La Législative et la division des Jacobins (sept 1791-sept 1792)

 

 

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Avant Propos

Le chapitre VI concerne la période de l’Assemblée législative qui s’ouvre avec la réunion des députés, élus en septembre et se termine par la crise du 10 août. Les sources utilisées sont registres des assemblée départementales ( 1L) , directoire (158,159, 160) et conseil général(1 L 147) IL faut y ajouter les registres des districts classés par ordre alphabétiques (de 2L pour Belvès à 10L pour Sarlat) En second lieu il sera beaucoup renvoyé aux registres des Sociétés des Amis de la Constitution : Périgueux 13 L 12/3 et Bergerac à travers la publication qu’a faite Henri Labroue, La société populaire de Bergerac pendant la Révolution, Paris, Société de l’histoire de la Révolution, 1915 .

Tant pour les registres de la Série L que pour ceux de la Société, la note indique la cote d’archives et la date des faits.

Sur le plan bibliographique cette période n’a guère été étudiée pour la Dordogne et, logiquement, les histoires des villes n’y renvoient que peu. Reste l’ouvrage déjà cité de J Lassaigne Figures parlementaires. L’apport d’un département à la vie politique française, Editions du Globe. Sur le plan national on lira avec plaisir Michel Winock, La grande fracture 1790-1793, Perrin, Tempus, n°158.

Page 117 : LES ELECTIONS DE SEPTEMBRE 1791

Le compte-rendu de cette élection figure en ADD 1 L 352, dossier qui contient le compte-rendu de l’ensemble des élections départementales pour la période révolutionnaire, évidemment dans l’ordre chronologique.

Elections des « électeurs » c'est-à-dire des membres de l’assemblée électorale de Périgueux élus par les par cantons :

Les procès-verbaux sont très inégaux : ils devraient comporter le nombre de citoyens actifs du canton, le nombre de présents à l’assemblée électorale et les suffrages obtenus. Selon les cantons on indique l’un ou l’autre de ces chiffres et seule une minorité de canton figure au dossier. On peut déduire le nombre des actifs par rapport au nombre d’électeurs désignés par canton et qui est de 1 par tranche de 100 actifs (cf annexe 1)

Ribérac, ADD 9 L 28 : cantons de St Vincent de Connezac (126 votants), La Rochebeaucourt (4 électeurs, 129 votants), Saint Privat : 667 citoyens actifs pas de chiffre des présents mais 28 signatures du PV seulement ce qui peut faire présumer entre 150 et 200 présents), Sainte-Aulaye ( 5 électeurs, 320 votants)

Nontron (ADD 7 L 28) Saint-Félix de Bourdeilles (154 pour plus de 500 inscrits), Javerlhac, 145 votants sur 837 inscrits. Nontron (2°section) 7I6 inscrits. Les élus ont 65, 60 et 69 voix) , Saint-Pardoux (1049 inscrits, 198 votants)

On voit donc que la participation électorale est devenue très faible.

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Pour Périgueux, on ne dispose que de la liste des élus comme pour celle de 1790. On note que sont élus au canton tous les jacobins connus : Hilaire Gilles–Duroc et Gilles-Lagrange, Brugière, Chrétien, Villefumade, Lavergne, Pipaud des Granges, Peyssard, Courtois (le traiteur), Pontard évêque, Descamps etc…15 élus sur 29 sont nouveaux par rapport à 1790. C’est bien une « fournée jacobine ».

NB : Pour Périgueux, chapitre 10 du site consacré à l’histoire de Périgueux

JC MARTIN, Nouvelle histoire de la Révolution française, Perrin, 2012, p 287 10% à Paris, 25 à 30% pour le reste des départements.

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VERNEILH-PUYRAZEAU, Mes souvenirs de 75 ans, cité ci-dessus

J.LASSAIGNE, Figures parlementaires . chapitre 2, p 57

On pourra consulter en salle de lecture des Archives Départementale Edna H. Lemay, Dictionnaire des législateurs, Centre International d’Etudes du XVIII° siècle, 2007. Elle donne par département la liste des députés dans l’ordre de leur élection, le résumé de leur carrière et note que sur 768 députés, la Dordogne qui en comptait 10, faisait partie des 24 départements les mieux représentés. La Haute-Vienne et la Corrèze n’en avaient que 7,le Lot et Garonne et la Charente 9  et La Gironde 12. Elle précise qu’un seul resta aux Jacobins de Paris, le Sarladais Taillefer.

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ADD 13 L 12/3 Le 26 décembre, aux Jacobins, après une assez longue absence, il rappelle que les séances des Jacobins et des Feuillants sont publiques « je fais la motion que les nôtres le soient aussi. » Rappelons qu’elles l’étaient déjà, 2 jours par semaine, et notamment le dimanche pour la lecture des nouvelles.

Idem-Pipaud dénonce le 24 janvier 1792 « des hommes avilis qui n’ont pas rougi de tromper à la fois leurs concitoyens et leur patrie en donnant de fausses déclarations à leur municipalité »et demande en même temps l’exclusion de ceux qui « ont fait le métier d’agioteurs en spéculant sur l’échange des assignats avec l’ancienne monnaie »

Pierre Chrétien

La notice biographique de Joseph Durieux ((B.S.H.A.P LV, p43) est présentée à la séance du 5 janvier 1928 et n’a pas donné lieu à un article. Elle contient des références militaires sur lesquelles J Durieux ne peut être contesté. Il s’appuie aussi sur les Souvenirs de Verneilh-Puyrazeau puis l’ouvrage de Crédot sur Pierre Pontard. Si les faits cités par le second ne sont pas, pour une fois contestables, la narration de l’action de Chrétien au cours des journées de la crise du 10 août pose un autre problème quand il nous le montre sauvant des Suisses réchappés des Tuileries dont il aurait organisé l’exfiltration, puis « sauvant » Mandavy dans une action humanitaire sur laquelle on pourra s’interroger au vu des affaires de juillet 1792 présentées à la fin de ce chapitre.

Pour l’achat des biens nationaux à Périgueux, voir Jeannine Rousset, La vente des biens ecclésiastiques (1°origine dans le district de Périgueux Le Périgord révolutionnaire, supplément au B.S.H.A.P CXVI, 1989). Pour P Chrétien, on a 7 achats dont 5 évalués totalisent 14 583 livres. Pour les 7 on devait s’approcher des 20000 livres. Même s’il devait n’en régler qu’un douzième comptant cela fait beaucoup pour quelqu’un à qui ne fut pas reconnue la validité de sa qualité d’électeur. Il avait payé en 1790 25 livres de don patriotique censé représenter son quart de revenu. Il est vrai que ce quart pouvait être réglé en plusieurs échéances.

La question des biens de Vauclaire a fait l’objet de nombreuses discussions. Ainsi le long article en ADD 1 L 156 à la date du 3 novembre 1791, sur le fait de savoir s’il fallait dans la vente dissocier les bois du reste des biens selon la loi qui préservait les forêts pour la marine. Pour l’étendue de ces biens, voir Pijassou dans Arlette Higounet–Nadal, Histoire du Périgord p 265 qui évoque 600 hectares de terres.

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Le réquisitoire de Chrétien est imprimé et figure au fonds Lapeyre de la Médiathèque Pierre Fanlac.

Pour les lettres de Lamarque et le soutien à la position de Chrétien : ADD 13 L 12/2 notamment 2 novembre 1791 et 20 novembre : « lettre de Lamarque en faveur des frères laboureurs qui gémissent depuis longtemps dans les cachots ». Il semble pourtant qu’à ce moment-là ils avaient été libérés mais qu’on se plaignait de la manière dont on les avait fait sortis de prison « dont on leur a brisé les fers ». Il semble qu’ils n’avaient obtenu qu’une simple grâce mais par recouvré leurs droits civiques. D’où le projet d’une pétition le 26 novembre, à laquelle s’intéressa Lamarque qui, le 7 décembre, priait Villefumade de lui faire parvenir la liste de »ceux qui ont refusé ou rétracté leur signature». Le 15 décembre, Chrétien revenait à la charge proposant une lettre au ministre de la Justice pour dénoncer Mandavy. Les non-signataires étaient de nouveau attaqués.

Les élections municipales de Périgueux : voir chapitre X Périgueux pendant la Révolution. Pour les Peyssard, voir Gontran du Mas des Bourboux Le Périgord des nobles bourgeois du XVIII° siècle, Périgueux, Pilote, sd notice 94 page 397 qui montre que la famille avait acquis ses lettres de bourgeoisie au milieu du XVIII° siècle et occupé ensuite des fonctions de prud’hommes puis de consuls.

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ADD 1 L 148

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ADD 1 L 158, 14 février 1792  le Logographe ayant annoncé dans la feuille du…février que les maires et officiers municipaux de Périgueux admis à la barre de l’Assemblée nationale lui avaient dénoncé l’opinion religieuse du directoire du département et ses prétendues liaisons clandestines avec les ennemis de la patrie, la municipalité de Périgueux, indignée d’une pareille calomnie a envoyé deux députés pour témoigner de la douleur de cette affreuse supposition…et qu’en témoignage de ses sentiments, elle allait détruire par un désaveu formel cette dénonciation qu’elle n’a fait ni voulu faire » 

ADD 1 L 159. Le 24 février, l’avocat jacobin Moulin vint annoncer au directoire sa démission suite à l’affaire Moulin. Le directoire le pria de n’an rien faire. Il est vrai que dans la municipalité de Peyssard ses alliés n’étaient pas si nombreux.

ADD 1 L 158, 18 novembre. Les Missionnaires étaient considérés comme une congrégation séculière. On avait pourtant, tout en leur conservant la Grande mission, décidé de vendre les locaux du petit séminaire, place de la Clautre. Or, pour le Département, ce choix était contestable. On leur avait donc accordé un secours provisoire sur lequel le district mit l’embargo. Le département estimait qu’à titre provisoire chaque missionnaire devait recevoir 1000 livres par an jusqu’au règlement de l’affaire par l’Assemblée nationale devant laquelle le Département porta l’affaire et eut gain de cause. Le nouveau séminaire diocésain était désormais sous la tutelle de Pontard et dirigé par les abbés Jacobins Feytaud et Jean Charles-de-Peyssard, frère du maire et ancien curé du Bugue. Ils demandèrent 6000 livres au Département en octobre 1791 pour faire face aux besoins des séminaristes insolvables. Le Département refusa, arguant qu’il y avait une procédure à respecter pour désigner les boursiers. En revanche, le 1°novembre, il acceptait de faire face à ses engagements concernant l’ancien évêque et lui versa 10 000 livres de dû sur sa pension jusqu’au 1°avril 1791 date de la prise d’effet de l’élection de Pontard. A Sarlat, l’ex-évêque Ponte d’Albaret se vit refuser sa pension au motif qu’il n’avait pas payé ses impôts. Il finit par en obtenir la moitié, les revenus du bénéfice épiscopal étant affectés par le refus généralisé des fermiers de verser leur dû, les paysans refusant de régler leurs rentes (10 novembre 1791) P123

District de Mussidan

ADD 6 L 17 Voici comment, à sa session de l’automne 1791, le conseil du district de Mussidan décrit la situation « Sans s’appesantir sur les maux que causent dans tout le district les prêtres fanatiques qui l’infectent de toutes part…..Ils prêchent à presque tous les offices de la manière la plus véhémente contre la constitution, disent hardiment qu’ils se moquent de l’Assemblée nationale, des administrateurs et des tribunaux, jettent l’alarme et la consternation partout sur la proximité imminente d’une contre-révolution, troublent toutes les consciences faibles, soit en refusant les sacrements à ceux qui ont assisté à quelque office des prêtres constitutionnels, soit en déclarant hautement damnés ceux qui ont quelques communications spirituelle avec eux, d’où résulte une foule de scandales et surtout une extinction de l’esprit public patriotique dans la ville et les campagnes infiniment dangereux si l’on était obligé a quelque hostilité contre les traîtres à la patrie et leurs satellites car il faut remarquer que ces prêtres ont eu la malice d’inspirer à leurs stupides adhérents une horreur si grande de la Constitution que ce mot trace à leur esprit la même idée que celle de chisme (sic) excommunication, damnation.

Dans le nombre de ces prêtres fanatiques, on en compte plusieurs ci-devant assermentés qui se sont rétractés, soit par une lettre ou autrement mais non officiellement, précaution inutile pour la conscience, encore plus pour l’orgueil et la mauvaise foi, ils se jouent sous le masque de leur serment officiel de toutes les lois, se couvrant de la protection du gouvernement pour incendier la patrie. En vain on a dressé des procès-verbaux des dénonciations contre les uns et les autres particulièrement les sieurs Chabanes, Desfarges, Vedrenne, Dumeynot, Labrue. L’apathie des tribunaux, et, il semble que la faveur avec laquelle on les traite au département, les ait autorisés. Il est infiniment pressant qu’on prenne un parti vigoureux contre ces 2 espèces de prêtres également dangereux et perfides et qu’enfin on fasse cesser les murmures trop fondés des prêtres constitutionnels qui se plaignent de l’infraction des lois à leur égard, de la protection marquée que les autres se sont attirée et surtout que le directoire soit autorisé à faire acquitter leurs divers traitements parce que le retard autorise considérablement la ferveur des premiers contre l’état et l’aigreur des seconds qui se croient négligés à dessein . »

ADD 1L 157 (14 novembre 1791) : question de la validité des élections

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Sur les affrontements à Mussidan ADD 6 L 17

L’affaire RELNAUD

On retiendra parmi les affaires qui secouent le district de Mussidan, celle de l’abbé Relnaud à la cure de Saint-Rémy, proche du secteur très agité de Vélines. Les incidents montrent jusqu’où l’on pouvait aller avec la soustraction des objets religieux et le saccage du presbytère. On notera la longueur de la crise et l’impossibilité des pouvoirs public d’agir, la municipalité soutenant le réfractaire.

29 octobre Relnaud, curé récemment élu à la cure de St Rémy, s’est présenté samedi dernier pour prendre possession le dimanche par la prestation de serment. Il éprouva tant de difficultés et menaces de la part de certaines personnes qu’il était dangereux pour lui d’y rester. Il veut faire constater. Le District décide d’envoyer pour l’installer un commissaire qui pourra requérir la garde nationale des autres communes ». L’administration y ajouta des menaces contre la commune.

Le 24 novembre, elle fut sommée de s’opposer à tout exercice curial de Trévis, curé en place, réfractaire et de lui faire vider le presbytère pour permettre au constitutionnel Relnaud de s’installer. Tout montre qu’il y a eu des attroupements sans qu’on sache en faveur duquel : garde nationale contre le réfractaire, femmes pour le soutenir ? Finalement, il fallut attendre le 14 mai 1792 pour que soit fait un inventaire des objets liturgiques et vases sacrés, inventaire qui se traduit par la liste des objets manquants. La municipalité, coupable de soutien au réfractaire, devra les fournir à ses frais et mettra sous quinzaine le presbytère en état « qui a subi des dégradations énormes « « Que c’est avec le plus grand regret qu’ils voient que des citoyens qui ont fait serment d’obéir à la loi de maintenir de toutes leurs forces la constitution (c'est-à-dire municipalité et peut-être garde nationale) s’en éloignent chaque jour et donnent à leur curé qu’ils devraient soutenir de tout leur pouvoir toutes les peines et tous les désagréments possibles. Exhorte avec le plus vif intérêt la nouvelle municipalité de se concilier et vivre en bonne intelligence avec le sr Relnaud pour que, par ce moyen, la tranquillité publique et la dignité de la religion ne soient altérées ». La délibération suivante présente la pétition du même et son zèle « A l’issue de la messe  la constitution française sera lue et qu’il sera chanté un Te deum » et qu’en outre la municipalité fera afficher les lois. Le directoire donne son accord et envoie un exemplaire de la constitution( daté du 17 décembre).

Quant à l’affaire Defarges, curé d’Ataux, elle se développe sur plusieurs années. Il était déjà en procès avec ses paroissiens avant 1789, les affronta au moment de la fête de la Fédération et vint réclamer les armes qu’on lui avait enlevées au moment de Varennes. C’est d’ailleurs pourquoi ce réfractaire ne bénéficie d’aucun soutien et on est dans une classique affaire d’isolement d’un prêtre . On lira dans R BOUET, Dictionnaire, la notice 524.

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Le district de Nontron appartenait, pour partie, au diocèse de Limoges sous l’Ancien Régime. Il fut selon R Bouet,très majoritairement jureur (64%). On trouvera, ci-dessous une étude sur un des cantons agités par la question religieuse, celui de Bussière-Badil . (Annexe 2)

Bergerac ADD 1 L1 57 / 5 avril : Durand de Ramefort

Idem-4 avril : Les « non-conformistes » de Bergerac demandant un lieu de culte, le Directoire du Département estima la demande fondée « sur l’immortelle déclaration des droits de l’homme »  ils demeurent autorisés à se procurer un édifice à deux conditions : n’utiliser aucune des deux églises vacantes et afficher de la mention « édifice destiné au culte non conformiste ». « S’il se produit des désordres et des propos contre la constitution civile du clergé, ils seront poursuivis »

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H LABROUE, La Société populaire de Bergerac cité ci-dessus, 11-13 janvier 1792 p 196

Périgueux, affaire du Logographe, voir ci-dessus. On priera le lecteur d’excuser cette redite.

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La Mission attaquée : ADD 1 L 159, 20 mars, 22 mars, 31 mars 1792

Périgueux : murs de la ville, idem, 1er avril. En fait, la démolition des murs de la ville s’était déjà posée en maintes occasion depuis 1789 : on les accusait d’être nuisibles à la salubrité. L’opération aurait déjà été entreprise le 21 décembre, par le directoire. Celui-ci menaçait la municipalité de lui appliquer les lois destinées aux municipalités réfractaires. Il fit afficher l’arrêté « à tous les carrefours de Périgueux ». C’est une affaire curieuse dans la mesure où pour Sarlat où la municipalité se plaignait de tels faits, il prit la position exactement contraire (voir page 133).

