionnement à ce moment là : « Il peut actuellement donner plus de latitude sans compromettre l’approvisionnement puisque le gouvernement et le commerce concourent ensemble à l’alimenter ». Ceci dit, si la disette posait question par la cherté qui l’accompagnait, l’abondance pouvait être synonyme d’avilissement des prix. C’est peut-être ce qui explique la position de Sarlat.

Page 133

Curés de Sarlat : ADD 10 L4, 14 décembre 1791. Le directoire du département a annulé l’élection des curés du 11 décembre, sous le motif qu’on ne les avait pas commencées un dimanche, à la sortie de la messe comme il était de règle, ce qui était une manière de préparer les électeurs à voter en conscience ! On convoque de nouveau pour le jour de Noël, les citoyens actifs : il y a 9 curés à élire (soit 3 fois moins qu’à Mussidan, on sait pourquoi !). On verra à la date du 10 janvier dans le même registre comment le district doit faire face aux plaintes des curés pour leur retard de traitement et rejette la responsabilité sur le département qui a son tour accuse Sarlat de ne pas avoir présenté les tableaux des ecclésiastiques qui auraient permis de les régler

Le 24 décembre rebondit l’affaire Selves, ce Périgourdin élu juge de paix du district de Sarlat et que le directoire refuse de rétribuer parce qu’il n’a pas prêté le serment. Affaire obscure : les élections très troublées avaient nécessité l’intervention du Département parce qu’on faisait voter des citoyens passifs. Mais Selves n’aurait pas prêté serment pour des raisons étranges et aurait été invalidé à la suite de quoi « par un concours de circonstances dont on veut bien lui faire grâce, il fut élu de nouveau quoiqu’il ait perdu son titre de citoyen actif ». Mais la municipalité de Sarlat ayant de ce fait refusé son serment, il alla le prêter devant celle de Saint-André-d’Allas faisant partie du canton qui « le reçut contre la disposition de la loi qu’elle ne connaissait pas ». Et pourtant, Selves est entré en fonction et demande à être payé. Le fait est d’ailleurs admis par le district qui, pourtant, ironise : « S’il a eu le bonheur de terminer des différends entre ses concitoyens il ne doit chercher la récompense de bienfait que dans le doux mouvement dont le souvenir agite maintenant son âme et si cette rétribution ne suffit pas ce n’est pas à la Nation qu’il doit en demander une plus sensible ». Cela fait partie de ces affaires obscures qui attisent le ressentiment entre Périgueux et Sarlat ! Car on se demande, si Selves était invalidé, comment il a pu poursuivre ses fonctions et régler des conflits comme le reconnaît le directoire. Pourquoi n’a-t-on pas organisé une troisième élection ? Il est vrai que les affaires de juges de paix ont atteint un sommet à Sarlat avec plusieurs rebondissements qui feront peut-être l’objet d’une étude complémentaire.

Même registre 29 février 1792. On se permettra une digression pour noter la délibération sur les chemins alors qu’on crée des ateliers de charité pour les routes « le piéton le plus leste a peine à trouver une pointe où appuyer ses pieds. Cette surface est entrecoupée de ravins très rapprochés, très étroits et très profonds ».

Sur la question de la mairie de Sarlat voir ADD 1 L 159 « La municipalité de Sarlat s’est livrée sans le moindre prétexte à une insurrection d’autant plus répréhensible que le directoire (de département) ne l’a provoquée par aucun arrêté qui puisse faire ombrage ni à l’autorité judiciaire dont elle parle ni même à l’autorité municipale. » Suit un arrêté de trois pages qui énumère les griefs contre l’action de la municipalité et ordonne que « le maire et le procureur de la commune de Sarlat seront invités à comparaître sous huitaine devant le directoire ». En fait la mairie de Sarlat repoussa l’ultimatum. Le 5 avril le directoire renouvela la convocation assortie d’une longue diatribe. Quant à l’affaire du directoire de Sarlat et de ses deux membres invalides sur 4, le 25 avril (même registre) les membres du directoire restants déclarèrent refuser de siéger le 25 avril.

Page 134

J CHEVE, La noblesse du Périgord, PERRIN , 1998,p 48
Sur la question de< l’émigration à Bergerac, voir H Labroue, La Société populaire de Bergerac, délibérations du 11 septembre 1791 et du 15 septembre 1791 p 174
Sur l’affaire de la séquestration du local de la gendarmerie, A. D. D. 1L 159 (15 avril 1792).