Affaire du Logographe, 1I L 159, 15 mai. Le long développement du 15 mai dans le même registre retranscrit la lettre au roi du directoire. Je l’ai placée in extenso en annexe du fait de son intérêt. Il faut la resituer dans son contexte. La plainte du directoire s’était d’abord appuyée, on l’a sur une partie de la municipalité. Mais il semble bien qu’à son retour Chrétien ait retourné la situation. Celle-ci on le verra s’est compliquée de la nomination du ministère Girondin où l’Intérieur est occupé par Roland. D’où le recours à des manœuvres dilatoires dont se plaint le directoire compte-tenu de l’énormité du faux . Ci-dessous, annexe 3 .

 

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Les troubles des campagnes.

La diatribe du directoire figure en ADD 1 L 158, 31 janvier 1791. Imprimée, cette diatribe figure a la Bibliothèque municipale, fonds Lapeyre.

Pour ce qui est de l’affaire de Javerlhac, on pourra se reporter à Michel Golfier qui fait une présentation détaillée de l’affaire. « Troubles à Javerlhac » B S H A P99, 1972 p226.

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La question des épidémies devrait donner lieu à un dépouillement synthétique simplifié par les travaux du Cercle de généalogie du Périgord, consultables aux Archives départementales. Les sondages effectués mettent en évidence une poussée variable de la mortalité en fin d’été 1791 au sud puis en automne 1792 plus au nord du département.

La distribution des assignats est évoquée tout au long des registres du directoire département. La maréchaussée, puis la gendarmerie les récupérait, conditionnés en paquets, à Angoulême. Mais ce transfert revenait cher, chiffrable en dizaines de livres. Le mode de transport n’est guère plus évoqué à partir de 1792.

Echange des assignats : A titre d’exemple : ADD 1 L 158, 23 janvier (445) Envoi de petits assignats de 5 livres pour échange en complément de la somme de 671 140 livres pour laquelle le département a été compris dans la distribution de 50 millions de petits assignats… contre de gros assignats de 50 à 300 livres. Le 4 janvier, le directoire a arrêté la distribution sur les districts de 108 730 livres de petits assignats puis un second arrêt de distribution de 220 000 livres. Le directoire décide : 1/ que les fonds destinés aux échanges seront distribués à proportion de la population 2/les assignats de 50 à 300L seront destinés à échanger ceux de 300 livres et au dessus. Les assignats de 500 livres et au dessus provenant du dernier échange resteront dans la caisse du receveur jusqu’à ce que le décret qui décide de les annuler et de les envoyer à la trésorerie soit connu. Ce document montre la complexité du système des assignats dès lors qu’ils devenaient « monnaie courante ». Au départ, uniquement destinés à payer les billets de confiance brûlés à leur remise, ils devinrent monnaie fiduciaire et un équilibre de l’émission devait passer par les plus gros remplacés par les plus petits. En fait la destruction des premiers fut interrompue.

P 131. Périgueux 5 E 5205 idem pour caisses de confiance

ADD 1 L 358, 5 novembre : délibération du directoire « Un prêt de 12 millions de livres est mis à la disposition des départements pour secours à la disette. Mais la lettre du 6 octobre fait craindre que si cette somme est distribuée aux différents départements et que chacun pourvoie isolément à l’achat des grains nécessaires, ces achats ne produisent dans les prix une hausse considérable. Il propose donc la formation à Paris d’un comité de subsistances composé de commissaires pris dans les départements. Décision de donner à cet effet les pleins pouvoirs à un des membres de notre députation pour donner un état de ses besoins et souscrire à la soumission de rembourser. Désigne à cet effet Nicolas Beaupuy ».On notera sans surprise à la lecture de quel côté allait la sympathie du directoire.

ADD 1 L 358 23 décembre Le Conseil du district de Bergerac, extraordinairement convoqué pour prendre connaissance des mesures adoptées par l’administration du département au sujet des subsistances et approvisionnement de grains nécessaires à tout le département arrête 1°Le Comité de subsistances de Bergerac continuera à faire ses approvisionnements comme il l’a fait jusqu’à présent qu’il ordonne les achats selon ses besoins sous la surveillance du directoire du district chargé de cette partie 2°Qu’il soit déclaré au directoire du département qu’il ne voulait pas participer aux mesures générales prises par le Conseil il est prié de ne pas comprendre le district de Bergerac avec prière au directoire du département de donner suite et d’appuyer la demande à l’Assemblée nationale d’autoriser un emprunt de 150 000 livres pour le district de Bergerac »Celui-ci (le directoire) se déclare incompétent pour réformer une décision par le Conseil (du département). On comparera la somme demandée à celle allouée pour la totalité du département a travers les douze millions cités ci-dessus dont il devait revenir autour de 144 000 à la Dordogne à diviser entre les districts.

On est toujours frappé par le déficit céréalier de Bergerac, le plus grand et l’un des plus fertiles des districts. Il faut souligner deux points 1/ La place du vignoble faisait diminuer celle des emblavures 2 / la partie la plus productrice de grains, la plaine de la Dordogne était composée de métairies directement tournée vers le commerce.

Page 132 Boulangers de Périgueux, ADD 5205

Sarlat subsistances (ADD 1 L59) 27 avril « Considérant que le district de Sarlat est un de ceux où la disette s’est manifestée avec le plus de force et qu’il a une population considérable, qu’il n’ a encore participé que pour 500 sacs, savoir 300 de froment et 200 de seigle à l’approvisionnement du département. Qu’il existe encore 200 sacs de grains dans le magasin de Bergerac, le directoire de Sarlat est autorisé à faire prendre dans le magasin de Gimet 500 sacs Le 22 mai, le directoire avait délivré un emprunt de 20 000 livres au district de Sarlat.

Gimet était un grand négociant de Bergerac. C’est lui qui acheminait de Bordeaux la plus grande partie des grains achetés par Périgueux.

ADD 10 L 3 district de Sarlat, 10 juin : Livraison de 400 boisseaux de blé dont 300 partis d’Amsterdam et 151 sacs et 100 boisseaux partis d’AngleterreLe directoire, étonné de ce surcroît aujourd’hui inutile comme il l’avait déjà marqué depuis du temps au directoire » refuse cette cargaison. On sera surpris de ce refus vu les demandes pressantes de Sarlat et surtout de la date du refus en pleine période de soudure. On reviendra sur la question ci-dessous.

Pour Montignac, même registre, 1°mai. La situation de Montignac est l’occasion pour le directoire du département de regarder avec optimisme l’approvisionnement à ce moment là : « Il peut actuellement donner plus de latitude sans compromettre l’approvisionnement puisque le gouvernement et le commerce concourent ensemble à l’alimenter ». Ceci dit, si la disette posait question par la cherté qui l’accompagnait, l’abondance pouvait être synonyme d’avilissement des prix. C’est peut-être ce qui explique la position de Sarlat.

Page 133

Curés de Sarlat : ADD 10 L4, 14 décembre 1791. Le directoire du département a annulé l’élection des curés du 11 décembre, sous le motif qu’on ne les avait pas commencées un dimanche, à la sortie de la messe comme il était de règle, ce qui était une manière de préparer les électeurs à voter en conscience ! On convoque de nouveau pour le jour de Noël, les citoyens actifs : il y a 9 curés à élire (soit 3 fois moins qu’à Mussidan, on sait pourquoi !). On verra à la date du 10 janvier dans le même registre comment le district doit faire face aux plaintes des curés pour leur retard de traitement et rejette la responsabilité sur le département qui a son tour accuse Sarlat de ne pas avoir présenté les tableaux des ecclésiastiques qui auraient permis de les régler

Le 24 décembre rebondit l’affaire Selves, ce Périgourdin élu juge de paix du district de Sarlat et que le directoire refuse de rétribuer parce qu’il n’a pas prêté le serment. Affaire obscure : les élections très troublées avaient nécessité l’intervention du Département parce qu’on faisait voter des citoyens passifs. Mais Selves n’aurait pas prêté serment pour des raisons étranges et aurait été invalidé à la suite de quoi « par un concours de circonstances dont on veut bien lui faire grâce, il fut élu de nouveau quoiqu’il ait perdu son titre de citoyen actif ». Mais la municipalité de Sarlat ayant de ce fait refusé son serment, il alla le prêter devant celle de Saint-André-d’Allas faisant partie du canton qui « le reçut contre la disposition de la loi qu’elle ne connaissait pas ». Et pourtant, Selves est entré en fonction et demande à être payé. Le fait est d’ailleurs admis par le district qui, pourtant, ironise : « S’il a eu le bonheur de terminer des différends entre ses concitoyens il ne doit chercher la récompense de bienfait que dans le doux mouvement dont le souvenir agite maintenant son âme et si cette rétribution ne suffit pas ce n’est pas à la Nation qu’il doit en demander une plus sensible ». Cela fait partie de ces affaires obscures qui attisent le ressentiment entre Périgueux et Sarlat ! Car on se demande, si Selves était invalidé, comment il a pu poursuivre ses fonctions et régler des conflits comme le reconnaît le directoire. Pourquoi n’a-t-on pas organisé une troisième élection ? Il est vrai que les affaires de juges de paix ont atteint un sommet à Sarlat avec plusieurs rebondissements qui feront peut-être l’objet d’une étude complémentaire.

Même registre 29 février 1792. On se permettra une digression pour noter la délibération sur les chemins alors qu’on crée des ateliers de charité pour les routes « le piéton le plus leste a peine à trouver une pointe où appuyer ses pieds. Cette surface est entrecoupée de ravins très rapprochés, très étroits et très profonds ».

Sur la question de la mairie de Sarlat voir ADD 1 L 159 « La municipalité de Sarlat s’est livrée sans le moindre prétexte à une insurrection d’autant plus répréhensible que le directoire (de département) ne l’a provoquée par aucun arrêté qui puisse faire ombrage ni à l’autorité judiciaire dont elle parle ni même à l’autorité municipale. » Suit un arrêté de trois pages qui énumère les griefs contre l’action de la municipalité et ordonne que « le maire et le procureur de la commune de Sarlat seront invités à comparaître sous huitaine devant le directoire ». En fait la mairie de Sarlat repoussa l’ultimatum. Le 5 avril le directoire renouvela la convocation assortie d’une longue diatribe. Quant à l’affaire du directoire de Sarlat et de ses deux membres invalides sur 4, le 25 avril (même registre) les membres du directoire restants déclarèrent refuser de siéger le 25 avril.

Page 134

J CHEVE, La noblesse du Périgord, PERRIN , 1998,p 48
Sur la question de< l’émigration à Bergerac, voir H Labroue, La Société populaire de Bergerac, délibérations du 11 septembre 1791 et du 15 septembre 1791 p 174
Sur l’affaire de la séquestration du local de la gendarmerie, A. D. D. 1L 159 (15 avril 1792).

LES EVENEMENTS DU 10 AOÜT
La source principale de ces évènements est constituée par le registre du Conseil Général ADD 1 L 147) de la Dordogne qui se réunit le 19 juillet 1792 suite à la déclaration à Patrie de la Patrie en danger, le 11 juillet. Pour le directoire qui siège parallèlement : ADD 1 L 160. Les deux autres sources principales sont les registres de la Société des Amis de la Constitution qui se transforme en Société des amis de la Liberté et de l’Egalité (ADD 13 L 12/4) et pour son homologue de Bergerac : Labroue La Société populaire de Bergerac, p 211 et suivantes. Voir également dans les districts, notamment Sarlat : ADD 10 L 4.

Page 135 : jacobins de Bergerac, H Labroue 25 juillet « Les patriotes doivent provoquer diverses mesures, notamment la déchéance du roi »

Lettre au roi du 20 juillet » C’est dans votre cœur, Sire, que nous déposons de nouveau les témoignages de nos sentiments parce que vous serez le premier à nous les rappeler si nous étions assez malheureux pour les oublier un seul instant ». La comparaison avec la déclaration précédente montre bien l’écart politique entre le Département et les jacobins, les Bergeracois étant les plus hostiles au roi. L’appel aux gardes nationales : même registre, même date.

Le 17 août :même registre

Sarlat : ADD 10 L 4, 27 avril 1792. Scènes à l’occasion de la proclamation de la guerre, suivi de la mention « plusieurs feuillets arrachés » ce qui semble évocateur des troubles qui suivirent. Puis 31 mai « Devant les troubles qui affligent Sarlat, le procureur-syndic propose l’arrêté du transfert à Domme ou St Cyprien en cas de nouveaux troubles. Entre les deux événements, il semble bien qu’on ait une situation très tendue.

Tout le printemps a été organisée la levée de troupes de ligne assorties de primes à l’engagement. Sur cette question comme celle qui suivent voir Lieutenant de Cardénal, Recrutement de l’armée en Périgord pendant la période révolutionnaire, Périgueux, Joucla, 1911. L’ouvrage irremplaçable est cependant d’une lecture complexe, l’auteur ayant préféré l’approche thématique, unité par unité, à la chronologie.

Page 137

Pour la situation des gardes nationaux rassemblés à Périgueux le 5 juillet et qui restent plus d’un mois dans la ville avec des ordres de départ contradictoires et surtout tardant à être armées, les articles se succèdent en ADD 1 L 147.

Pour Périgueux ADD 5 E 5205

Bergerac : H Labroue, La Société populaire, p212.

La Fayette , en rupture avec les choix politiques était venu à l’Assemblée le 28 juin 1792 pour demander des sanctions contre les fauteurs de troubles, notamment Jacobins. Sans succès. Le lendemain il échoua dans sa tentative de prendre le pouvoir à la faveur d’une revue de la garde nationale : averti des projets de la Fayette, Pétion annula la revue. La Fayette repartit rejoindre son armée le 30. Dans le débat à son sujet, quatre députés de la Dordogne se prononcèrent en sa faveur : Beaupuy, Delfau, Verneilh-Puyrazeau et Limousin. Ils devinrent pour les Jacobins des ennemis publics. Le 25 juin, Delfau avait prononcé une violente diatribe contre les Jacobins : il ne put achever son discours, chassé de la tribune. Il publia d’ailleurs le discours. Voir Lassaigne, Figures parlementaires,p 70. Dans le même chapitre voir le cas Lamarque et son rôle le 10 août.

Page 138

Les registres des Jacobins 13 L 12 /3 et, à partir du 3 août, 13 L 12/4 reproduisent les débats de juillet- août. Ils marquent un climat de fébrilité et surtout une division entre les activistes, prêt à en venir à prendre les armes et les modérés qui sous la houlette de Pipaud, majoritaires parviennent à les contenir. Délibération du 15 juillet. A propos de l’intervention d’un orateur de faire fouiller jusqu’aux endroits les plus reculés « les habitations des ennemis du bien public. Un autre a dit qu’il a entendu un aristocrate dire qu’il allait cacher ses armes. Mais il refuse de le nommer. Le président après avoir développé les motifs et les suites que peuvent avoir une pareille dénonciation vu que beaucoup d’aristocrates étaient de la Société. Un autre membre demande de jurer de ne jamais se porter en force que là où la municipalité demanderait des secours car, une fois le peuple déchaîné trouvera-t-il des bornes ? La Société, jalouse de se montrer amie de la constitution en a universellement prêté le serment.

15 juillet Le frère Dignomé âgé de 12 est monté à la tribune. Comme les enfants disent la vérité, il a lu son adresse au roi « La Constitution veut un monarque ami de la liberté et de l’égalité, que le peuple ouvrant les yeux sur les mœurs du roi ne voit en lui qu’un ennemi de la constitution, que s’il veut être despote, la nation rappelant toute sa conduite ne manquera pas de porter contre lui un décret d’accusation. Qu’un autre roi sera mis à sa place ». Pourquoi avoir fait prononcer cette première motion de défiance par un enfant ? Notons qu’il s’agit de remplacer le roi, non de proclamer la République. Le lendemain le débat porta sur le droit des femmes à combattre aux côtés des hommes et à à participer au repas de l’égalité. Significativement les plus résolues rétorquèrent que c’est le patriotisme qui les réunirait et non l’amour du boire et du manger.

Page 139

Registre des jacobins 13 L12/3

Chrétien et Villefumade
Le 15 juin
Frère Dupont à la tribune dit ses regrets de voir s’enrôler Chrétien et Villefumade et quitter la ville Il montre leur rôle de démagogues au sens classique du terme « Ils y échauffent et propagent et y protègent la classe indigente le patriotisme. Qu’aux frontières ils ne pouvaient faire que pour deux et ils pouvaient être remplacés ». Lorsque Villefumade arrive, ce sont les tribunes qui manifestent leur exaltation «  alors, des tribunes, de la foule, chacun voulait la parole, on représentait au frère Villefumade ses concitoyens affligés, découragés et succombant sous les coups de l’aristocratie…un autre enfin parlant du ton le plus ému et versant des larmes lui a parlé au nom de tous les pères de famille qui vont partir pour les frontières quoi lui a-t-il dit, nous avons laissé nos enfants orphelins et vous, frère Villefumade, voulez les abandonner ? Distributeur de la justice, vous voulez les exposer à l’oppression ? Surveillant de nos ennemis, vous voulez livrer ces timides agneaux à la fureur des loups »
Comme il sera beaucoup question de « Fumat » dans les chapitres suivants il est intéressants de mesurer dans des passages comme celui-ci la faveur populaire de ce Marat périgourdin.

Sur les événements de Montrem, le registre du directoire ADD 1 151

Sur Chrétien voir délibérations municipales, ADD 5E 5205 et Registre des jacobins 13 L 12/4

 

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ANNEXE 1 : Nombre des électeurs par canton.