LES EVENEMENTS DU 10 AOÜT
La source principale de ces évènements est constituée par le registre du Conseil Général ADD 1 L 147) de la Dordogne qui se réunit le 19 juillet 1792 suite à la déclaration à Patrie de la Patrie en danger, le 11 juillet. Pour le directoire qui siège parallèlement : ADD 1 L 160. Les deux autres sources principales sont les registres de la Société des Amis de la Constitution qui se transforme en Société des amis de la Liberté et de l’Egalité (ADD 13 L 12/4) et pour son homologue de Bergerac : Labroue La Société populaire de Bergerac, p 211 et suivantes. Voir également dans les districts, notamment Sarlat : ADD 10 L 4.

Page 135 : jacobins de Bergerac, H Labroue 25 juillet « Les patriotes doivent provoquer diverses mesures, notamment la déchéance du roi »

Lettre au roi du 20 juillet » C’est dans votre cœur, Sire, que nous déposons de nouveau les témoignages de nos sentiments parce que vous serez le premier à nous les rappeler si nous étions assez malheureux pour les oublier un seul instant ». La comparaison avec la déclaration précédente montre bien l’écart politique entre le Département et les jacobins, les Bergeracois étant les plus hostiles au roi. L’appel aux gardes nationales : même registre, même date.

Le 17 août :même registre

Sarlat : ADD 10 L 4, 27 avril 1792. Scènes à l’occasion de la proclamation de la guerre, suivi de la mention « plusieurs feuillets arrachés » ce qui semble évocateur des troubles qui suivirent. Puis 31 mai « Devant les troubles qui affligent Sarlat, le procureur-syndic propose l’arrêté du transfert à Domme ou St Cyprien en cas de nouveaux troubles. Entre les deux événements, il semble bien qu’on ait une situation très tendue.

Tout le printemps a été organisée la levée de troupes de ligne assorties de primes à l’engagement. Sur cette question comme celle qui suivent voir Lieutenant de Cardénal, Recrutement de l’armée en Périgord pendant la période révolutionnaire, Périgueux, Joucla, 1911. L’ouvrage irremplaçable est cependant d’une lecture complexe, l’auteur ayant préféré l’approche thématique, unité par unité, à la chronologie.

Page 137

Pour la situation des gardes nationaux rassemblés à Périgueux le 5 juillet et qui restent plus d’un mois dans la ville avec des ordres de départ contradictoires et surtout tardant à être armées, les articles se succèdent en ADD 1 L 147.

Pour Périgueux ADD 5 E 5205

Bergerac : H Labroue, La Société populaire, p212.

La Fayette , en rupture avec les choix politiques était venu à l’Assemblée le 28 juin 1792 pour demander des sanctions contre les fauteurs de troubles, notamment Jacobins. Sans succès. Le lendemain il échoua dans sa tentative de prendre le pouvoir à la faveur d’une revue de la garde nationale : averti des projets de la Fayette, Pétion annula la revue. La Fayette repartit rejoindre son armée le 30. Dans le débat à son sujet, quatre députés de la Dordogne se prononcèrent en sa faveur : Beaupuy, Delfau, Verneilh-Puyrazeau et Limousin. Ils devinrent pour les Jacobins des ennemis publics. Le 25 juin, Delfau avait prononcé une violente diatribe contre les Jacobins : il ne put achever son discours, chassé de la tribune. Il publia d’ailleurs le discours. Voir Lassaigne, Figures parlementaires,p 70. Dans le même chapitre voir le cas Lamarque et son rôle le 10 août.

Page 138

Les registres des Jacobins 13 L 12 /3 et, à partir du 3 août, 13 L 12/4 reproduisent les débats de juillet- août. Ils marquent un climat de fébrilité et surtout une division entre les activistes, prêt à en venir à prendre les armes et les modérés qui sous la houlette de Pipaud, majoritaires parviennent à les contenir. Délibération du 15 juillet. A propos de l’intervention d’un orateur de faire fouiller jusqu’aux endroits les plus reculés « les habitations des ennemis du bien public. Un autre a dit qu’il a entendu un aristocrate dire qu’il allait cacher ses armes. Mais il refuse de le nommer. Le président après avoir développé les motifs et les suites que peuvent avoir une pareille dénonciation vu que beaucoup d’aristocrates étaient de la Société. Un autre membre demande de jurer de ne jamais se porter en force que là où la municipalité demanderait des secours car, une fois le peuple déchaîné trouvera-t-il des bornes ? La Société, jalouse de se montrer amie de la constitution en a universellement prêté le serment.

15 juillet Le frère Dignomé âgé de 12 est monté à la tribune. Comme les enfants disent la vérité, il a lu son adresse au roi « La Constitution veut un monarque ami de la liberté et de l’égalité, que le peuple ouvrant les yeux sur les mœurs du roi ne voit en lui qu’un ennemi de la constitution, que s’il veut être despote, la nation rappelant toute sa conduite ne manquera pas de porter contre lui un décret d’accusation. Qu’un autre roi sera mis à sa place ». Pourquoi avoir fait prononcer cette première motion de défiance par un enfant ? Notons qu’il s’agit de remplacer le roi, non de proclamer la République. Le lendemain le débat porta sur le droit des femmes à combattre aux côtés des hommes et à à participer au repas de l’égalité. Significativement les plus résolues rétorquèrent que c’est le patriotisme qui les réunirait et non l’amour du boire et du manger.

Page 139

Registre des jacobins 13 L12/3

Chrétien et Villefumade
Le 15 juin
Frère Dupont à la tribune dit ses regrets de voir s’enrôler Chrétien et Villefumade et quitter la ville Il montre leur rôle de démagogues au sens classique du terme « Ils y échauffent et propagent et y protègent la classe indigente le patriotisme. Qu’aux frontières ils ne pouvaient faire que pour deux et ils pouvaient être remplacés ». Lorsque Villefumade arrive, ce sont les tribunes qui manifestent leur exaltation «  alors, des tribunes, de la foule, chacun voulait la parole, on représentait au frère Villefumade ses concitoyens affligés, découragés et succombant sous les coups de l’aristocratie…un autre enfin parlant du ton le plus ému et versant des larmes lui a parlé au nom de tous les pères de famille qui vont partir pour les frontières quoi lui a-t-il dit, nous avons laissé nos enfants orphelins et vous, frère Villefumade, voulez les abandonner ? Distributeur de la justice, vous voulez les exposer à l’oppression ? Surveillant de nos ennemis, vous voulez livrer ces timides agneaux à la fureur des loups »
Comme il sera beaucoup question de « Fumat » dans les chapitres suivants il est intéressants de mesurer dans des passages comme celui-ci la faveur populaire de ce Marat périgourdin.

Sur les événements de Montrem, le registre du directoire ADD 1 151

Sur Chrétien voir délibérations municipales, ADD 5E 5205 et Registre des jacobins 13 L 12/4

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ANNEXE 1 : Nombre des électeurs par canton.

Cette liste peut-être extrapolée et permettre de connaître un ordre de grandeur des citoyens actifs par district :leur nombre est déterminé par celui des citoyens actifs à raison d’un électeur par tranches de 100 actifs (exemple : 7 électeurs correspondent à une population de 6 à 700 actifs. Une population de 530 actifs à 6 électeurs )

ELECTEURS DU DEPARTEMENT DE LA DORDOGNE

Nommés en exécution de la loi du 20 mai 1791 relative à la convocation de la seconde législature