Cette liste peut-être extrapolée et permettre de connaître un ordre de grandeur des citoyens actifs par district :leur nombre est déterminé par celui des citoyens actifs à raison d’un électeur par tranches de 100 actifs (exemple : 7 électeurs correspondent à une population de 6 à 700 actifs. Une population de 530 actifs à 6 électeurs )

ELECTEURS DU DEPARTEMENT DE LA DORDOGNE

Nommés en exécution de la loi du 20 mai 1791 relative à la convocation de la seconde législature

District

Canton

Nb électeurs

PERIGUEUX

Périgueux

25

Antonne

5

StPierre de Chignac

11

Vergt

12

Grignols

9

Brantôme

10

StAstier

14

Lille

10

Agonac

8

total : 9 cantons

106

SARLAT

Sarlat

19

Domme

16

Salagnac

11

Carlux

9

Daglan

18

St Cyprien

16

Marquay

10

Total : 7 cantons

97

BERGERAC

Bergerac

19

Eymet

10

Issigeac

10

Ribagnac

8

Montagnac

12

Cunèges

12

La Force

13

  Lalinde 12
  Liorac 10
  Total : 9 cantons 106

 

NONTRON

Nontron

14

 

Mareil

6

 

LA Rochebeaucourt

4

 

Saint-Pardoux

11

 

Javerlhac

8

 

Champagnac

9

 

Saint-Félix

6

 

Total : 7 cantons

66

     

EXCIDEUIL

Excideuil

11

 

Thiviers

16

 

Jumilhac

12

 

Hautefort

11

 

Dussac

10

 

Savignac

9

 

StOrse

8

 

Cubjac

6

 

Total : 8 cantons

83

     

MONTIGNAC

Montignac

17

 

Le Bugue

12

 

Terrasson

13

 

Thenon

12

   

12

 

Rouffignac

11

 

LaBachellerie

8

 

Total : 7 cantons

85

     

RIBERAC

Ribérac

19

 

Verteillac

11

 

Saint-Vincent

8

 

La Tour-Blanche

7

 

Montagrier

13

 

Champagne

8

 

Saint-Aulaye

12

 

La Roche-Chalais

3

 

Total : 8 cantons

81

     

BELVES

Belvès

14

 

Beaumont

11

 

Cadouin

8

 

Limeuil

13

 

Montferrand

7

 

Monpazier

9

 

Orliac

5

 

Total :7

76

     

MUSSIDAN

Mussidan

12

 

Velines

6

 

SaintMéard

7

 

Montpon

15

 

Villefranche

8

 

Neuvic

11

 

La Mothe-Montraval

7

 

Les Lèches

9

 

Total

74

     
 

Total général :71 cantons

774

 

ANNEXE 2 : PAROISSES ET CHOIX DES CURES . Le cas de Bussière- Badil (district de Nontron)

Dans le contexte de l’époque de l’Assemblée législative, la situation religieuse se complique, notamment du fait de l’attitude des curés. Le cas du canton de Bussière-Badil a été retenu comme un témoignage de la complexité de la situation et de ses paradoxes.

Un district fertile en vocations

Il est d’abord intéressant de noter que l’image traditionnelle d’un Nontronnais déchristianisé se trouve fortement remise en cause dans le cas étudié. La seule ville de Nontron, si l’on reprend les notices biographiques de Robert Bouet donne 36 curés de paroisse en place en 1791 ou venus des ordres religieux (surtout les cordeliers locaux et Chancelade qui exercent pendant la Révolution avec une vraie diversité de recrutement social). Pour ce qui du canton de Bussière-Badil , sur les 11 prêtres en exercice (8 curés et 3 vicaires) …11 ont prêté serment chiffre à rapprocher de ceux nés dans la ville de Nontron pour lesquels le refus de serment est l’exception (2 prêtres). Autre forte caractéristique : la proximité de naissance : 4 d’entre eux sont nés en Nontronnais, 3 dans le canton, 2 dans le proche petit bourg de Rochechouart, 1 seul à Limoges. Il y a donc, chez eux, une vraie proximité et sûrement une proximité aussi avec leurs paroissiens. On notera pour l’un d’entre eux qu’il prêta serment après avoir consulté le futur député Verneilh-Puyrazeau et…fit le contraire de ce qu’il lui conseilla. A ce fils de famille noble très hésitant, Verneilh-répondit « Je sais combien vous êtes attaché à vos paroissiens et vous savez combien vous leur êtes chers…A votre place je me jetterais au pied du crucifix et si en me relevant je n’éprouvais pas une forte répugnance à prêter le serment je le prêterais ». Il faut croire que ces prêtres se sont concertés et ont écouté la vox populi… L’illustration de la thèse de Tackett, qui fait de l’environnement politique un facteur de serment se trouverait ainsi vérifiée comme celle du rapprochement entre le serment et le fort recul de pratique religieuse dans les années 1960 comme aussi la correspondance avec le vote de gauche.

Des prêtres engagés

Ce choix de l’hiver 1791 correspond d’ailleurs à un engagement pro-révolutionnaire. Nous l’avions noté déjà en signalant la part élevée de prêtres élus maires. En témoigne le rôle du curé de Bussière-Badil à la tête du comité de sa ville en 1789 et le soutien que lui apporta Pipaud au cours de son bref emprisonnement par la maréchaussée à Périgueux suite à ses démêlés avec le notable Janet-Lasfond. Il prêta le serment. Mais est-ce le fait que son adversaire trouva toute sa place parmi les électeurs nontronnais et cumula les fonctions représentatives ? Ce prêtre qu’on citait volontiers en exemple pour son savoir et sa générosité se rétracta. Ce ne fut pas le cas de son collègue Germain, curé de Reilhac, à qui l’on doit un intéressant témoignage sur la Grande Peur et qui dit son enthousiasme pour la fête de la Fédération « époque célèbre de la véritable liberté des Français et anniversaire de jour mémorable digne d’être transmis aux siècles à venir ».

Le cas Charron

Cependant, dans cet ensemble assez homogène un cas retient l’attention, celui du curé de Champniers (aujourd’hui Champniers-Reilhac). Il fait partie des curés installés depuis longtemps : voila près de 30 ans qu’il a été nommé dans sa paroisse. Favorable à la Révolution, il prête le serment civique en juillet 1790 avant de devenir jureur par le second serment début 1791. Mais une nouvelle situation était apparue l’année précédente. Peut-être avait-il rêvé d’être maire ou de siéger parmi les officiers municipaux ? En tout état de cause, il ne supporta pas très longtemps de ne plus être la première autorité de sa commune.

Les dissensions devaient déjà s’être manifestées. Mais les documents nous le montrent (ADD 7 L 30) aux prises avec ses paroissiens. Quand on vint le chercher pour bénir le feu de joie à l’occasion de la Constitution en septembre 1791, il refusa tout net de suivre. Il accompagna même son refus de la proposition de remettre à l’un des officiers les instruments pour bénir à sa place …puisque désormais ces élus savaient tout faire : « Toi qui pense que tout t’est permis, prend l’étole et le surplis et chante ce que tu voudras ». Cette fois l’amertume l’emporte.

Mais les choses prennent un nouveau tour quand, la cérémonie finie, nos paroissiens se rendirent à l’auberge et, n’ayant point le vin triste, parcoururent ensuite les rues et le cimetière en pastichant le Requiem. Ce n’était pas assez pour réveiller les morts mais déjà trop pour le curé. C’est pourquoi, le dimanche suivant et -disent les témoins- contrairement à ses habitudes, il gravit les trois marches de la chaire et en fait de sermon explosa en « dialecte patois »pour être bien sûr d’être compris  « Mes enfants, il y a de jeunes morveux dans cette paroisse qui ne savaient il y a un an ni lire ni écrire pas seulement un mot de leur catéchisme qui s’avisent aujourd’hui de commander, ordonner et d’en imposer aux personnes mûres et sensées le tout sous prétexte de liberté et égalité…Ces polissons, cette canaille, un commandant de la garde nationale, des officiers municipaux s’avisent même de passer la nuit au cabaret, de courir les rues avec une caisse en chantant des requiem des chansons profanes…Ce sont pourtant vos officiers, vos guides, vos maîtres qui vous le donnent, voila l’effet de la Révolution ». Et il continua ainsi sa mercuriale contre les nouvelles mœurs politiques concluant « Ne leur ressemblez point mes enfants, ils n’ont point de religion, ce sont des impies qui troublent les morts dans leurs tombeaux. Soyez bons chrétiens » On est bien dans cette approche que nous avions aperçu de la mauvaise humeur qui s’était emparée des pasteurs ayant perdu leur autorité !

Jureur et contre-révolutionnaire

Mais il ne s’en tint pas là. Du refus à l’ attitude contre-révolutionnaire, le pas fut allègrement franchi. Dans le procès, le même témoin de dénoncer le parti que constitue ainsi le curé en même temps que la triste posture où se trouvent placées municipalité et garde nationale réclamant que la justice sévisse contre un semblable séditieux «  Il aurait affirmé qu’il faudrait bientôt remplacer le Te Deum par un de profundis,  ayant appris à Saint-Barthélemy qu’il y avait 117000 émigrés rassemblés à Coblentz soutenus par les puissances étrangères et particulièrement la Russie et la Suède ». Tout cela pouvait bien être loin de la vérité : dit par le curé, cela avait de quoi impressionner. Et l’accusateur public de conclure le 9 octobre sur ces paroles : « Elles sont impardonnables dans un prêtre non conformiste. Vous sentez bien combien elles sont coupables dans un homme qui a prêté le serment exigé par cette constitution qui doit faire le bonheur de tous les citoyens ». Cité à comparaître, le curé, bien calé dans ce qu’il estimait être son bon droit, remit le texte de son prône qui montre l’exactitude des témoignages à charge. On en retiendra ce passage « Que veulent donc ces prétendus docteurs avec leur égalité qu’ils prêchent si ardemment ? Le voila : ils veulent être égaux à tout le monde, c’est-à-dire qu’ils ne veulent reconnaître ni autorité, ni supérieurs et être indépendants ». Soit l’exact inverse de l’ancien ordre des choses où le curé représentait l’autorité d’En Haut et d’ici-bas. Nouveau témoignage du mal être des curés vis-à-vis du nouvel ordre de choses dira-t-on. Alors pourquoi le serment (et pourquoi pas sa rétractation) si l’on rejetait le nouveau cours des choses ? On voit bien qu’il pouvait ne représenter aucune adhésion au nouveau cours des choses mais une manière de s’assurer une tranquillité à l’abri des tracasseries des autorités. Ces bons curés du Nontronnais étaient bien chez eux et entendaient le rester. Mais ils ne pouvaient plus y être maîtres et de cela ils ne voulaient point convenir.

Mais l’on ne s’en tint pas là. En fait, nous retrouvons Charron dans une affaire qui est jugée en juin 1792. Elle a pour cadre la paroisse de Champniers et comme premiers témoins les officiers municipaux et procureur syndic qui s’étaient affrontés à leur curé à l’automne précédent. Mais, en 1792 , Charron qui paré par son serment reste malgré ses propos dans sa paroisse se voit accusé. d’un mépris grossier pour le régime, clamant « que l’Assemblée nationale était un tas de fripons et d’ignorants et que la nouvelle constitution ne faisait que favoriser les ignorants pour les emplois d’aujourd’hui ». Il y ajoute son mépris pour l’évêque constitutionnel « ILl a dit qu’il ne voulait point connaître M Pontard que ce dernier n’avait pas plus de pouvoirs que son chien et qu’il ne voulait point de ses ordres ». Et pas à un paradoxe près, on voit ce jureur refuser les sacrements à ceux qui sont allés à la messe de curés assermentés. Les attendus rappellent que Charron a prêté serment dans les termes le 26 décembre 1790, qu’il l’a fait dans les termes et on présente un document officiel de Périgueux (sans précision) et qu’à la date du 15 juin 1792 il n’y a aucune trace dune rétractation de sa part !

Second aspect : la présence de l’ancien curé de la paroisse limousine voisine (éloignée d’une lieue précise-t-on) de Marval, Périgord qui a dû quitter sa paroisse faute de prêter serment et, plusieurs fois invité par Charron est venu lui prêter mainforte a fini par le rejoindre lorsque celui-ci a subit une attaque de goutte. Il l’a notamment confessé, ceci sans autorisation mais nie que les usages rendent celle-ci nécessaire. Quand on l’interroge sur les propos que les témoins lui prêtent dans le confessionnal, il refuse de répondre au nom du secret de la confession. Un autre prêtre du Nontronnais est venu les rejoindre, lui aussi réfractaire le curé de Labre en Charente originaire du Nontronnais. Le procureur de la commune de Champniers demande six mois de prison et 50L d’amende contre Périgord mais le juge de paix requiert que Périgord soit traduit devant le juge du district devant lequel il nie tout propos tant contre les assermentés l’évêque que les députés. On ne sait s’il fut finalement condamné.

Le troisième aspect est l’intense circulation des fidèles entre les paroisses. Quand l’origine des témoins est mentionnée ou les messes qu’ils fréquentent on voit évoquer Saint-Barthélémy, ²Saint Matthieu, Busseroles, Maisonnais, voire Augignac. Or toutes ces paroisses sauf Maisonnais sont occupées par des assermentés. Ce qui vaut à ces paroissiens de se voir refuser la confession. C’est d’ailleurs souvent au cours de celle-ci que se réalise l’interrogatoire des paroissiens (souvent des femmes) qui s’entendent dire « qu’ils ne sont nantis d’aucun pouvoir, caractère ni fonctions du ni fonctions du sacerdoce qu’il n’appartient qu’aux seuls Durepaire et Périgort d’administrer et célébrer les mistaires ou sacrements et quiconque en usera autrement demeurera éternellement damné ».Le réquisitoire porte cependant essentiellement contre les deux autres prêtres et Charron n’est cité qu’à tire de complice alors qu’en tant que curé il porte, au plein sens du terme, la responsabilité de ce qui se passe dans son église. On reste confondu par la confusion qui règne ici et qui voit l’assermenté Charron user des termes des réfractaires pour juger des actes de ses paroissiens !

De sorte que l’on est en droit de s’interroger sur le jeu compliqué des acteurs. Du curé d’abord qui quand il dénonce ses confrères assermenté, une paroissienne réplique à Périgord « que sieur Charron avait bien fait le serment il répliqua qu’il n’avait point voulu le faire » et à une autre « qu’il n’avait point voulu le faire et qu’il n’avait fait que semblant ». Mais la paroissienne l’avait suffisamment embarrassé pour qu’il décide à la fois de lui pardonner d’aller aux messes de Saint Barthélémy et l’envoyer à la balustrade pour recevoir la communion.

On perçoit bien ainsi la dénonciation jacobine contre le double jeu de curés qui s’autorisent, s’appuyant sur leur serment, à entretenir une opinion contre-révolutionnaire. A noter qu’il reste en fonction et prête le serment de 1792. Il finit par abdiquer sous la Terreur mais il est emprisonné à Nontron pendant une quinzaine de mois pour avoir, nous dit R Bouet « tourné les lois en ridicule ».

Et que penser enfin des choix des paroissiens ? Pourquoi ces changements de paroisses. Esprit patriote qui les conduits vers des curés plus ouvertement acquis aux idées révolutionnaires ? Mais pourquoi alors revenir vers Charron avec la certitude d’être morigéné ? Reste la prescription religieuse : les Pâques sont d’obligation dans sa paroisse. On est là face à des attitudes qui montrent au moins la complexité des comportements religieux qui finissent par être ramenés à la règle d’une pratique mieux ancrée qu’on ne le pense parfois. La religion populaire a intégré des pratiques qui expliquent la résistance du catholicisme tridentin à la déchristianisation. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

 

ANNEXE 3 : l’AFFAIRE DU LOGOGRAPHE

La lettre au roi du 15 mai (ADD 1 L 159) est écrite en réponse à Chrétien, procureur de la commune de Périgueux. Elle le dénonce pour s’être présenté comme député de la commune « s’entourant de plusieurs quidams ramassés dans les boues de la capitale pour donner à la scène un air de députation…outrage si sanglant contre les législateurs qu’il trompait »

Suit un tableau à charge des actions de Chrétien « …Né sans fortune, le sr Chrétien ne payait pas la contribution pour être électeur, cependant il fut élevé par ses intrigues à cet emploi lors des premières assemblées primaires (en mai 1790)…Il fut jugé inéligible à l’électorat (lors de l’assemblée de juillet 1790) et conçut dès ce moment une haine implacable contre le membre chargé de rapporter son affaire et depuis elle n’a fait que s’accroître.

Peut-être l’aurait-on vu s’apaiser lors des adjudications des biens si le Directoire l’avait laissé jouir sans exiger le paiement des biens immenses dont il avait osé sa rendre acquéreur. Mais fidèle à ses devoirs et sincèrement attaché aux intérêts de la Nation, le Directoire a fait poursuivre contre cet acheteur la folle enchère de la plupart des biens qu’il s’était fait adjuger. La chartreuse de Vauclaire et ses dépendances est une belle proie que l’ardent patriotisme du sr Chrétien avait voulu dévorer. Cet objet vaut plus d’un million, le sr Chrétien l’avait eu pour 560 000 livres .Les vices des formalités dans l’adjudication, les vices de l’adjudicataire, furent dénoncés. Le Directoire déclara la vente nulle, l’affaire portée à votre conseil n’a pas eu pour le sr Chrétien une issue plus honorable. Il en fallait moins pour allumer sa rage contre nous ». Le Président de l’Assemblée nationale semble l’avoir prévu dans sa réponse à cet étrange orateur « La délation peut être utile quand le seul bien public en est le véhicule mais si la vengeance, mais si la haine viennent à la produire elle est un crime détestable » Gensonné.

« Vous connaissez l’esprit de la fougueuse harangue qui nous inculpe...Les chefs d’accusation se réduisent à 3  : 1-le Directoire ne prend aucune mesure mâle pour le paiement des contributions publiques 2°Il tient des séances secrètes 3°Il protège 600 Prêtres fanatiques.