District

Canton

Nb électeurs

PERIGUEUX

Périgueux

25

Antonne

5

StPierre de Chignac

11

Vergt

12

Grignols

9

Brantôme

10

StAstier

14

Lille

10

Agonac

8

total : 9 cantons

106

SARLAT

Sarlat

19

Domme

16

Salagnac

11

Carlux

9

Daglan

18

St Cyprien

16

Marquay

10

Total : 7 cantons

97

BERGERAC

Bergerac

19

Eymet

10

Issigeac

10

Ribagnac

8

Montagnac

12

Cunèges

12

La Force

13

Lalinde 12
Liorac 10
Total : 9 cantons 106

NONTRON

Nontron

14

Mareil

6

LA Rochebeaucourt

4

Saint-Pardoux

11

Javerlhac

8

Champagnac

9

Saint-Félix

6

Total : 7 cantons

66

EXCIDEUIL

Excideuil

11

Thiviers

16

Jumilhac

12

Hautefort

11

Dussac

10

Savignac

9

StOrse

8

Cubjac

6

Total : 8 cantons

83

MONTIGNAC

Montignac

17

Le Bugue

12

Terrasson

13

Thenon

12

12

Rouffignac

11

LaBachellerie

8

Total : 7 cantons

85

RIBERAC

Ribérac

19

Verteillac

11

Saint-Vincent

8

La Tour-Blanche

7

Montagrier

13

Champagne

8

Saint-Aulaye

12

La Roche-Chalais

3

Total : 8 cantons

81

BELVES

Belvès

14

Beaumont

11

Cadouin

8

Limeuil

13

Montferrand

7

Monpazier

9

Orliac

5

Total :7

76

MUSSIDAN

Mussidan

12

Velines

6

SaintMéard

7

Montpon

15

Villefranche

8

Neuvic

11

La Mothe-Montraval

7

Les Lèches

9

Total

74

Total général :71 cantons

774

ANNEXE 2 : PAROISSES ET CHOIX DES CURES . Le cas de Bussière- Badil (district de Nontron)

Dans le contexte de l’époque de l’Assemblée législative, la situation religieuse se complique, notamment du fait de l’attitude des curés. Le cas du canton de Bussière-Badil a été retenu comme un témoignage de la complexité de la situation et de ses paradoxes.

Un district fertile en vocations

Il est d’abord intéressant de noter que l’image traditionnelle d’un Nontronnais déchristianisé se trouve fortement remise en cause dans le cas étudié. La seule ville de Nontron, si l’on reprend les notices biographiques de Robert Bouet donne 36 curés de paroisse en place en 1791 ou venus des ordres religieux (surtout les cordeliers locaux et Chancelade qui exercent pendant la Révolution avec une vraie diversité de recrutement social). Pour ce qui du canton de Bussière-Badil , sur les 11 prêtres en exercice (8 curés et 3 vicaires) …11 ont prêté serment chiffre à rapprocher de ceux nés dans la ville de Nontron pour lesquels le refus de serment est l’exception (2 prêtres). Autre forte caractéristique : la proximité de naissance : 4 d’entre eux sont nés en Nontronnais, 3 dans le canton, 2 dans le proche petit bourg de Rochechouart, 1 seul à Limoges. Il y a donc, chez eux, une vraie proximité et sûrement une proximité aussi avec leurs paroissiens. On notera pour l’un d’entre eux qu’il prêta serment après avoir consulté le futur député Verneilh-Puyrazeau et…fit le contraire de ce qu’il lui conseilla. A ce fils de famille noble très hésitant, Verneilh-répondit « Je sais combien vous êtes attaché à vos paroissiens et vous savez combien vous leur êtes chers…A votre place je me jetterais au pied du crucifix et si en me relevant je n’éprouvais pas une forte répugnance à prêter le serment je le prêterais ». Il faut croire que ces prêtres se sont concertés et ont écouté la vox populi… L’illustration de la thèse de Tackett, qui fait de l’environnement politique un facteur de serment se trouverait ainsi vérifiée comme celle du rapprochement entre le serment et le fort recul de pratique religieuse dans les années 1960 comme aussi la correspondance avec le vote de gauche.

Des prêtres engagés

Ce choix de l’hiver 1791 correspond d’ailleurs à un engagement pro-révolutionnaire. Nous l’avions noté déjà en signalant la part élevée de prêtres élus maires. En témoigne le rôle du curé de Bussière-Badil à la tête du comité de sa ville en 1789 et le soutien que lui apporta Pipaud au cours de son bref emprisonnement par la maréchaussée à Périgueux suite à ses démêlés avec le notable Janet-Lasfond. Il prêta le serment. Mais est-ce le fait que son adversaire trouva toute sa place parmi les électeurs nontronnais et cumula les fonctions représentatives ? Ce prêtre qu’on citait volontiers en exemple pour son savoir et sa générosité se rétracta. Ce ne fut pas le cas de son collègue Germain, curé de Reilhac, à qui l’on doit un intéressant témoignage sur la Grande Peur et qui dit son enthousiasme pour la fête de la Fédération « époque célèbre de la véritable liberté des Français et anniversaire de jour mémorable digne d’être transmis aux siècles à venir ».

Le cas Charron

Cependant, dans cet ensemble assez homogène un cas retient l’attention, celui du curé de Champniers (aujourd’hui Champniers-Reilhac). Il fait partie des curés installés depuis longtemps : voila près de 30 ans qu’il a été nommé dans sa paroisse. Favorable à la Révolution, il prête le serment civique en juillet 1790 avant de devenir jureur par le second serment début 1791. Mais une nouvelle situation était apparue l’année précédente. Peut-être avait-il rêvé d’être maire ou de siéger parmi les officiers municipaux ? En tout état de cause, il ne supporta pas très longtemps de ne plus être la première autorité de sa commune.