Il n’est pas de département qui ait pris des arrêtés plus vigoureux ni de mesures plus multipliées et plus actives pour le recouvrement que le département de la Dordogne. Si nous pouvions insérer dans cette adresse notre correspondance avec les directoires, l’impudeur du sr Chrétien à nous taxer de négligence soulèverait tous les amis de la vérité…Mais sans cette correspondance, nous avons au moins des preuves suffisantes de notre zèle : par un arrêté du 31 décembre 1791, imprimé et envoyé aux directoires et municipalités nous avons pressé le recouvrement des rôles d’acompte et M Tarbé, ministre des contributions, convaincu du bien qu’il avait produit, nous écrivit la lettre la plus flatteuse. Par un autre arrêté du 7 février dernier sur les contributions foncières et mobilières et perfectionner l’établissement des patentes. Si d’après ces mesures le recouvrement des contributions ne s’est pas fait avec célérité, ce n’est pas notre fait. Les rôles de 1791 sont une opération tout à fait nouvelle, les municipalités n’entendant que peu les lois sur les diverses natures des subsides, ne marchant qu’en tâtonnant et n’avançant pas beaucoup leurs opérations de contributions ce n’est pas seulement dans le département que ces lenteurs se font sentir. Mais le sr Chrétien qui veut prendre absolument la tutelle de la patrie, lui procureur de la commune de Périgueux, quels efforts a-t-il fait, quelles précautions a-t-il prises ? Absolument aucune ; et cependant, courbé sous le poids d’une négligence reconnue, il ose se montrer au corps législatif, déclamer contre des fonctionnaires qui n’ont à se reprocher que leur indulgence à son égard.

Qu’il ose assurer un fait nu, un fait simple, qu’il ose dire que nos séances sont SECRETES, c’est porter l’impudence à sa dernière période…Nous attestons sur notre honneur et notre probité que jamais nous n’avons délibéré secrètement, nous attestons que notre salle du conseil, ouverte à ceux qui sont curieux d’entendre nos discussions…Dans les temps froids nous avons délibéré quelquefois dans nos bureaux l’entrée en a toujours été libre. Nous pourrions peut-être avancer que la publicité de nos séances n’est ordonnée par aucune loi ; mais glorieux des suffrages du peuple qui nous a nommés ns aimons à nous entourer de nos concitoyens et ne sommes jamais plus heureux qu’au milieu de nos frères »

« La dernière inculpation est plus atroce que les deux premières, elle est tellement complexe qu’elle ne peut-être détruite ni par une dénégation ni par une preuve négative. Elle est de ces calomnies qui peuvent sans la cerner embrasser l’innocence. Nous allons pourtant répondre que nous haïssons autant le fanatisme que nous aimons le bon ordre et la tranquillité. Nos principes ne sont pas de distinguer dans l’administration proprement dite ni le prêtre, ni le sacerdoce, nous ne voyons partout que des citoyens dont nous avons juré le maintien de la sûreté quand nous avons juré la Constitution. Nous pensons aussi que la Déclaration des Droits de l’Homme élève l’opinion au-dessus du pouvoir des hommes et qu’il n’est permis de punir que ses effets quand ils troublent l’ordre public. Ainsi, quand on nous a dénoncé des attroupements dirigés contre un de ces prêtres, nous n’avons vu que des citoyens en péril et pris des mesures pour les sauver. Ainsi quand un prêtre s’est permis de troubler l’ordre par des sermons, ses propos ou ses actions, nous l’avons dénoncé devant les tribunaux et fait poursuivre non comme prêtre mais comme perturbateur. Il en est même que nous avons dégradés civiquement tout en les envoyant en justice lorsqu’ils ont été convaincus d’avoir manqué d’une manière grave aux pouvoirs constitués. Tel est l’arrêté que nous avons pris le 29 mars dernier contre le curé de St Crépin de Bourdeille...Si c’est là protéger les prêtres,on conviendra que notre conduite n’est pas celle des amis du fanatisme. Qu’on jette les yeux sur ce vaste département et sur plusieurs autres, on verra la paix chez nous …Mais pourquoi cet homme parle-t-il de 600 prêtres fanatiques ? Ce nombre est à coup sûr le produit d’une imagination perfide. Il n’est peut-être pas 200 prêtres insermentés dans ce département et la plupart sont ignorés tant leur conduite est paisible. Pourquoi le sr Chrétien parle-t-il de protection ? Sire, nous ne protégeons personne, les lois protègent par notre organe…ces sentiments désolent les factieux. Par cette ardeur civique, nous avons cent fois renversé leurs projets détestables..Nous savons que le sr Chrétien ne peut nous le pardonner mais sa haine nous honore trop pour chercher à l’éteindre…

Toute la France sait qu’on nous a calomniés, la municipalité de Périgueux, indignée qu’il eut osé se couvrir de son nom pour nous outrager sur un des plus grands théâtres du monde, s’empressa de nous envoyer deux députés pour nous témoigner sa douleur et son indignation, l’arrêté pris à ce sujet le 13 février du Directoire et signé d’un député est une preuve irréfragable de l’imposture du sr Chrétien. Enfin, par une lettre imprimée au logograhe n°53, par une autre adressée a l’Assemblée Nationale le corps municipal a renouvelé son désaveu.

Lettre à Roland, ministre de l Intérieur qui indique l’envoi avec pièces justificatives.

 

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III - UN MONDE RURAL QUI S’ « OPINIATRE » ET DIVISE LES PATRIOTES

Nous voici ramenés à travers la lecture de ces faits à nos questions initiales et d’abord à la première : que nous disent-ils sur la part que prirent les paysans dans leur émancipation ? Et quel rôle joue-t-il sur le positionnement politique d’une bourgeoisie appelée à avoir sur le contexte national, notamment par le vote, un rôle dans l’évolution politique ?

A - Des ruraux qui s’ « opiniâtrent » 

Il faudrait d’abord examiner le comportement politique des campagnes du Périgord à la lumière d’un triple critère. Le premier est son écrasante domination numérique : J-.P.Poussou1a montré qu’il représentait, en 1806, 95,2% de la population totale soit un pourcentage qui le place au deuxième rang sur le plan national. Même si ce chiffre inclut de petits bourgs comme Thenon qui sont plutôt un relais de l’action urbaine, ce poids donne une sorte d’épaisseur qui le rend plus facilement imperméable aux décisions venues des villes et rend celles-ci plus vulnérables. Le grand retard du département en termes d’alphabétisation 2 ; à ceci s’ajoute, dans des conditions statistiquement non mesurées3, la faiblesse de la pratique de la langue française dès que l’on dépasse le stade du concret4. Tout cela donne crédit à a notion de comportement « infrapolitique ».

Reste à savoir comment il fonctionne dans les événements que nous avons présentés. Il nous semble en fait relever d’une autre idée la révolution : il n’est pas au point de départ d’une construction nouvelle comme pour ceux que nous qualifierions d’insiders mais une sorte de point d’arrivée qui fait de l’été 1789 une fin. En somme le monde rural interprète la notion d’Ancien Régime au plein sens du terme et en tire les conclusions sur deux plans : la fin de la société d’ordres d’où l’obstination à supprimer bancs et girouettes, partant la fin des prélèvements féodaux ce qui ne signifie nullement remise en cause du droit de propriété. Agissant ainsi ils ne s’excluent pas du jeu politique comme en témoigne le rapport à l’idée de loi, la lei comme l’a si fortement souligné Jean Boutier dans la cadre du Limousin5. Mais il n’y a de loi que légitime celle qui établit le droit contre le non-droit fruit des usurpations tant de foi portées devant les tribunaux. La première question est celle du rapport à la loi écrite telle que nous le voyons s’établir au sujet de la rente. Il est clair qu’il y a eu coïncidence entre la première proclamation de l’été 1790 qui proclame que le régime féodal est irrévocablement aboli qui relève d’une approche simple qu’ont pu relayer les annonces des curés au prône. Il a été vécu comme relevant de la justice qui constitue la référence et concrétise l’idée même de révolution en ce sens qu’il rejoint le refus déjà amorcé au nom du déni de justice que constitue son augmentation insupportable telle qu’elle existe ou est ressentie. C’est un thème ressassé dans les cahiers de doléances et que l’affaire du notaire Virideau, ce faussaire réputé de la fin des années 1780 a conforté6.D’où la décision non seulement de ne plus payer mais d’exiger sa remise ou ensuite les arrérages pour ceux qui l’ont perçue. On notera que mention est faite de plusieurs opérations de rénovation des terriers interrompues après le 14 juillet ce qui montre que l’on n’a même pas besoin d’attendre le 4 août pour comprendre qu’une page est tournée. La grande peur en revanche ne suscite que des mobilisations sporadiques sans qu’on s’en prenne aux châteaux ni aux rentes. Mais dès l’hiver la résistance est en place.Il s’agit plus d’une contre-offensive que d’une résistance à priori : les longs défilés qui conduisent aux châteaus visent pour les paysans à récupérer leur bien dans les greniers seigneuriaux. Les mouvements paysans sont toujours motivés par cette récupération, en 1790 ou en 1791 à moins que puisse être établi sur des documents authentiques (pas les lièves mais le document originel issu des terriers qui font l’objet de pillage autant pour les utiliser pour montrer leur bon droit que pour les piller ). C’est tout le sens du dialogue déjà entrevue entre les paysans de St Martial et la comtesse de Cherval. A partir de là, les lois votées à Paris, en contradiction avec le premier principe du 4 août, sont forcément illégitimes et incompréhensibles à tous les sens du terme et leur annonce par le curé ou le maire le fruit d’un détournement et d’une perversion de la loi à laquelle il faut substituer une expression juste parce que venue dit le tailleur de Saint Aubin de la « Basse nation » fondée sur des principes justes : « plus de rente » en 1790 ; partage intégral de la production de la métairie en 1791. Ces principes simples il s’agit d’y obtenir le ralliement des collecteurs. De ces principes pourrait-on dire qu’ils rappellent les principes de l’économie morale de la foule évoqués par Tilly a propos des questions de grains ? Ils construisent un langage et une action dont il est contestable infra-politique  dans la mesure elle relève d’ une autre ligne révolutionnaire dans laquelle le verbe joue la fonction d’intimider l’adversaire sur la base d’un discours réduit au minimum et appuyé sur des symboles comme le mai et ses attributs ou la potence. Mais il est important que si la menace est proférée très haut parfois de façon suggestive (« il y aura des chapeaux de reste » « il y aura du pain cuit de reste ») elle ne s’accompagne de façon que très limitée des actes : au même moment où les exécutions se multiplient dans les mouvements urbains, il n’y a aucune trace de meurtre durant ces mois de révolte. Pas plus d’ailleurs que de condamnation à mort. C’est probablement une des conséquences d’action dans un monde où les rapports sociaux engendrent de forts ressentiments mais ne sont pas fondés sur des haines inexpiables. Cela nous invitera à évaluer la nature de ces rapports et la place qu’ils laissent à la négociation. Ils interrogent aussi sur la fatalité du dérapage.

C’est pourquoi mouvement s’inscrit sous nos yeux dans le cadre paroissial quand le soulèvement croquant s’appuyait sur une armée de paysans qui convergeaient de différents villages vers les villes relais de l’administration fiscale. La raison en est que la solution est d’abord entre les mains du seigneur ou du propriétaire local qu’il convient de faire capituler. C’est le deuxième aspect d’une approche infra politique : non plus les principes chers aux membres des sociétés populaires mais la réalité concrète. Or à ce stade, deux remarques s’imposent. D’abord sur le fonctionnement du cadre paroissial puis communal dans lequel ce refus s’exprime qui est un cadre conquis. Changement de langage et changement d’échelle : à l’été 1789, l’annonce de la Bastille et Grande Peur ont brisé les liens ( ou si les écoute, « les chaînes ») de l’Ancien Régime, libérant le village de toute tutelle administrative et économique (le village pouvait désormais retenir sa production malgré la loi de libre circulation des grains) . On voit bien dans les villages que nous avons parcourus que les élections municipales qui auraient dû réinstaller le village dans les structures administratives régionales et locales n’y ont rien fait. Car les officiers municipaux, interlocuteurs de l’administration sont désavoués des deux côtés : les registres des districts sont plein de l’exaspération des administrateurs qui ne parviennent pas à obtenir la coopération de municipalités qui, incapacité le plus souvent (revoilà la question de l’analphabétisme) ou mauvaise volonté ; mais on on l’a bien vu dans les multiples affrontements rencontrés l’hostilité aux élus locaux .Ce fonctionnement se réalise d’autant mieux que disparaît la maréchaussée et que fonctionnement de la gendarmerie qui tarde à se mettre en place est nettement moins répressif et efficace. L’ordre ce sont désormais les gardes nationales qui le font appliquer et ont les voit agir dans des affaires de faits divers villageois. Mais ces soldats défendent l’ordre qui leur paraît juste et donc, on l’a vu, met en scène la revendication populaire. Le tocsin règle le rythme (au point que son usage est interdit dans le district de Bergerac en août7) d’où nous l’avons vu le rôle des marguillers dont le nomination est parfois l’objet de vifs affrontements. La cible des gardes nationales est ceux qui désobéissent à la loi qu’elles ont proclamées, qu’il s’agisse de ceux qui lèvent des droits indus ou ceux qui les versent. D’où une sorte de frontière entre le monde qui répond à la structure administrative et celui qui la rejette : la frontière s’installe entre les municipalités et les officiers des gardes nationales d’une part issus de la bourgeoisie villageoise, les gardes nationaux et la paysannerie. Le monde intermédiaire des artisans ou des cabaretiers joue en la matière un rôle important : présent dans la garde nationale et maniant souvent les deux langues il fonctionne comme une courroie de transmission au sein d’un monde rural dont il a l’oreille et assoit sa légitimité sur la transmission de documents administratifs au moins commentés sinon interprétés.

La question des métayers :

La question des métayers qui est ici centrale est tout à fait importante au regard de l’importance qu’ils occupent dans les campagnes du Périgord au XVIII° siècle. Il nous manque sur ce sujet une étude approfondie comme celle qu’a récemment proposée pour le Limousin Jean-Paul Delhoume8. En revanche se sont accumulés les truismes sur ce mode de faire valoir, notamment de part des agronomes de la période dont le plus célèbre est Alain de Fayolle9. Dans ce contexte, l’été 1791 pose une question nouvelle : celle des métayers et du contrat de propriété. La place des métayers dans la communauté rurale est l’objet de débats. Pour H Delpont qui voit en eux un sous-prolétariat , ils vivent aux marges du village un peu comme des pestiférés10. Les faits que nous retrouvons ici montrent qu’ils bénéficient au moins de la solidarité du monde rural. Leur statut est l’objet d’incessantes controverses. Le contempteur le plus connu de ce mode de faire valoir est André de Fayolle qui dénonce en lui une des causes les plus certaines de l’archaïsme agricole du Périgord comme il dit son mépris pour la culture du maïs que les paysans ont adopté du fait de l’intérêt qu’il présentait en termes de rendement. On peut à ce sujet se demander si la vigueur du réquisitoire ne tient pas à l’ampleur des exploitations mises en métayage : pour le Limousin voisin, JP Delhoume, le terme de domaine est souvent synonyme de métairie, d’exploitation complète et que ce pourrait être le cadre d’une tout autre agriculture ! L’étude du village de Saint-Martin-le-Pin à travers les registres comptables des fermiers du marquis de Verteillac, où la vente des biens nationaux montre des domaines dits « à deux paires de bœufs «   qui dépassent vingt hectares dont une quinzaine en terres labourables. Même si deux familles vivent sur une telle exploitation on peut admettre que le reste à consommer vaut bien celui des petites exploitations de quelques journaux !

Un autre point de repère de la situation des métayers nous est donné par les registres de taille. Nos sources dans ce domaine ont beau être limitées, elles donnent une hiérarchie de versement en tête de laquelle figurent des métayers qui au terme des contrats paient une taxe d’exploitation souvent supérieure à 50 livres quand la charge des petits propriétaires est de quelques livres 13. D’où d’ailleurs les remarques scandalisées des municipalités dans l’enquête de 1790 qui voient surgir le poids politiques de non- propriétaires dans un système bâti pour les exclure14. A Saint-Martin-le-Pin15 nous avons pu établir un état de la situation qui montre leur place , leur rôle et leur assise : ainsi de ce métayer qui reçoit un cheptel d’un montant de 415 L et 12 sacs de semence en 1747.16 Quant au « Petit Monsieur » qui est en première ligne en 1791, le logement la description de l’habitation montre aussi qu’il est bien mieux loti que les petits propriétaires :17 il gère une exploitation de 23 hectares dont la moitié en terres labourables et dispose de plusieurs paires de bœufs. Certes, les situations sont diverses18 et inclut les sous-métayers au sort peu enviable que sont les bordiers. On notera par ailleurs, traduction de situations plus ou moins stables que sur les listes des doléances ou celles des actifs présents aux élections primaires de 1790 ou 1791 on écrit tantôt le nom suivi du titre de métayer ou tantôt «  le métayer de M » ce qui évoque des statuts différents19. Il faudrait aussi se demander si la situation ne s’est pas dégradée au XIX° imposant du métayage une image que fait entrer dans le roman le Jacqou le Croquant d’Eugène le Roy.

Il est cependant une autre approche qu’il faut examiner, c’est celle que décrit Hubert Delpont qui évoque un « sous prolétariat »  « ceux qui par opposition aux autres couches sociales n’ont rien, ceux à qui tout est interdit » et vis-à-vis desquels « les propriétaires ne lâchent rien et se refusent à toute concession »20. Le tableau que nous en avons fait est évidemment en fort décalage avec cette vision. Il faudrait y ajouter un autre aspect. Au cours du XVIII° siècle s’est produit une ouverture commerciale que les propriétaires ont pu exploiter en intensifiant leur coopération avec leurs métayers comme en attestent les livres-journaux nontronnais de Saint-Martin ou de Saint-Saud autre lieu concerné par les révoltes21. A l’heure où s’ouvre au Limousin le marché parisien qu’a étudié R.Abad22 et dont JP Delhoume a montré les répercussions régionales, s’installe au nord du Périgord un réseau de foires dont profite la spécialisation dans l’élevage et dont les bénéfices se partagent entre partenaires qui fréquentent ensemble ces marchés. D’ailleurs les métayers bergeracois eux-aussi ne sont-ils pas, en 1791, en quête du  «  blé fin » et donc marchand ?. Faut-il ajouter que si les métayers subissent la routine, d’autres s’en écartent au point que lorsque le conseil général de la Dordogne décide d’honorer un agriculteur exemplaire, en 1791 c’est un métayer qu’il choisit.

Que dès lors les propriétaires voient venir avec inquiétude leur rébellion paraît logique d’autant qu’encore une fois c’est du contrat de propriété, sacrée entre tout, dont il s’agit. Qu’ils refusent tout compromis relève d’une vision de l’histoire où seul existe le conflit de classes. Nous y reviendrons. Ne terminons pas cette approche sans avoir remarqué la place des femmes parmi les propriétaires menacés. Ont-elles été attaquées pour leur faiblesse présumée ? Il ne semble pas qu’elles aient cédé plus facilement que les hommes ni qu’elles aient été moins promptes à se défendre. Elles donnent en tout cas une image suggestive de la place des veuves dans la société rurale. Elles appartiennent à ces bourgeois ruraux rentiers que nous avons aperçu au moment des doléances dont il faut étudier le comportement.

B - Comment être un bourgeois rural ?

1-Des relations moins conflictuelles qu’il n’y parait

Pour comprendre ces attitudes il faudrait distinguer les bourgeois résidents et les forains ce que nous ne pouvons faire. Globalement cependant, nous l’avons vu à plusieurs reprises, leur attitude nous paraît au moins nuancée. Même s’ils en appellent à la justice, beaucoup sont prêts à la conciliation. La situation des villages telle que nous l’avons montrée les plaçait dans un certain état d’isolement qu’accentuait la disparition de la maréchaussée. Repli tactique en attendant des jours meilleurs ? Alors comment dans leur faiblesse les municipalités auraient-elles tenté de trouver des accords, attitude condamnée par les districts ? Mais ces propriétaires qui cèdent le font en toute conscience, prêts à choisir la « loi » de leur métayer contre celle de l’Etat. Ecoutons les membres des Jacobins de Nontron venus à la réunion de la Société de Périgueux, le 21 août, après l’appel à la mobilisation du département « Un d’eux a dit que les ordres du département arrivés dans leur ville avaient porté l’effroi dans les âmes et que de suite ils avaient député à l’administration pour la prier de suspendre encore quelque moment la marche de la force armée pour tenter de ramener dans la bonne voie nos frères les brebis égarées ..Dans plusieurs cantons plusieurs propriétaires avaient de bonne grâce fait cession à leurs colons des rentes en leur disant que la loi le leur défendait »23. Et cet abandon pourrait-être le moyen de porter un nouveau coup aux droits seigneuriaux. Ce propriétaire de Mussidan ne dit pas autre chose quand il souligne que si son métayer avait raison, « cela lui ferait gagner cent écus »24 ; tel métayer promet de rembourser la rêve si le propriétaire payait25. Le réalisme semble donc l’emporter dans la bourgeoisie rurale, réservoir d’électeurs faut-il le rappeler et qui est fort capable de négocier avec ses métayers26. Peut-elle d’ailleurs aller se féliciter publiquement « qu’il n’y a plus de messieurs » comme le rappelle un accusé27, et faire comme si elle pouvait percevoir l’équivalent de la rente qu’elle refuse elle-même même contrainte.

2-Les clivages de la bourgeoisie urbaine.

On oppose généralement deux bourgeoisies : l’une modérée et peu décidée à céder au monde rural, quitte à abandonner ce qu’on avait appelé le « compromis de 1789 » la liant aux paysans contre l’ennemi commun qu’est la noblesse, ce qu’une autre plus révolutionnaire serait prête à concéder scellant ainsi la nouvelle alliance de la bourgeoisie radicale avec le monde rural. Il nous paraît que, comme en 1790, ce sont d’autres types de clivages qui l’emportent.

Les registres des districts font bien apparaître deux types de comportements. Voici le cas de Bergerac. Derrière son député Pinet de Saint-Nexans, la bourgeoisie protestante domine la ville après la chute des Biran. C’est que montre l’étude de Michel Combet28. On voit son attitude « républicaine » au sens traditionnel du terme sur des questions comme celles de l’émigration, du serment ou de l’éducation . La radicalité de sa lettre à l’Assemblée après Varennes et l’appel à la Terreur est très suggestif, nous l’avons vu Or cette bourgeoisie est intraitable avec les paysans :leur soulèvement est incompatible avec la Révolution. Dès lors les qualificatifs les plus noirs pleuvent contre ce monde capable de tous les excès et on ne lui reconnaît même pas la circonstance atténuante d’être manipulé par l’aristocratie. On retrouve le même type d’attitude à Montignac, dans la bouche de l’accusateur public, Lafleunie qui s’insurge contre la municipalité de Plazac.

Périgueux montre un autre visage. Il y a bien deux camps. Mais leur attitude se veut d’abord celle de la compréhension. En réalité l’attitude des administrateurs est celle d’hommes déroutés et réduits à en appeler aux paysans dans des termes qui montrent le fossé qui les en sépare « Descendez dans vos cœurs vous trouverez qu’il est de droit naturel que chacun dispose à son gré de l’héritage de ses pères. Eh nos amis, doutez-vous que le nouveau régime soit préférable à l’ancien. Sous l’Ancien Régime ce n’était guère que parmi vous que régnait la crainte ingénue, les bonnes meurs, la probité réelle. Le nouveau régime va répandre ces vertus agreste et sociales au fond des villes jadis corrompues..29. »

Cette vision rousseauiste d’un monde rural irénique n’est pas loin d’être celle des Jacobins qui comme Lamarque ne cessent d’en appeler à la conciliation30.Mais vient le moment où la situation prend un tour critique. C’est Pipaud qui se fait nommer commissaire du district pour rétablir l’ordre chez « les frères égarés » des campagnes environnantes probablement pour contrôler et limiter la répression. Mais les divisions de la Société des Amis de la constitution de Périgueux sont profondes. Elles s’incarnent dans la garde nationale issue de l’ancien Conseil des communes de Périgueux : celui-ci disparu, elle n’a cessé de multiplier les obstructions contre la mairie. Elle est composée de ce petit monde des artisans qui tranche avec celui des autres villes31. C ‘est cette même garde nationale que le directoire accuse à demi-mots d’avoir été complice de l’invasion de Périgueux par les gardes nationales des campagnes voisines le 7 juin32. Comme elle est, avec la gendarmerie trop peu nombreuse, l’instrument de répression indispensable on la fait consulter par le district sur ses intentions éventuelles quant aux opérations de rétablissement de l’ordre. Elle affirme sa loyauté aux pouvoirs établis mais dès le retour aux Jacobins « le frère Duroc s’est plaint amèrement de la conduite tyrannique qu’avait tenue certains citoyens des détachements »33. Mieux encore. Lorsque l’ordre est rétabli à Ribérac, le district convoque les soldats défaillants du 21 août, surtout des artisans d’ailleurs pour les sermonner devant la garde de Périgueux. Duroc intervient à son tour mais c‘est pour reprocher à ces mêmes gardes nationales leur passivité devant cette semonce. Enfin, témoignage isolé mais position riche d’avenir : la protestation à l’assemblée déjà évoquée de Chrétien contre l’incarcération des paysans saisis.

On le voit la situation obéit à tout sauf à des critères préétablis d’alliances objectives ou circonstancielles. Elle nous paraît chargée de contours culturels qui disent la différence entre deux villes comme Périgueux et Bergerac et ces différences déterminent leur lecture des événements et leur mode d’action. Une vraie géopolitique du département à partir de l’étude des comportements de districts reste à dessiner : elle montrerait à la fois l’influence des cultures et des leaders comme le montre le cas de Lacoste à Montignac

Au total, l’été 1791 est à mi-chemin entre une guerre des châteaux qu’a ravivée Varennes et un affrontement entre propriétaires et paysans locataires. Il nous paraît cependant qu’il existe dans le monde rural de nombreuses passerelles dont témoignent les multiples tentatives d’accord entre propriétaires et locataires du sol, le tout à l’écart de lois que la bourgeoisie urbaine défend comme elle le peut. Mais nous ne pensons pas, comme Anatoli Ado, que « la pression populaire n’avait obtenu aucun résultat » : les faits montrent que 1790 avait approfondi une déstabilisation du système seigneurial entamée avant 1789 et que la stratégie de l’obligation au seigneur de prouver son droit se montrait payante. Trop d’indices montrent le recul accéléré du paiement de la rente et significativement 1791 clôt le temps des grands mouvements ruraux en Dordogne sur cette question. Il nous semble donc, avec YM Bercé, pouvoir affirmer que «la pression acharnée des paysans a joué un rôle décisif34.Il n’est donc pas sûr que les paysans aient attendu la Convention pour se libérer du joug seigneurial comme le pensait Bussières !

Difficile par ailleurs de penser que la question paysanne n’ait pas joué dans les votes des électeurs en septembre 1791 où la bourgeoisie s’est partagée entre modérés et futurs montagnards dans un scrutin qui, à son terme, ne rassemble guère que la moitié des électeurs. Ces deux tendances pourraient bien alors refléter ces différences de comportement et ces deux manières d’être et de régler une situation complexe face à laquelle la cohérence avait été loin d’être au rendez-vous.

Le discours ainsi développé aux accents d’un rousseauisme approximatif relevait d’une démarche qui témoigne de naïveté et d’une totale incompréhension d’un monde rural qu’on estime manipulé par ceux-là même qu’il ne cesse de poursuivre de sa vindicte (comme on ne cesse de lui reprocher) et qu’on infantilise en le rappelant à des lois, notamment sur la rente dont il estime qu’elles n’ont cessé de prendre «  le tien pour le mien ».

La question des gardes nationales

Cette répression pose justement la question des gardes nationales urbaines. Comme ce sont-elles auxquelles on a recours pour arrêter la rébellion à Montravel, on rappelle qu’il est nécessaire de leur fournir l’étape car elle est composée d’artisans évidemment hors d’état de soutenir les frais de leur entretien en campagne35.

Elles échappent souvent à leur chef comme le font celles des villages. Il faut entendre à ce sujet la déploration du commandant de Terrasson36 au soir des désordres qui, tellement choqué « par le manque de patriotisme » de ses hommes qui ont rejoint la rébellion vient donner sa démission.

Le cas de Ribérac est d’une autre nature : il relève de la désertion pure et simple ce qui conduit d’ailleurs à instruire contre eux ensuite mais ce sont des artisans qui reçoivent la semonce en place publique de Ribérac le 28 août. De la même manière le directoire de Périgueux qui a de très mauvais rapports avec la garde nationale de la ville entièrement acquise aux Jacobins insinue assez nettement que c’est avec la complicité des hommes de Duroc que les paysans ont envahi la ville. Et lorsque le 18 on proclame la mobilisation générale on s’inquiète de l’attitude de la garde qu’on fait consulter par le district pour savoir si elle est prête à marcher37. Sur quoi elle donne son accord. Mais Duroc n’est pas prêt à tout assumer. Lorsqu’en place publique de Ribérac on tance les gardes nationaux défaillants,, il prend à son tour la parole pour leur reprocher de se laisser traiter ainsi et rappelle que les administrations sont sans pouvoir sur les gardes nationales38. Quelques jours plus tard il dénonce aux Jacobins de Périgueux les scènes de répression insupportables qui se sont produites dans le district.

D’où l’ambiguïté de l’approche politique qui se divise en trois versions en partant toutes de la même prémisse : le mouvement provient d’une manipulation contre-révolutionnaire et aristocratique. Pour ceux que nous qualifierons de patriotes de 1789 qui tenant les commandes de la majorité des instances administratives et sont déjà dans des positions conservatrices et dont le directoire du Département est la plus caractéristique  il y a le refus absolu des revendications paysannes arcbouté sur le respect de la propriété et du contrat qui définit l’espace politique justifiant le recours à la répression même si elle fait une tentative de conciliation que lui réclament les Jacobins. La position de ceux-ci affirme la nécessité du strict respect de la constitution d’où leurs réserves face aux attroupements. Et lorsque la répression intervient elle ne doit concerner qu’une poignée de troublions probablement stipendiés par l’aristocratie. Le représentant de cette tendance est Pipaud des Granges cheville ouvrière des amis de la Constitution. Sa place à la tête du détachement qu’il conduit pour mener la répression autant à rétablir ordre vise à s’assurer que l’action conduite et à laquelle participe en tant que capitaine de la gendarmerie le capitaine Beauvier de Bellevaux son vieil ennemi de la maréchaussée sera la moins violente possible. A cette approche se rangent la société des amis de la constitution du département et les jacobins légalistes qui contrôlent les gardes nationales. L’attitude de celles-ci pose d’ailleurs de vraies questions du fait de la fracture qui s’y installe. Et surtout une troisième position s’affirme du côté des Jacobins : elle est conduite à Périgueux par Chrétien et Villefumade futurs chefs de file des Montagnards locaux que rejoindrait Duroc : dès octobre, ils s’en prennent vivement au procureur du Roi, Mandavy qui n’a pas appliqué l’amnistie pour les « 60 laboureurs » détenus dans les prisons suite aux faits de l’été.

 

CONCLUSION

C’est dans ce contexte que se sont déroulées les élections législatives de septembre 1791. Elles soulignent évidemment l’évolution politique par rapport à 1789 avec un corps électoral d’électeurs qui doit être assez voisin et constitué de notables essentiellement propriétaires ou hommes de loi. Or si des libéraux figurent encore, ce sont surtout des Jacobins futurs Montagnards régicides que l’on y rencontre signe d’une vraie radicalisation de l’opinion publique. Il est probable que cette catégorie sociale dont René Pijassou39 a montré le rôle au nord du département en termes d’acquisitions des biens nationaux et d’élargissement de leur base sociale ait opté pour des hommes déterminés à assurer les acquis révolutionnaires que menace avec la montée des désordres l’aristocratie. Et le rejet de celle-ci est une base d’alliance dans le contexte d’une radicalité que souligne par exemple la lettre du district de Bergerac à l’Assemblée après Varennes, vrai réquisitoire contre le roi et la noblesse complice.

C’est en cela que la défaite des métayers ne nous paraît qu’apparente. Rien ne montre que les accords conclus pendant l’été aient remis en question et qu’il ait fallu attendre les lois de 1792 sur la suppression de la féodalité. La « basse nation » réalité politique autant que sociale représente aussi la capacité des campagnes à résister dans une tradition pluriséculaire en Périgord même si elle prend des aspects très différents des mouvements croquants. Elle annonce en revanche un tempérament politique que, via les élections de 1749, le suffrage universel conforterait . Peut-on dire qu’ainsi est née la tradition du « département de gauche » cher aux politologues contemporains  ? Dès 1793 ce sont 8 sur les 9 députés montagnards (un record en France) tous régicides qui sont élus et en majorité réélus.

 

 