Les dissensions devaient déjà s’être manifestées. Mais les documents nous le montrent (ADD 7 L 30) aux prises avec ses paroissiens. Quand on vint le chercher pour bénir le feu de joie à l’occasion de la Constitution en septembre 1791, il refusa tout net de suivre. Il accompagna même son refus de la proposition de remettre à l’un des officiers les instruments pour bénir à sa place …puisque désormais ces élus savaient tout faire : « Toi qui pense que tout t’est permis, prend l’étole et le surplis et chante ce que tu voudras ». Cette fois l’amertume l’emporte.

Mais les choses prennent un nouveau tour quand, la cérémonie finie, nos paroissiens se rendirent à l’auberge et, n’ayant point le vin triste, parcoururent ensuite les rues et le cimetière en pastichant le Requiem. Ce n’était pas assez pour réveiller les morts mais déjà trop pour le curé. C’est pourquoi, le dimanche suivant et -disent les témoins- contrairement à ses habitudes, il gravit les trois marches de la chaire et en fait de sermon explosa en « dialecte patois »pour être bien sûr d’être compris  « Mes enfants, il y a de jeunes morveux dans cette paroisse qui ne savaient il y a un an ni lire ni écrire pas seulement un mot de leur catéchisme qui s’avisent aujourd’hui de commander, ordonner et d’en imposer aux personnes mûres et sensées le tout sous prétexte de liberté et égalité…Ces polissons, cette canaille, un commandant de la garde nationale, des officiers municipaux s’avisent même de passer la nuit au cabaret, de courir les rues avec une caisse en chantant des requiem des chansons profanes…Ce sont pourtant vos officiers, vos guides, vos maîtres qui vous le donnent, voila l’effet de la Révolution ». Et il continua ainsi sa mercuriale contre les nouvelles mœurs politiques concluant « Ne leur ressemblez point mes enfants, ils n’ont point de religion, ce sont des impies qui troublent les morts dans leurs tombeaux. Soyez bons chrétiens » On est bien dans cette approche que nous avions aperçu de la mauvaise humeur qui s’était emparée des pasteurs ayant perdu leur autorité !

Jureur et contre-révolutionnaire

Mais il ne s’en tint pas là. Du refus à l’ attitude contre-révolutionnaire, le pas fut allègrement franchi. Dans le procès, le même témoin de dénoncer le parti que constitue ainsi le curé en même temps que la triste posture où se trouvent placées municipalité et garde nationale réclamant que la justice sévisse contre un semblable séditieux «  Il aurait affirmé qu’il faudrait bientôt remplacer le Te Deum par un de profundis,  ayant appris à Saint-Barthélemy qu’il y avait 117000 émigrés rassemblés à Coblentz soutenus par les puissances étrangères et particulièrement la Russie et la Suède ». Tout cela pouvait bien être loin de la vérité : dit par le curé, cela avait de quoi impressionner. Et l’accusateur public de conclure le 9 octobre sur ces paroles : « Elles sont impardonnables dans un prêtre non conformiste. Vous sentez bien combien elles sont coupables dans un homme qui a prêté le serment exigé par cette constitution qui doit faire le bonheur de tous les citoyens ». Cité à comparaître, le curé, bien calé dans ce qu’il estimait être son bon droit, remit le texte de son prône qui montre l’exactitude des témoignages à charge. On en retiendra ce passage « Que veulent donc ces prétendus docteurs avec leur égalité qu’ils prêchent si ardemment ? Le voila : ils veulent être égaux à tout le monde, c’est-à-dire qu’ils ne veulent reconnaître ni autorité, ni supérieurs et être indépendants ». Soit l’exact inverse de l’ancien ordre des choses où le curé représentait l’autorité d’En Haut et d’ici-bas. Nouveau témoignage du mal être des curés vis-à-vis du nouvel ordre de choses dira-t-on. Alors pourquoi le serment (et pourquoi pas sa rétractation) si l’on rejetait le nouveau cours des choses ? On voit bien qu’il pouvait ne représenter aucune adhésion au nouveau cours des choses mais une manière de s’assurer une tranquillité à l’abri des tracasseries des autorités. Ces bons curés du Nontronnais étaient bien chez eux et entendaient le rester. Mais ils ne pouvaient plus y être maîtres et de cela ils ne voulaient point convenir.