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1 J P POUSSOU, Bordeaux et le Sud-Ouest au XVIII° siècle, croissance économique et attraction urbaine,Paris, Editions E H E S S ,1983
2 J P POUSSOU, Recherches sur l’alphabétisation de l’Aquitaine dans F.FURET et J OZOUF,Lire et écrire, l’alphabétisation des Français de Calvin à Jules Ferry, Paris, Ed de Minuit, 1977, p312
3 Reste la multitude des références à l’usage du patois et parfois du périgourdin notamment lors des assemblées électorales ou à l’église pour annoncer telle ou telle mesure
4 Voir ici le témoignage de l’abbé Fonvielhe, curé du sarladais en réponse à Grégoire dans M de CERTEAU, D JULIA, et J REVEL, Une politique de la langue, la Révolution française et les patois, l’enquête de Grégoire, Folio, 2002
5 J BOUTIER
6 G MANDON, 1789 en Périgord…, p30
7 ADD 3L8 13 août
8 J P DELHOUME, Les campagnes du Limousin au XVIII° siècle, une spécialisation bovine en pays de petite culture Préface Michel Cassan, Limoges,Pulim, 2009, p 115
9 A de Fayolle, Topographie agricole du département de la Dordogne, ci-devant Périgord, publié par J Maubourguet, éditions S.H.A.P. 1939, p 54
10 H DELPONT, la Victoire des Croquants…p 36
13 Guy Mandon, Quelques hypothèses sur l’état économique et social du Périgord à la veille de la Révolution, Le Périgord révolutionnaire, supplément au BSHAP. 1989, p491
14 ADD  7L28. Commune de Saint-Priest-de-Mareuil « Sur le nombre des citoyens actifs qui payent une contribution au taux fixé par l’Assemblée nationale pour être électeurs, il y a plus de 30 colons partiaires imposés seulement sous ce rapport sans avoir aucune propriété particulière »
15 Guy MANDON, A Saint-Martin le Pin au XVIII° siècle, Bulletin GRHIN, n°1, Nontron, 1980
16 Idem, p 25
17 « Une maison de métayer composée de deux embas, deux chambres hautes et greniers, four, charrière, grange, toit à brebis et cochon, jardin refermé de haies ». Les terres représentent 22 hectares.
18 Voir AM COCULA, dans A HIGOUNET-NADAL, Histoire du Périgord, Privat, p 219
19 ADD, 7L32 Elections en Nontronnais
20 H Delpont, La victoire des croquants, p 365
21 ADD 52G1, Registres de comptes du syndic-fabricien de la paroisse de La Coussière-Saint-Saud. Voir aussi Saint-Martin le Pin p 24
22 R ABAD, Le grand marché, l’approvisionnement de Paris sous l’Ancien Régime,le Seuil, 2002
23 ADD 13L13/3 21 août1791
24 ADD 18L38
25 ADD 13L13/2
26 Tel ce propriétaire de Saint-Agne qui déclare « Il dit qu’il avait été en usage de prélever une pipe de rêve mais dit qu’attendu la mauvaise année, qu’il fallait simplement prélever la semence et partager le reste »
27 ADD 18L38 Les Messieurs disaient qu’il n’y avait plus de seigneur et qu’il ne se payerait plus de rente et qu’il a entendu dire que le Sr Gendreau (président du distrit) tenait ce langage à Villefranche »
28 Michel COMBET,Jeux de pouvoir et familles, les élites municipales à Bergerac au XVIII° siècle, Bordeaux, F. H. S .0,, 2003, p465
29 ADD 1L158, 11 juillet 1791
30 ADD 13L12/2
31 ADD 13L12 3 23 août
32 ADD 1L157 : Car nous ne pouvons nous le dissimuler 200 habitants des campagnes ne se seraient pas permis de se rendre dans une ville défendue par une garde nombreuse bien armée si on ne les avait assurés de l’impunité.
33 ADD 9L6, 28 août Les membres du directoire « ont été bien surpris d’entendre tout-à-l’heure le Sr Duroc, prêcher à la sédition la garde nationale de cette ville qu’elle était bien bonne de s’être rendue pour se faire moraliser, qu’elle n’était point subordonnée aux corps administratifs et municipaux « etc..sédition et témoigne en l’exhortant « que dorénavant elle ne fut plus aussi agneau »A D D 19 L 76
34 .Y M Bercé, Révoltes et révolutions dans l’Europe moderne, XVI-XVII° siècle, Paris 1980, cité dans A ADO, Paysans en Révolution, p 19
35 «  il est indispensable de pourvoir à la nourriture des gardes nationaux la majorité étant des artistes hors d’état de faire eux même cette dépense »
36 « j’ai fait exécuter les ordres que vous m’aviez donné, la générale a été battue et vous avez vu combien peu de gardes m’ont obéi, je vois par là que j’ai cessé d’être agréable à la très grande majorité de la garde nationale, je vous donne une démission verbale réservant de la coucher sur les registres de la municipalité. » D’un même élan les officiers qui « se sont également plaints du peu de patriotisme de la plupart des soldats » donnent leur démission à leur tour vu leur trop petit nombre face aux attroupements.
37 Significativement pourtant une objection se lève qu’un des membres a représenté qu’il serait prudent de pressentir la garde nationale sur ses dispositions qu’il avait entendu dire qu’elle se déciderait difficilement à marcher contre les paysans dans ces circonstances. D’où l’idée de la consulter sur ses intentions dès le lendemain matin Périgueux « enjoint à la municipalité de cette ville de défendre provisoirement et jusqu’à la prochaine organisation de la garde nationale, tout rassemblement de troupes et particulièrement de la campagne sans autorisation préalable de sa part. »
38 d’entendre tout à l’heure le Sr Duroc commandant l’infanterie du détachement de la garde nationale de Périgueux prêcher la sédition à la garde nationale de cette ville et à celle qu’il commande en lui disant après la sage exhortation de M Saint Rome, commissaire du département, qu’elle était bien bonne de s’être rendue pour se faire moraliser, qu’elle eût à aller son train, qu’elle n’était point subordonnée aux corps administratifs ou municipaux, que la voix de ses officiers était la seule qu’elle doive entendre, que si dans ses fonctions elle a encouru quelque peine, c’est aux tribunaux qu’il appartient d’en connaître pour lui faire son procès, qu’enfin il ne fallait pas faire attention à ce que pourraient prescrire les corps administratifs qui cherchent à usurper toutes sortes d’autorité et que dorénavant elle ne fut plus aussi agneau.
39 La vente des biens nationaux eut pour résultat le constitution d’une couche sociale de maîtres du sol, riches bourgeois

 

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II - Métayers contre propriétaires : villes contre campagnes - Les désordres de juillet-septembre 1791 : un mouvement des métayers

La carte montre un mouvement qui dure environ deux mois de la mi-juillet à la mi-septembre , ne présente, à la différence de ce qui s’est passé en janvier-février 1790 aucune cohérence géographique et ne rencontre face à lui, sauf à Bergerac, qu’une réaction tardive des autorités

1 - Levée de boucliers contre la dîme à la mi-juillet.

A la mi-juillet 1791, les villages fêtent la fédération de manière très différente. Car c’est le moment où certaines municipalités publient les décrets sur la dîme  que, malgré sa suppression fermiers et métayers continueront de payer à leur propriétaire. Le dimanche le 10 juillet un tollé accueille à l’église de Saint-Martin le Pin en Nontronnais l’annonce du curé sur la dîme. Et alors que le maire réussit presque à calmer l’assemblée en annonçant qu’on s’arrangerait sur ce sujet,1 les métayers très nombreux dans ce village, portent l’affrontement sur le terrain de la rente. Les désordres se poursuivent le 14 juillet où les métayers refusent le serment au prétexte « qu’ils sont assez frères comme cela »,et le désordre reprend le dimanche suivant avec voies de fait. La justice est alors saisie sur plainte en date du 11 juillet.

A l’autre extrémité du département, à Lamothe-Montravel2, c’est le repas de la Fédération qui marque le début de l’agitation. On y décide la réunion de la garde nationale pour le 17 juillet. Ce matin-là, après une réélection des officiers qui sert de prétexte, l’agitation a pour objet le décret sur la dîme, le rejet du document municipal et la contestation du décret du district qui selon un des meneurs n’est que de la « feuille d’obier » destinée « à des choses malpropres ». Une expédition est organisée chez une propriétaire où l’on s’empare des rentes (quint et agriers que la propriétaire désigne sous le nom de champart) et des dîmes. La municipalité en appelle au district de Mussidan et la propriétaire porte plainte le 29 dans une affaire qui occupe les tribunaux en août.

2 - Affrontements à Bergerac au moment du « blé fin »

Entre le 1°et le 12 juillet c’est le district de Bergerac qui est touché et l’administration est la première à réagir. Elle dénonce, le 4,3 le refus des métayers de payer la rente et même la dîme »avec menace de pendre ceux qui se refusent à leur complot perfide4 » et passage à l’action. Le district s’alarme de la plainte d’une (encore une fois) propriétaire, la dame Babut de Mouleydier, par une vingtaine de personnes « armées de fusils » . Le district précise être informé « que la paroisse de St Aigne est le foyer par où ont commencé les horreurs et que dans cette paroisse et dans les environs il a été commis les même vexations » .Une semaine plus tard, tout semble rentré dans l’ordre puisque le district donne acte, le 12, « aux voituriers qui ont transporté les vivres, canons et munitions de guerre à St Aigne et dans s les environs, » nécessaires à plusieurs détachements qui s’étaient portés dans ce lieu et s’y étaient réunis pour dissiper les attroupements »

En même temps donc qu’une action très rapide, se déroule un très long procès d’un mois dont on peut retenir deux types d’informations5. D’une part l’existence d’une série de rumeurs antécédentes que les témoins mesurent en semaines au cours desquelles ont circulé des mots d’ordre que répercutent certains notables (comme le premier adjoint de Saint Aigne, par ailleurs électeur) et que transmettent les marguillers, chargés tantôt d’afficher l’annonce de la fin des rentes et tantôt surtout de sonner le tocsin de la mobilisation. L’instruction met d’autre part en scène de petits groupes de métayers qui ameutent leurs collègues jusqu’à ce que se forment des cortèges (les témoins évoquent deux ou trois centaines de mutins) tel que celui qu’évoque dans sa déposition un bourgeois de Bergerac assailli et confronté, le 8 à Saint-Aigne, au chef de cet attroupement, le tailleur de Saint-Aubin. Présenté par divers témoins comme « l’homme en bleu » il se désigne comme le chef de la « basse nation ». Si à Lamothe c’est la dîme qui a été le déclencheur, il apparaît ici que c’est l’opération de vannage pour la rente (« faire blé fin ») qui met en marche les mutins6.

 3 - Mi-août : PÉRIGUEUX : entre refus de la rente et désarmement des nobles.

Difficile de connaître la raison ultime du déclenchement du mouvement à Périgueux. Au moins peut-on souligner un concours de circonstances. Périgueux connaît une situation politique instable liée à l’affrontement entre deux alliances : département patriote et municipalité conservatrice d’une part,, district et garde nationale jacobins d’autre part sous l’influence de la Société des Amis de la Constitution qu’anime P.E. Pipaud des Granges. Le torchon a flambé très fort entre eux en avril et la question religieuse maintient la tension. Le 14 juin, le maire, Salleton, a été pris dans une émeute frumentaire qui aboutit à l’emprisonnement de plusieurs femmes7. L’agitation de juillet autour de Varennes déjà mentionnée se poursuit autour de la ville avec l’enlèvement des armes, notamment à Coursac, Blis et Born etc… . Le 7 août , la ville est envahie8par les paysans des gardes nationales voisines. Le 11 août court dans la ville la menace des   habitants des campagnes de venir libérer les femmes emprisonnées en juin. Ordre est donné au capitaine de la gendarmerie du département d’appeler à l’aide les brigades de Brantôme et Thiviers.

4 - Le sommet du mouvement se produit autour du 15 août

C’est au moment de la très populaire fête du Vœu du Roy, le 15 août, que le mouvement atteint son paroxysme concernant à la fois le sud (Montravel) l’ouest (Villetoureix) le centre (Périgueux) et le sud-est (Terrasson) et le Nord Est (Excideuil). Un tel concours de circonstances laisse penser que la rumeur s’est installée et court, dès lors, d’une garde nationale à l’autre à travers le département.

a) Du côté du Montravel, alors que l’action judiciaire en cours piétine, l’agitation reprend dans le canton.9 C’est le dimanche 14, une lettre des Amis de La Constitution de Lamothe-Montravel au district10, dénonçant « les attroupements de mal intentionnés », du canton. Le 15 août à une dizaine de kilomètres à l’est de La Mothe, de Saint-Vivien et Montazeau et Bonneville se multiplient les attroupements. Fait nouveau : la capitulation à peu près générale des propriétaires. Le 17 août est organisée une réunion de concertation chez le maire de Saint-Vivien, Pommarède, à laquelle assiste le président du district Gendreau, partisan de la résistance, quand survient un attroupement les soupçonnant « d’écrire contre eux ». Les paysans exigent de raccompagner les notables à leur domicile, moyen le plus sûr pour mettre fin au conciliabule. Une descente de la garde nationale de Ste Foy le samedi 20 août, se présente à Bonneville, toujours dans le Montravel et rétablit localement l’ordre.

b) le sac de Terrasson11

C’est également à la mi-août qu’est dénoncé par l’accusateur public à Terrasson, «  un attroupement de 300 hommes arrivés des campagnes voisines qui se joignirent à des séditieux de cette ville ». Le chef des « brigands « est un sergent des grenadiers de la garde nationale qui ne «  visait à rien moins que faire entretuer les citoyens, causer une guerre civile pour des sacrifices qui tiennent à la barbarie ».L’attroupement se double d’un affrontement avec le village des faubourgs, La Villedieu,qui vise à relancer l’action une fois celle-ci apaisée. Notons que les émeutiers profèrent des menaces contre les « bourgillons »de Terrasson.

c) Autour de Ribérac

A Villetoureix, commune voisine de Ribérac dont elle n’est séparée que par la Dronne, le 15 août se produit la scène désormais classique12 :à la sortie de la messe et au son du tambour de la garde nationale, des métayers proclament l’interdiction de payer la rêve. Le maire intervient en vain.Le dimanche 21, on assiste à une série d’affrontements. A Villetoureix où l’agitation reprend, les mutins décident de marcher sur Ribérac, tandis que la ville tente en vain de mobiliser sa garde nationale13.Les paysans arrivent en force de l’autre côté de la rivière et une délégation de cinq métayers et d’un tailleur est reçue : elle exige la présence de 6 gardes nationaux à chaque partage « ils ne veulent point faire de mal mais ne veulent payer aucune rente ». On voit d’autres fronts s’ouvrir dans le district :le 20 à Allemans où l’on a fait main basse sur les canons d’un membre du Conseil Général, Chilhaud de la Rigaudie ;le même jour à Celles qui est le cadre d’un attroupement pour enlever la cloche d’une chapelle des Dulau à Montardy. A l’ouest de Ribérac, à Saint-Apre, le 24, devant les désordres le maire autorise le commandant de la garde nationale à se rendre chez un gros propriétaire pour y partager la dîme . Mais l’affaire tourne mal parce que la troupe se saisit aussi de la rêve.14

d) Retour à Périgueux.

Les désordres autour de Périgueux se multiplient : le 17 août à Saint-Astier, le 18 de Lisle, Agonac, Grignols, St Astier encore « et autres »15. Le 19 la confusion s’aggrave : deux commissaires nommés pour rétablir l’ordre viennent extorquer à une propriétaire la rente de bordiers avec menace d’une intervention de la garde nationale d’Atur. Le lundi 22 août sont signalés de nouveaux troubles à Coursac, Saint Astier et surtout Razac où« les plus factieux s’étaient fortifiés de plusieurs pièces de canons ». Le 24, ce sont cinq nobles ou notables dont deux femmes qui se plaignaient de ce qu’après avoir « publié la défense de payer la rente », la garde nationale et les officiers municipaux (sans le maire) et 150 personnes sont venus leur enlever leurs armes et « par une apparence de justice qui ne peut être qu’un pur délire a donné reçu des armes prises ».

 5 - Reprise en Nontronnais16 :

Le dimanche 21, à Saint-Saud, François Saigne, huissier aux tailles, habitant Bourdeille,venu rappeler à leur devoir les habitants sur leurs impositions arréragées de 1790, entend le tambour «  crier à haute voix que le public demeurait averti qu’il ne fallait payer ni taille ni rente, ni dixmes  sous menace d’être égorgé ». A l’issue de la messe paroissiale le tambour annonce une réunion l’après-midi, sous la halle, pour décider du non-paiement des rentes. A ce moment- là, Joubert qui mène la danse,vient demander au maire  de fournir un arbre pour « dresser une potence à l’usage de ceux qui payeraient à l’avenir des rentes ou dîmes aux seigneurs, »: et cherche à obtenir que vienne de Périgueux du seigneur de Saint-Saud pour leur rembourser les rentes qu’il aurait déjà perçues en ajoutant que « s’il ne voulait se rendre il n’y avait qu’à se rendre de suite à Périgueux se saisir de lui et le conduire à St Saud pour le contraindre au remboursement de la rente ».17

6 -  Le district d’Excideuil 

Des événements du même type se produisent dans le district d’Excideuil où les désordres se multiplient depuis Varennes avec notamment le sac du château de Boulhen (Montagnac la Crempse) où l’on enlève armes et papiers. A noter un événement de nature à faire monter la tension :le 19 juillet se présentent des députés de la Corrèze recherchant les auteurs de l’attentat commis dans la ville de Lubersac.18Dans une bonne quinzaine de paroisses, au cours de la deuxième quinzaine de juillet, les plaintes au district se multiplient pour enlèvement d’armes. Fin juillet les bancs brûlent à Saint-Aulaye d’Ans, Corgnac, Saint-Jory-Lasbloux19. Le 15 aout, l’affrontement qui couvait à Tourtoirac dégénère. Le même jour, à Saint-Raphaël la confusion s’installe : un propriétaire menacé appelle la garde nationale. Avant que celle-ci intervienne la mairie offre sa médiation et sera condamnée pour cela. Défaut de transmission : la garde nationale intervient derechef. A sa tête un membre des jacobins de Périgueux intervient et tire deux coups de feu qui auraient blessé…13 personnes. Affolé un habitant court les villages alentour pour sonner l’alarme. Finalement la garde nationale d’Excideuil rétablit l’ordre et fait emprisonner l’homme au fusil. Les agitations continuent : le 31 août à Saint-Aignan un certain Raymond est dénoncé « comme un fâcheux qui trouble le bon ordre sous prétexte que les métayers ne doivent payer dîmes ni rentes ». C’est le 10 septembre que tombe l’arrêté du département évoquant « le refus obstiné des colons partiaires de payer la dîme et les rentes . … et qu’on a poussé l’oubli du devoir jusqu’à élever dans les places publiques des potences »20. .Nailhac où l’agitation est endémique, St Aignan et St Martial d’Hautefort, St Eulalie d’Ans et Tourtoirac sont touchés. Dès le 14 septembre Saint-Rome a établi la liste des personnes arrêtées sur ces dénonciations : elle élargit le périmètre des désordres réprimés au communes de -Granges, Tourtoirac, St Martial Laborie, Saint Aulaye, Lanouaille, Saint-0rse.

 

Au total les documents font apparaître en cinq points différents plusieurs dizaines de villages concernés. Compte-tenu de leur dispersion, il n’est pas illégitime de nous demander si nos sources sont exhaustives : il faudrait au moins y ajouter les cas de conciliation organisés et sur lesquels nous reviendrons et ceux où comme à Plazac près de Montignac la municipalité s’est refusée à dénoncer les faits délictueux21.

 

B - Une répression à deux…ou trois vitesses

La répression s’organise de manière très différente et souligne la très inégale efficacité des autorités. Ainsi Bergerac qui doit faire face au mouvement le plus étendu y met fin très tôt à cette réserve près que le 8 août au petit matin la garde nationale de la ville a été prise dans un guet-apens en ramenant les prisonniers de Saint-Agne. Mais l’ordre a été rétabli le jour même. Nontron a pu régler les affaires par son tribunal de district que dirige le futur député Verneil-Puyrazeau. L’affaire de Terrasson n’a pas non plus eu de suites. Il semble que l’on ait ici des districts où une administration impose ses règles et tranche beaucoup plus fermement.

Il faudra en revanche plus d’un mois pour rétablir l’ordre dans le district de Mussidan. Malgré la dénonciation de la mairie, le district n’intervient que le 11 août ou quatre hommes sont dénoncés à l’accusateur public. La victime a saisi le tribunal de Montpon le 28 juillet. Mais il apparaît que de tous côtés la procédure est bloquée par les menaces faites contre les témoins et les décrétés de prise de corps courent toujours. On décide donc d’instruire à Lamothe pour éviter des voyages périlleux aux témoins. Mais le 22 l’accusateur public à Montpon déclare « qu’il eût pensé que l’administration du département eût mis plus d’empressement à fournir les moyens de mandés au tribunal pour ramener à exécution les décrets décernés contre les auteurs des attroupements » et puisqu’il n’en est rien, déclare vouloir «  se mettre en marche et s’exposer même s’il le fait en protestant contre l’indifférence coupable du département22 ».