Mais l’on ne s’en tint pas là. En fait, nous retrouvons Charron dans une affaire qui est jugée en juin 1792. Elle a pour cadre la paroisse de Champniers et comme premiers témoins les officiers municipaux et procureur syndic qui s’étaient affrontés à leur curé à l’automne précédent. Mais, en 1792 , Charron qui paré par son serment reste malgré ses propos dans sa paroisse se voit accusé. d’un mépris grossier pour le régime, clamant « que l’Assemblée nationale était un tas de fripons et d’ignorants et que la nouvelle constitution ne faisait que favoriser les ignorants pour les emplois d’aujourd’hui ». Il y ajoute son mépris pour l’évêque constitutionnel « ILl a dit qu’il ne voulait point connaître M Pontard que ce dernier n’avait pas plus de pouvoirs que son chien et qu’il ne voulait point de ses ordres ». Et pas à un paradoxe près, on voit ce jureur refuser les sacrements à ceux qui sont allés à la messe de curés assermentés. Les attendus rappellent que Charron a prêté serment dans les termes le 26 décembre 1790, qu’il l’a fait dans les termes et on présente un document officiel de Périgueux (sans précision) et qu’à la date du 15 juin 1792 il n’y a aucune trace dune rétractation de sa part !

Second aspect : la présence de l’ancien curé de la paroisse limousine voisine (éloignée d’une lieue précise-t-on) de Marval, Périgord qui a dû quitter sa paroisse faute de prêter serment et, plusieurs fois invité par Charron est venu lui prêter mainforte a fini par le rejoindre lorsque celui-ci a subit une attaque de goutte. Il l’a notamment confessé, ceci sans autorisation mais nie que les usages rendent celle-ci nécessaire. Quand on l’interroge sur les propos que les témoins lui prêtent dans le confessionnal, il refuse de répondre au nom du secret de la confession. Un autre prêtre du Nontronnais est venu les rejoindre, lui aussi réfractaire le curé de Labre en Charente originaire du Nontronnais. Le procureur de la commune de Champniers demande six mois de prison et 50L d’amende contre Périgord mais le juge de paix requiert que Périgord soit traduit devant le juge du district devant lequel il nie tout propos tant contre les assermentés l’évêque que les députés. On ne sait s’il fut finalement condamné.

Le troisième aspect est l’intense circulation des fidèles entre les paroisses. Quand l’origine des témoins est mentionnée ou les messes qu’ils fréquentent on voit évoquer Saint-Barthélémy, ²Saint Matthieu, Busseroles, Maisonnais, voire Augignac. Or toutes ces paroisses sauf Maisonnais sont occupées par des assermentés. Ce qui vaut à ces paroissiens de se voir refuser la confession. C’est d’ailleurs souvent au cours de celle-ci que se réalise l’interrogatoire des paroissiens (souvent des femmes) qui s’entendent dire « qu’ils ne sont nantis d’aucun pouvoir, caractère ni fonctions du ni fonctions du sacerdoce qu’il n’appartient qu’aux seuls Durepaire et Périgort d’administrer et célébrer les mistaires ou sacrements et quiconque en usera autrement demeurera éternellement damné ».Le réquisitoire porte cependant essentiellement contre les deux autres prêtres et Charron n’est cité qu’à tire de complice alors qu’en tant que curé il porte, au plein sens du terme, la responsabilité de ce qui se passe dans son église. On reste confondu par la confusion qui règne ici et qui voit l’assermenté Charron user des termes des réfractaires pour juger des actes de ses paroissiens !

De sorte que l’on est en droit de s’interroger sur le jeu compliqué des acteurs. Du curé d’abord qui quand il dénonce ses confrères assermenté, une paroissienne réplique à Périgord « que sieur Charron avait bien fait le serment il répliqua qu’il n’avait point voulu le faire » et à une autre « qu’il n’avait point voulu le faire et qu’il n’avait fait que semblant ». Mais la paroissienne l’avait suffisamment embarrassé pour qu’il décide à la fois de lui pardonner d’aller aux messes de Saint Barthélémy et l’envoyer à la balustrade pour recevoir la communion.