Finalement la situation se dénoue de deux manières. D’un côté, nous l’avons vu, par l’initiative les gardes nationales de Sainte-Foy et Castillon qui , le 20 pincent à Bonneville une dizaine de paysans à la sortie de la messe. D’un autre côté, le district envoie le 22 août, à Périgueux son procureur-syndic où il obtient une aide de 1000 livres et l’autorisation d’appeler les directoires de Bergerac, Libourne et les officiers municipaux de Ste Foy et Castillon, Gensac, Montpon et Mussidan pour se retrouver le vendredi 26 à Lamothe. On ne sait qui intervint mais le 29 août, le chef -lieu de district est sollicité pour prendre en charge les prisonniers de l’opération23

2 - Périgueux et l’action départementale.

Cette première intervention se produit alors-même que le département doit faire face à l’agitation du district de Périgueux. Le département avait d’abord tenté de raisonner les paysans dans une proclamation du 11 août24. Peine perdue : les désordres n’ont cessé de croîtrei bien que, le 17 août, on se décide enfin à organiser la mobilisation militaire. D’abord dans le cadre du district avec appel à la garde nationale de Périgueux. Mais surtout on tente d’organiser une mobilisation départementale : décision est prise d’imposer à chaque district la fourniture d’unontingent , pour constituer la force départementale , la fourniture de troupes à pied et à cheval étant proportionnelle à la population : de Bergerac (70 à pied, 14 à cheval), à Belvès( 41 et 8) qui seront prêts à se rendre ou au lieu qui leur sera incessamment indiqué. Chaque district fera de plus désigner et choisir une force locale importante. C’est donc plus de 1000 hommes qui devraient se tenir prêts à marcher au moment requis, preuve, là aussi, de l’ampleur de la menace d’autant que la même réquisition s’étendait aux gendarmes nationaux appelés à Périgueux et qu’appel à l’aide était lancé à trois départements voisins : la Charente, le Lot et Garonne et la Gironde, preuve d’ailleurs que la menace était la plus forte à l’ouest et au sud25. Le même jour, les officiers de la garde nationale de Périgueux venaient assurer le directoire de leur loyauté : 200 volontaires s’étaient annoncés et l’on en prévoyait 300 ainsi que 50 cavaliers qui seraient conduits par 2 commissaires, Saint Rome pour le département et Pipaud pour le district, avec 2 pièces de canons.

Cette mobilisation départementale fut sans écho et seul Belvès y répondit : son contingent paraissant à Périgueux, le 24 août, où la municipalité était chargée de lui fournir l’étape. En revanche la troupe périgourdine partit dans la  nuit du vendredi au samedi 20 août. A la garde nationale s’ajoutaient trois brigades de gendarmerie sous l’autorité de Bovier de Bellevaux, capitaine de la Gendarmerie Nationale. Pour éviter des troubles en ville on décida de subventionner les boulangers pour que la hausse du prix du grain ne soit pas reportée sur le pain26. Dès le 21 se produisaient les premières arrestations : les municipalités de Lisle et de Bussac devaient faire face à l’agitation de 5 détenus que l’on décidait de transférer à Périgueux. Le 29 août, à l’issue de leur passage en Ribéracois,  Pipaud et Saint Rome présentaient les procès-verbaux de leurs interventions des 20, 21 et 22 à Lisle, Bourdeille, Biras, Valeuil, Agonac et Pressac : 18 détenus avaient été pris afin de connaître qui les avait engagés  à devenir « perturbateurs du repos public ». Le lendemain 30, trente nouvelles dénonciations étaient présentées par Pipaud et Saint-Rome suite à leur intervention des 25-29 août en Ribéracois, mais aussi Saint-Astier, Razac. IL semble que ce fût également Périgueux qui fournit les hommes pour rétablir l’ordre à Excideuil sous le commandement de Saint-Rome.

Une répression sanglante ?

Le 3 octobre, l’un des plus radicaux de la Société des Jacobins de Périgueux, Pierre Chrétien ,envoyait une adresse à l’Assemblée nationale pour dénoncer le procureur du Roy, Mandavy qui maintenait dans les fers, malgré la loi d’amnistie du 15 septembre, 61 laboureurs, nous donnant ainsi un chiffre qui peut paraître définitif de la répression.

Au-delà, c’est une polémique qu’il engage sur la violence de la répression qu’il est seul à dénoncer en ces termes. Tout en reconnaissant la modération de certains gardes nationaux, il soulignait en particulier les excès de la répression à Excideuil. Selon lui Saint-Rome qui la conduisait, avait tenu à choisir lui-même les soldats de la garde nationale (probablement de Périgueux) qui l’accompagnaient « malgré la résistance légitime du commandant »« Ce fut en effet dans la dernière course que les excès furent portés à leur comble. Plusieurs satellites du commissaire, ne connaissant plus de borne, firent couler le sang. »27 Que vaut cette dénonciation dans un appel à la clémence qui ne fut finalement signée que de lui et du notaire périgourdin Gilles Lagrange ? On peut d’ailleurs la lire à l’envers et voir, dans la manière de choisir de Saint-Rome, l’impatience d’avoir été soumis à la modération de Duroc et probablement de Pipaud dans les précédentes expéditions .

 

 

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1 ADD 19L76 Ledit Patoureau, maire a dit qu’on s’arrangerait et qu’on partagerait la dîme
2 ADD 18L38
3 ADD E3L 8
4 Idem, « Ces mêmes personnes ont plus fait encore : elles se sont transportées à main armées sur divers domaines et ont fait faire en leur présence le partage de la récolte entre propriétaires et métayers sans égard à la dîme et à la rente et ont menacé de pendaison »
5 ADD 15L34
6 Id un des témoins déclare que puisque les grains étaient ce moment sur le sol il n’avait rien à dire ; qu’il reviendrait lorsqu’on partagerait le froment »
7 ADD 1L157, 14 juin Rassemblement de femmes sur la place du Coderc pour faire baisser le prix du pain
8 A L 158 une troupe considérable d’habitants de la campagne, armés d’espèces de massues s’étaient rendus dans cette ville » et fait le sac de la maison du propriétaire Lagrèze.
9 ADD 18L38
10 ADD 6L7
11 ADD 17L14
12 ADD 29L51
13 ADD 9L6
14 ADD 9L6
15 ADD 9L157 idem pour les faits suivants aux dates indiquées
16 ADD 19L76
17 A noter que la question des rentes se posait déjà autour de l’abbaye de Peyrouse dont un des fermiers réclamait au receveur du district qui réclamait un sursis d’imposition »jusqu’à ce que les rentes lui fussent servies et payées (4 L 9-7 février 1791)
18 ADD 4L9
19 ADD 4L9, 5 juillet 1791
20 ADD 1L158
21 ADD 17L15 Dénonciation de l’accusateur public, Maigne de Lafleunie contre le procureur de la commune de Plazac.
22 ADD 18L38
23 ADD 6L7 Considérant que l’un de ses premiers devoirs est de pourvoir à la subsistance des prisonniers traduits dans les prisons de cette ville à l’issue de l’expédition qui vient de se faire dans le Montravel
24 ADD 1L158
25 Idem, 18 août 1791
26 ADD 1L157, 22 août 1791
27 Bibliothèque Municipale de Périgueux, fonds Lapeyre L R V,7

Des Etats-généraux à la mort de Pipaud des Granges (1789-1794)

Le sous-site « La Révolution en Périgord » constitue un complément de l’ouvrage que je viens de publier sous le titre La Révolution française en Dordogne, 1789-1794 : le cas Pierre-Eléonor Pipaud des Granges. J’ai souligné en introduction que ce livre, assez bref, constitue une synthèse et une vue d’ensemble qui manquait à la connaissance de cette période pour la Dordogne.

Cette étude devait donc être prolongée. En accord avec la Société historique, son président Dominique Audrerie et son webmaster Pierre Besse, nous avons choisi de le faire par ce site, commode à consulter, dont la fonction pouvait être triple :

  •  apporter les indispensables éclairages sur les sources (dès lors que le renvoi n’était pas fait dans l’ouvrage) et la bibliographie.
  •  développer l’étude d’événements sur lesquels s’appuyait l’ouvrage.
  •  apporter des thématiques complémentaires.
  •  ouvrir des débats.

Ce projet repose sur une construction propre à permettre au lecteur de compléter son information. Les neuf premiers fichiers correspondent aux chapitres de l’ouvrage. S’y ajouteront quelques dossiers trop peu abordés dans l’ouvrage comme la question des biens nationaux (à partir des études déjà publiées dans le bulletin ou de nouvelles recherches (notamment district de Nontron).

Les lecteurs pourront formuler des remarques ou poser des questions par le truchement de mon mail, la réponse se faisant sur le site.

Le calendrier de mise en place du site s’échelonnera sur la période de l’hiver et du printemps 2021. La première tranche de réalisation (Site 1,2,3,4) est prévue pour le 31 décembre 2020

 Guy Mandon
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 Compléments    Chronologie                             
 Chapitre 1  Un avocat au temps des Etats du Périgord  
 Chapitre 2  Le président du conseil des communes (juillet 1789-mars 1790)
          Références (chap 2)  
       
 Chapitre 3  1790, faire entrer la Dordogne dans les nouvelles institutions 
     Références (chap 3)  
     Analyses (district de Bergerac)  
     Analyses (district de Nontron)  
 Chapitre 4    Jacobins contre Missionnaires : le conflit du serment
     Références et compléments (chap.4)  
 Chapitre 5    Le mouvement des métayers et les campagnes de 1791
     Refus de la rente et climat politique après Varennes  
     Métayers contre propriétaires (juin-sept 1791)  
    Un monde rural qui s'"opiniâtre" et divise les patriotes  
 Chapitre 6  La Législative et la division des Jacobins (sept 1791-sept 1792)
     Références du chapitre 6  
 Chapitre 7  Pipaud procureur-général-syndic (oct 1792-déc 1792)
       
 Chapitre 8  Le temps des affrontements et la chute de Pipaud (janv 93-juillet 93)
       
 Chapitre 9  L'an II en Dordogne, la Terreur dans le désordre
       
       
 Chapitre 10  Périgueux
       

I - A propos des sources

Les Archives départementales de la Dordogne ont mis en ligne les cahiers de doléances (Série 6C) dont elles disposent, pour l’essentiel ceux de la sénéchaussée de Périgueux. C’est une lecture passionnante et souvent sans l’obstacle du déchiffrage. On trouvera, aux Archives départementales de la Gironde, les cahiers des paroisses périgourdines de la sénéchaussé de Libourne.

Sous les côtes 6C 18, 19, 20 on trouve les procès-verbaux des assemblées du tiers des sénéchaussées secondaires peu utilisés et pourtant passionnants pour l’étude du conflit villes-campagnes qu’ils présentent.

En 6C35, on trouve le procès-verbal de l’assemblée de la noblesse dont le cahier montre le niveau d’hostilité à la monarchie absolue. Quant au document 6C36, il expose le conflit qui opposa l’évêque et ses curés.

Des Archives Nationales, on consultera sur les états généraux et la correspondance de Fournier-Lacharmie ou de Gontier de Biran, le dossier B 66.

II - Quelques indications bibliographiques

 Pour la bibliographie générale du Périgord, la meilleure recension se trouve dans l’Inventaire de la série L des Archives Départementales de la Dordogne, Bergerac 1965, publié par Noël Becquart. Elle a été renouvelée par le remarquable travail de R Beaudry dans un ouvrage collectif paru à l’occasion du Bicentenaire Croquants et Jacobins, Aspects de la Révolution en Dordogne, 1989-99, Copédit, 198.

Bibliographie

Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, deux ouvrages donnent des analyses plus détaillées. Bien sûr il faut en revenir à l’ouvrage plus que séculaire mais ô combien savoureux de Georges Bussières réédité en 1989 et préfacé par Anne-Marie Cocula, (Etudes historiques sur) La Révolution en Périgord,2 tomes, P.L.B. éditeur, Le Bugue, 1989. Ch Vénard, 1789, Les élections aux Etats Généraux dans la sénéchaussée principale de Périgueux, T.E.R. Paris IV, 1987, étudie (et c’est original) surtout les procès-verbaux qui accompagnent les cahiers essayant de vérifier une thèse d’un auteur longtemps ignoré et remis en honneur par F Furet, A Cochin. L’ouvrage publié par la Société historique pour le bicentenaire, Le Périgord révolutionnaire supplément Bulletin SHAP LXVI 1789, hélas sans construction problématique ni ordre thématique compte un certain nombre d’articles intéressants. Pour ce chapitre, celui de Guy Penaud sur les francs-maçons ou encore de l’abbé Robert Boué sur « les derniers curés d’Ancien Régime (p161) et surtout de R Larivière sur le vote des femmes aux assemblées de paroisse (.pagination articles)

Les événements de la période de l’été 1788 au printemps 1789 à la fois sur les plans économique (crise frumentaire) et politique (préparation des états-généraux) du sud de la Dordogne trouvent de larges échos dans G. Charrier, Les Jurades de la ville de Bergerac, 1352-1790, Imprimerie générale du Sud-Ouest, 1892-1941, tomes XII et XIII

Pour Périgueux, la correspondance d’un magistrat et du sénéchal : G.Lavergne »les préliminaires de 1789, lettres de Chilhaud de la Rigaudie et du marquis de Labrousse de Verteillac ». B.S.H.A.P., 1955, p 33 montre le climat de tension de la ville à l’hiver 1789

Pour les Nontronnais, ils trouveront dans la bibliothèque des Archives départementales R Beaudry, Cahiers de doléances du Nontronnais, Nontron 1789 et ceux qui s’intéressent à la pré-révolution des articles du Bulletin ont été consacrés aux cahiers de doléances .

Noël Becquart pour Issigeac (1962), La Roque-Gageac (1976), Marcillac (1982).
E. Lecoux-Lagoutte : Trélissac (1900),
Dujarric-Descombes : Celles (il s’agit d’une étude communale) (1917),
G. Duboscq : Auriac en Périgord (1936)

Pour le clergé, l’exemple unique du cahier d’un curé de campagne, Delteil de Saint-Cernin de la Barde présenté par G Lavergne dans le BSHAP de 1929.

Sur ce premier chapitre, comme sur le suivant, la thématique a été limitée : on retrouvera les événements détaillés dans le 1789 en Périgord déjà cité. Ont été retenu textes portant sur les thématiques suivantes

III - Compléments au livre

31 - la fièvre archéologique de 1788, lancée en juillet 1788 au moment de la convocation des états généraux et le droit des provinces qui avaient perdu leur titre de pays d’Etat à y participer. Les villes étaient spécialement chargées de cette démarche. Le principe était qu’elles unissent leurs efforts pour rédiger un placet commun. C’est dans cette voie que s’engagèrent les sénéchaussées de Sarlat et Bergerac (voir carte 1) Photo 1 déjà utilisée pour la conférence et dans une démarche qui dura toute l’automne de sorte qu’en décembre elles étaient prêtes à unir leur effort à la sénéchaussée de Périgueux.

On sait comment, dans celle-ci, la vigueur de l’offensive aristocrate sous la présidence de l’évêque fit avorter le projet. Chilhaud dans sa correspondance avec le marquis de Verteillac (citée ci-dessus) décrit l’affrontement. Le 11 les ordres de la ville s’étaient réunis et étaient convenus de se revoir. Mais la noblesse court-circuita ce calendrier.

"Le 15 de ce mois la noblesse, tant de la ville que de la province s’est assemblée sur une lettre circulaire de M Dupin , receveur des tailles. On y appela quelques membres du clergé et M l’Evêque la présida. On agita la question de savoir s’il serait avantageux de demander le rétablissement des Etats de cette province et tous les suffrages se rencontrèrent sur l’utilité de cette demande. Mais, lorsqu’il fut question de la forme sous laquelle aurait lieu le rétablissement, il y eut de grands débats. Presque tous les membres de la campagne et une partie de ceux de la ville étaient d’avis que l’on demandât sur le même plan que la province du Dauphiné venait d’adopter 1.Mais l’influence de M. l’Evêque et quelques autres fut telle qu’on se décida à demander le rétablissement sur l’ancien pied et le mémoire fut en conséquence rédigé et renvoyé. Les Officiers Municipaux de cette ville, instruits du résultat de cette assemblée en convoquèrent une du tiers-état et croyez bien, monsieur, que cet ordre, justement offensé de ce que la noblesse ne l’avait pas appelé pour concourir à un établissement aussi important a pris des résolutions toutes contraires "

 Chacun alla donc de son placet et c’est ce climat que dénonce Pipaud des Granges dans son Avis aux trois ordres.

Celui qui est présenté ci-dessous est celui des « nobles citoyens de Périgueux » dont l’attitude restait hésitante : fallait-il se rallier au tiers-état ou au contraire à la noblesse. Car ceux qui étaient porteurs du titre de « Bourgeois de Périgueux »,entre 200 et 300 familles titulaires de ces lettres de bourgeoisie qui s’accompagnaient de nombreux privilèges dont significativement celui de porter l’épée) (voir G. du Mas, Le Périgord des "nobles" bourgeois du XVIII° siècle, Périgueux, Pilote 24, 2003. Ils appuyaient cette prétention sur le fait que, depuis le traité de 1204 avec Philippe-Auguste, la ville constituait une seigneurie, directement vassale de la monarchie. De ce fait, la noblesse de la ville était incontestable et les bourgeois, en tant que tels, pouvaient être considérés comme nobles. D’où aussi la question de leur appartenance, car le second ordre les rejetait et le maire Migot de Blanzac n’obtint pas de siéger au nom de la ville à l’assemblée des nobles d’où il fut proprement éconduit (assemblée de la noblesse, citée ci-dessus).

Les bourgeois rejoignirent donc le tiers en 1788, partie à cause de cette situation, mais aussi parce que, dans leur rangs, certains participaient aux idéaux du tiers.