On perçoit bien ainsi la dénonciation jacobine contre le double jeu de curés qui s’autorisent, s’appuyant sur leur serment, à entretenir une opinion contre-révolutionnaire. A noter qu’il reste en fonction et prête le serment de 1792. Il finit par abdiquer sous la Terreur mais il est emprisonné à Nontron pendant une quinzaine de mois pour avoir, nous dit R Bouet « tourné les lois en ridicule ».

Et que penser enfin des choix des paroissiens ? Pourquoi ces changements de paroisses. Esprit patriote qui les conduits vers des curés plus ouvertement acquis aux idées révolutionnaires ? Mais pourquoi alors revenir vers Charron avec la certitude d’être morigéné ? Reste la prescription religieuse : les Pâques sont d’obligation dans sa paroisse. On est là face à des attitudes qui montrent au moins la complexité des comportements religieux qui finissent par être ramenés à la règle d’une pratique mieux ancrée qu’on ne le pense parfois. La religion populaire a intégré des pratiques qui expliquent la résistance du catholicisme tridentin à la déchristianisation. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

ANNEXE 3 : l’AFFAIRE DU LOGOGRAPHE

La lettre au roi du 15 mai (ADD 1 L 159) est écrite en réponse à Chrétien, procureur de la commune de Périgueux. Elle le dénonce pour s’être présenté comme député de la commune « s’entourant de plusieurs quidams ramassés dans les boues de la capitale pour donner à la scène un air de députation…outrage si sanglant contre les législateurs qu’il trompait »

Suit un tableau à charge des actions de Chrétien « …Né sans fortune, le sr Chrétien ne payait pas la contribution pour être électeur, cependant il fut élevé par ses intrigues à cet emploi lors des premières assemblées primaires (en mai 1790)…Il fut jugé inéligible à l’électorat (lors de l’assemblée de juillet 1790) et conçut dès ce moment une haine implacable contre le membre chargé de rapporter son affaire et depuis elle n’a fait que s’accroître.

Peut-être l’aurait-on vu s’apaiser lors des adjudications des biens si le Directoire l’avait laissé jouir sans exiger le paiement des biens immenses dont il avait osé sa rendre acquéreur. Mais fidèle à ses devoirs et sincèrement attaché aux intérêts de la Nation, le Directoire a fait poursuivre contre cet acheteur la folle enchère de la plupart des biens qu’il s’était fait adjuger. La chartreuse de Vauclaire et ses dépendances est une belle proie que l’ardent patriotisme du sr Chrétien avait voulu dévorer. Cet objet vaut plus d’un million, le sr Chrétien l’avait eu pour 560 000 livres .Les vices des formalités dans l’adjudication, les vices de l’adjudicataire, furent dénoncés. Le Directoire déclara la vente nulle, l’affaire portée à votre conseil n’a pas eu pour le sr Chrétien une issue plus honorable. Il en fallait moins pour allumer sa rage contre nous ». Le Président de l’Assemblée nationale semble l’avoir prévu dans sa réponse à cet étrange orateur « La délation peut être utile quand le seul bien public en est le véhicule mais si la vengeance, mais si la haine viennent à la produire elle est un crime détestable » Gensonné.

« Vous connaissez l’esprit de la fougueuse harangue qui nous inculpe...Les chefs d’accusation se réduisent à 3  : 1-le Directoire ne prend aucune mesure mâle pour le paiement des contributions publiques 2°Il tient des séances secrètes 3°Il protège 600 Prêtres fanatiques.

Il n’est pas de département qui ait pris des arrêtés plus vigoureux ni de mesures plus multipliées et plus actives pour le recouvrement que le département de la Dordogne. Si nous pouvions insérer dans cette adresse notre correspondance avec les directoires, l’impudeur du sr Chrétien à nous taxer de négligence soulèverait tous les amis de la vérité…Mais sans cette correspondance, nous avons au moins des preuves suffisantes de notre zèle : par un arrêté du 31 décembre 1791, imprimé et envoyé aux directoires et municipalités nous avons pressé le recouvrement des rôles d’acompte et M Tarbé, ministre des contributions, convaincu du bien qu’il avait produit, nous écrivit la lettre la plus flatteuse. Par un autre arrêté du 7 février dernier sur les contributions foncières et mobilières et perfectionner l’établissement des patentes. Si d’après ces mesures le recouvrement des contributions ne s’est pas fait avec célérité, ce n’est pas notre fait. Les rôles de 1791 sont une opération tout à fait nouvelle, les municipalités n’entendant que peu les lois sur les diverses natures des subsides, ne marchant qu’en tâtonnant et n’avançant pas beaucoup leurs opérations de contributions ce n’est pas seulement dans le département que ces lenteurs se font sentir. Mais le sr Chrétien qui veut prendre absolument la tutelle de la patrie, lui procureur de la commune de Périgueux, quels efforts a-t-il fait, quelles précautions a-t-il prises ? Absolument aucune ; et cependant, courbé sous le poids d’une négligence reconnue, il ose se montrer au corps législatif, déclamer contre des fonctionnaires qui n’ont à se reprocher que leur indulgence à son égard.

Qu’il ose assurer un fait nu, un fait simple, qu’il ose dire que nos séances sont SECRETES, c’est porter l’impudence à sa dernière période…Nous attestons sur notre honneur et notre probité que jamais nous n’avons délibéré secrètement, nous attestons que notre salle du conseil, ouverte à ceux qui sont curieux d’entendre nos discussions…Dans les temps froids nous avons délibéré quelquefois dans nos bureaux l’entrée en a toujours été libre. Nous pourrions peut-être avancer que la publicité de nos séances n’est ordonnée par aucune loi ; mais glorieux des suffrages du peuple qui nous a nommés ns aimons à nous entourer de nos concitoyens et ne sommes jamais plus heureux qu’au milieu de nos frères »

« La dernière inculpation est plus atroce que les deux premières, elle est tellement complexe qu’elle ne peut-être détruite ni par une dénégation ni par une preuve négative. Elle est de ces calomnies qui peuvent sans la cerner embrasser l’innocence. Nous allons pourtant répondre que nous haïssons autant le fanatisme que nous aimons le bon ordre et la tranquillité. Nos principes ne sont pas de distinguer dans l’administration proprement dite ni le prêtre, ni le sacerdoce, nous ne voyons partout que des citoyens dont nous avons juré le maintien de la sûreté quand nous avons juré la Constitution. Nous pensons aussi que la Déclaration des Droits de l’Homme élève l’opinion au-dessus du pouvoir des hommes et qu’il n’est permis de punir que ses effets quand ils troublent l’ordre public. Ainsi, quand on nous a dénoncé des attroupements dirigés contre un de ces prêtres, nous n’avons vu que des citoyens en péril et pris des mesures pour les sauver. Ainsi quand un prêtre s’est permis de troubler l’ordre par des sermons, ses propos ou ses actions, nous l’avons dénoncé devant les tribunaux et fait poursuivre non comme prêtre mais comme perturbateur. Il en est même que nous avons dégradés civiquement tout en les envoyant en justice lorsqu’ils ont été convaincus d’avoir manqué d’une manière grave aux pouvoirs constitués. Tel est l’arrêté que nous avons pris le 29 mars dernier contre le curé de St Crépin de Bourdeille...Si c’est là protéger les prêtres,on conviendra que notre conduite n’est pas celle des amis du fanatisme. Qu’on jette les yeux sur ce vaste département et sur plusieurs autres, on verra la paix chez nous …Mais pourquoi cet homme parle-t-il de 600 prêtres fanatiques ? Ce nombre est à coup sûr le produit d’une imagination perfide. Il n’est peut-être pas 200 prêtres insermentés dans ce département et la plupart sont ignorés tant leur conduite est paisible. Pourquoi le sr Chrétien parle-t-il de protection ? Sire, nous ne protégeons personne, les lois protègent par notre organe…ces sentiments désolent les factieux. Par cette ardeur civique, nous avons cent fois renversé leurs projets détestables..Nous savons que le sr Chrétien ne peut nous le pardonner mais sa haine nous honore trop pour chercher à l’éteindre…

Toute la France sait qu’on nous a calomniés, la municipalité de Périgueux, indignée qu’il eut osé se couvrir de son nom pour nous outrager sur un des plus grands théâtres du monde, s’empressa de nous envoyer deux députés pour nous témoigner sa douleur et son indignation, l’arrêté pris à ce sujet le 13 février du Directoire et signé d’un député est une preuve irréfragable de l’imposture du sr Chrétien. Enfin, par une lettre imprimée au logograhe n°53, par une autre adressée a l’Assemblée Nationale le corps municipal a renouvelé son désaveu.

Lettre à Roland, ministre de l Intérieur qui indique l’envoi avec pièces justificatives.

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