J’ai retenu le début de leur placet car il montre quel était l’enjeu de la démarche lancée par Loménie de Brienne à l’été 1788 (photo 2)

 32 - Les cahiers de doléances

A noter que Georges Bussières (La Révolution en Périgord, cité ci-dessus, tome 1, 2°partie chapitre V, p. 67) publie de larges extraits des cahiers. Idem pour G.Rocal, Croquants du Périgord, Paris, Floury, 1936

Nous avons retenus deux cahiers qu’on ne peut prendre pour des cahiers-types. Leur choix résulte de leur spécificité à propos de certains thèmes

321 Auriac-de-Bourzac

Le cahier d’Auriac-de-Bourzac a été retenu pour montrer que les doléances locales peuvent s’élever à des considérations politiques , teintées de rancune, qui montrent la mentalité des campagnes et leur hostilité à la ville, cette fois accusée de prendre aux campagnes les plus robustes de leurs hommes . On notera d’un côté la modération de ce cahier qui reconnaît la légitimité de la dîme et même des rentes, comme spécifiques aux deux premiers ordres, non sans souligner qu’ecclésiastiques et nobles doivent être soumis à la loi commune en matière fiscale sur leurs propriétés. La critique de la légitimité de l’exemption fiscale noble est classique : les nobles ne payant plus l’impôt du sang, ils ne doivent être exempts de celui qui doit frapper tous les Français. Particulièrement intéressantes sont les considérations sur les domestiques ou laquais à qui est reprochée leur oisiveté et leur morgue et plus encore leur exemption de la milice. Tout au long de la Révolution on leur ferait payer leur ancien état dont témoigne de façon particulière la manière dont ils sont désignés en mars 1793 dans le cadre de la levée de 300 000 hommes. On notera aussi la conviction d’un dépeuplement, ancré dans les mentalités du XVIII° siècle où la population avait augmenté d’un tiers. D’où l’attrait des thèses populationnistes contemporaines de Malthus qui ,au contraire, soulignait les dangers de la croissance démographique

Ce cahier en forme de traité émane évidemment d’une plume bourgeoise. On notera le lien très strict entre citoyenneté et propriété. On ne sait si le passage à propos des hommes « rebut » qui sont les agriculteurs fut bien reçue !

 " Le tiers-état de la paroisse d’Auriac n’a pu entendre sans verser de larmes d’attendrissement, les marques touchantes de bonté particulière, avec laquelle Sa majesté veut se rapprocher de son peuple en lui permettant de porter à ses pieds ses très humbles supplications et ses hommages respectueux. Vraiment pénétrés de la confiance dont nous honore un roi si bon et si occupé du bonheur de ses fidèles sujet nous sacrifieront toujours gaiement nos fortunes et nos vies à la prospérité de son règne et à la gloire de sa couronne

On peut avoir le cœur et les sentiments d’un bon citoyen sans possession territoriale, mais ce n’est que par les possessions territoriales qu’on acquiert tous les droits de citoyen (2) et les prérogatives de citoyen augmentent ou diminuent en raison de l’étendue, de la nature ou de la qualité de ses biens. C’est donc en proportion de ses biens ou possessions territoriales que le citoyen doit contribuer aux charges de l’Etat.

Nous ne disputons pas aux deux ordres respectables du clergé et de la noblesse les divers privilèges attachés à leur personne et à leur état. Mais leurs biens ne sont pas d’une nature différente des nôtres.

Les dîmes sont le vrai patrimoine de l’Eglise. Son droit sur cet objet nous paraît si naturel et si bien établi que nous ne pouvons voir qu’avec surprise et douleur qu’il en a été détaché certaines portions dans les temps de troubles et de désordre pour passer en des mains étrangères (3). . Nous ne pouvons nous empêcher de jeter un autre jugement sur les bien fonds ecclésiastiques…Messiers du clergé ne peuvent les posséder qu’au même titre que les tenaient leurs donateurs au titre de citoyens. Or le premier ordre de l’Etat est composé sans nul doute de trop bons citoyens pour refuser de soutenir le fardeau de l’Etat…

Ce que nous venons de dire des biens ecclésiastiques s’applique naturellement aux biens anoblis quelconques…Les exemptions des biens de noblesse pris en général n’ont été accordés qu’en échange avec d’autres charges plus désagréables sans doute, celles d’avoir à défendre ses propres foyers de l’usurpation et la tyrannie, et de fournir également comme vassaux de la couronne aux dépenses des guerres meurtrières et ruineuses qu’avait à soutenir le Seigneur Suzerain, c’est une espèce de dédommagement que lui devait l’Etat ; mais aujourd’hui que les dépenses de guerre sont toutes aux frais de l’Etat et que l’Etat veille également sur la Société et la tranquillité de toutes les personnes particulières, Messieurs les nobles ont-ils le droit de réclamer les mêmes exemptions ?…Un revenu et qui doit être exempt de toutes impositions ce sont les rentes :en assençant (4) les fonds les Seigneurs se sont déchargés sur leur tenanciers de toutes charges civiles et ecclésiastiques, et cette décharge nous paraît aussi juste que naturelle. D’ailleurs si les rentes et les dîmes étaient imposées, les mêmes terres supporteraient deux impositions à la fois ce qui ne nous paraîtrait ni naturel ni équitable.

Une dépopulation affreuse appauvrit nos campagnes, cependant à consulter les registres de notre paroisse, le nombre de nos garçons aux naissances surpasse de près d’un quart le nombre de nos filles jusqu’à l’âge nubile ou les filles deviennent moitié plus nombreuses. Quelles sont les causes funestes de cette dépopulation aussi désavantageuses à l’état général qu’au bien particulier de l’agriculture ?

La source la plus dangereuse de ce terrible fléau qui nous désole (nous ne croyons pas pouvoir nous dispenser de la dire) c’est le nombreux cortège de laquais inutiles que le luxe traine à sa suite.il faut des domestiques, des laquais de gens d’affaires, nous sommes bien éloignés de condamner les riches qui ne gardent que les gens à gages qu’ils peuvent utilement occuper ; mais combien d’hommes inutiles que le luxe nourrit et que la vanité décore ? Combien de bras nerveux enlevés à l’agriculture pour les laisser dans le repos !Quoique nés pour le travail, nous sommes tous portés à la paresse. Un état où, sans occupation pénible l’on gagne de gros gages, on l’on est toujours biens nourris, bien logés, bien vêtus est un état bien séduisant pour le misérable laboureur qui arrose sans cesse de ses sueurs précieuses une terre avare qui lui fournit à peine les choses de première nécessité. Et les passions sont si voisines du cœur de l’homme que la nature nous porte elle-même à préférer un genre de vie où l’on a mille moyens de les mettre en jeu. Ainsi l’on quitte l’araire pour prendre la livrée. S’il y a un bel homme, c’est celui-ci que la vanité préfère. Ainsi nos campagne se trouvent sans cesse appauvries de ce qui serait son plus bel ornement, ainsi se vouent à un service non seulement odieux pour son inutilité mais infiniment préjudiciable à l’Etat. Les plus hommes de la nation, s’ils reviennent dans leurs premiers jours, c’est pour insulter par leur morgue insolente à la misère du peuple et donner du dégoût pour les travaux pénibles. Ils ne regardent plus qu’avec dédain la charrue qu’ils ont indignement quittée ; ils jouissent en paix des plus douces prérogatives dans leur oisiveté favorisée tandis que nos terres languissent, et que nos blés dessèchent sur la tige encore verte faute de bras…Que ne peut-on imprimer une tache indélébile de honte et d’ignominie sur le front de ces hommes avilis ? Peu leur importe que l’Etat soit obérée de dettes ou que l’ennemi soit à ses portes ; mille fois plus heureux que leur maître, ils boivent à longs traits les sucs de l’Etat sans en avaler la lie et en ressentir l’amertume. Encore si la milice n’épargnait pas ces hommes privilégiés mais ils ont un moyen assuré de s’en garantir(5) tandis que les coups du sort tombent sans ménagement sur le pauvre cultivateur. L’on choisit une première fois les plus beaux hommes pour en faire des laquais, l’on choisit une seconde fois pour en faire des soldats…il ne reste à nos campagnes que le rebut. C’est ce rebut seul qui devient l’âme et le soutien de l’agriculture première ressource du royaume ; ce sont des hommes rabougris que l’on réserve pour peupler nos campagnes…Ne dirait-on pas qu’une puissance ennemie travaille sourdement à la dégradation de l’espèce humaine parmi nou.

Ce n’est pas là même la seule perte qu’éprouve l’agriculture. Qu’on calcule s’il est possible le nombre des fénéants (sic) des faiseurs de rien, de gens sans travail et sans état que renferme l’enceinte de nos villes, l’on jugera sans peine de la disette de bras qui doit affliger nos campagnes. Nous désirerions donc qu’il fût placé un impôt sur les gages mal gagnés sur tous ces domestiques qui ne sont pas jugés d’une nécessité suffisante, qu’il plût aux états généraux ou à Sa Majesté de porter une loi sage qui ramenât dans leurs foyers tous ceux qui les ont quittés sans un juste motif et on arrêterait ces émigrations continuelles qui dépeuplent nos hameaux."

322 Saint-André-de-Double

Le cahier de Saint-André de Double (photo3) est bien connu et doit sa célébrité à ses considérations sur les pommes de terre. Mais il a l’intérêt de bien poser certaines questions, notamment sur le poids de la dîme et ses paradoxes.

  1. l’agriculture traditionnelle

L’infertilité de la Double n’est plus à démontrer. Apparaît ici cependant une des caractéristiques de l’agriculture d’Ancien régime. Se reporter à G Mandon, »Quelques hypothèses sur l’état économique et social du Périgord à la veille de la révolution, Le Périgord révolutionnaire, supplément , déjà cité p 477. L’infertilité des sols est compensée par de multiples opération de sarclage, bêchage etc, ce qui induit nécessairement une productivité limitée...Ces faiblesses résultent d’un double handicap : la médiocrité des sols malgré une fumure végétale évoquée ici donne de très faibles résultats à l’hectare (peut -être 5 quintaux soit 3 grains récoltés pour un semé) ; mais en l’absence d’outillage les surfaces cultivées par actif sont limitées (d’autant que le cahier indique la nécessité de conserver des friches pour les engrais) Se conjuguent ainsi faiblesse des rendements et de la productivité. Reste que dans des tableaux de ce type dans les cahiers il faut toujours faire la part du genre littéraire !

Pour ce qui est de la pomme de terre, on ne peut retrouver la chronologie de son introduction en Périgord. Il reste qu’elle est implantée avant la Révolution là où les terres sont trop froides pour la culture du maïs avec qui elle est en concurrence comme plante vivrière, d’abord pour l’alimentation des cochons mais bientôt aussi dans l’alimentation humaine ce qui ne semble pas encore être le cas à Saint-André.

Le développement sur la dîme mérite quelques explications. Son taux de prélèvement en Périgord doit être moyenne au 1/12° mais souvent au 1/11° et elle se prélève sur les produits du sol et la vigne. C’est pourquoi toute hausse de la production se répercute sur elle. D’où les propos tenus ici. Ce qui est souligné ici c’est le fait que la dîme se prélève sur les récoltes (sur le champ le plus souvent et parfois au grenier), c’est àdire le produit brut. Mais pour atteindre le produit net , le producteur doit d’abord soustraire d’un tiers à un quart de la production pour la semence s’il veut une production équivalente l’année suivante. Il faut aussi payer les impôts et les droits seigneuriaux soit encore 20% de la récolte. De sorte que si l’on fixe à l’indice 100 la récolte il faut en soustraire 30 de semence, 20 d’impôts et droits seigneuriaux et autour de 10 de dîme : ce qui fait un prélèvement de moitié. De sorte que la dîme enlève en terme de produit net entre 1/5°et ¼ de la récolte. C’est ce qui explique le raisonnement du paragraphe 6 (A ces fins…frais).En effet lorsque, en année de crise, le produit net diminue de moitié(soit 50) le poids de la semence reste le même si l’on veut préserver l’année future et le prélèvement décimal baisse lui aussi mais représente une part plus importante du produit net

Le calcul de la population donne un taux de 600 habitants pour 133 feux soit le taux classique de 4,5 personnes par feu.

L’étude de la récolte et du produit par habitant est plus intéressante.

Récolte seigle brute : 3600 boisseaux soit à 25 kg le boisseau : 900 qx.

Déduction semence et rentes : 1400 soit 38% de la récolte. Si l’on compte 30% pour la semence, les rentes seraient à 8% ce qui est classique pour le Périgord. La déduction pour les 5 ou 6 domaines tient au fait qu’il s’agisse soit de nobles soit d’urbains privilégiés. Mais on ne voit pas bien comment fonctionne cette déduction qui paraît faible. On voit aussi que, malgré les étendues boisées la part des châtaigniers est faible. On notera aussi que dans ce calcul la dîme n’est pas prise en compte à moins, ce ne serait pas illogique, que le produit décimal ait été enlevé du produit de 3600. Ce qui est important c’est qu’il reste 5 boisseaux à 25 kg soit 125 kg par an soit moins de 400 grammes par jour, ce qui paraît faible mais on aurait par feu 25 kg a répartir entre 4 a 5 personnes mais seulement 2 ou 3 adultes et 2 enfants ce qui donne des rations plus supportables surtout si l’on compare à celles fixées à la fin de l’An II.

Dernier point abordé : comment ajouter aux revenus de la terre ? D’une part par des services extérieurs comme les charrois ou l’émigration saisonnière qu’a étudiée Jean-Pierre Poussou, Bordeaux et le Sud-Ouest de la France, E.H.E.S.S., 1983, Chapitre 3 p 63.

Fin du texte StAndré

Et 150 entre l’enfance et la puberté

On y recueille environ 3600 boisseaux de blé presque tout seigle, mesure de Ribérac dont il fauit déduire 1400 pour les semence et rentes, il faudrait encore en déduire 150 pour la moitié du produit de six domaines possédés par des étrangers. Reste 2050. On recueille aussi environ 600 boisseaux de blé d’Espagne, 300 boisseaux de millet ; les légumes et les châtaignes peuvent équivaloir à 200 ce qui ferait en tout 2050 3150. Cette quantité de blé divisée entre 600 individus ne ferait pas beaucoup plus de 5 boisseaux pour chacun.

Le produit du bétail et des bois n’est certainement pas suffisant pour le vêtement. Les autres menus besoins s’ajoutent aux frais de culture et les impositions royales. Cette paroisse est donc pauvre, puisque toutes les ressources épuisées, il ne lui reste pas de quoi vivre à demi. Pour subvenir à cette indigence, il faut user de moyens qui par la suite deviennent plus nuisibles que le mal même. On se sauve par les charrois qui reviennent très fréquemment et où l’on passe bien des jours perdus pour les travaux de la terre, d’un autre côté les jeunes gens s’absentent presque tous au retour du printemps, vont dans d’autre pays vendre leurs bras et leur vigueur afin que l’hiver les ramenant dans leur patrie, ils puissent y apporter quelque secours pour leur famille. On voit combien l’agriculture doit souffrir de ces évasions qui sont annuelles.

Cette paroisse unit ses vœux à ceux du reste de la Double pour les réclamations qui y sont communes. Elle espère qu’on voudra bien lui faire quelque part des soulagements et secours qu’on pourra avoir à répandre sur les cantons de la provins (ADD 6C13)

c -Le cahier de Villamblard

Enfin, le cahier de Villamblard témoigne à la fois de l’anticléricalisme populaire mais aussi de ce que certaines mesures de la constitution civile du clergé qui parurent radicales étaient aussi dans les têtes en 1789, même si ce cahier de Villamblard paraît tenir des positions particulières. Notons que le contenu reprend la question de la domesticité. Ce cas sera évoqué en section 4

Les travailleurs les plus nerveux ont abandonné une paroisse frappée de tant de fléaux, ils se sont enrôlés avec la laquetaille et les artistes pour avoir du pain avec des vices, l’oisiveté avec la commodité et la bassesse. Prennent-ils un peu plus d’essor, ils se font prêtres ou moines et vont grossier la troupe des fainéants doublement onéreux et par le sot orgueil de leurs prétentions et par les salaires très disproportionnés avec les services qu’ils rendent.

Sera suppliée Sa Majesté :

1° De réduire d’un quart les évêchés la mort arrivant
2° Supprimer toutes les collégiales
3° Défendre recevoir pas un religieux de dix ans, les réduire en deux classes suivant le régime de carnivore ou d’ictyophages
4° Ordonner qu’ils seront au moins 12 religieux dans chaque couvent, moyennant ce, celles qui demeureront vacantes seront cédées au profit des provinces (6)
5° Qu’ils entreront sous la juridiction ordinaire de l’ évêque qui pourra s’en servir de vicaire de secours
­6° Le religion romaine sera toujours dominante. Tous les cultes qui ne combattent pas les lois civiles seront tolérés en par leurs sectateurs alimentant leurs ministres
7° les protestants jouiront de tous les droits civiles et pourront même postuler les charges publiques ; sans pour autant faire corps.
8° Comme l’empire des religions est dans les cieux, les biens de la terre comme ministres leurs seront prohibés. En conséquence toutes les dîmes ecclésiastiques supprimées.
9° En remplacement il sera payé 1° aux archevêques 30000livres, aux évêques 15000, aux curés 1000 livres pour les cures à 200 feux, 1200 à ceux qui ont 300 feux, enfin 1600 livres pour celles où il faut l’intervention d’un vicaire. Les curés, moyennant ce traitement, ne pourront rien plus prétendre pour les fonctions de leur état (7)
10° Toutes les abbayes, prieurés ou bénéfices consistoriaux seront supprimés
11° Il sera établi un consistoire à Paris pour sacrer les évêques, accorder leur bulle et investir leurs évêchés
12° Créer un patriarche pour présider ledit consistoire qui remplira en France les fonctions de Sa Sainteté ; moyennant ce, abroger tout envoi d’argent à Rome, soit pour les annates(8), bulle dispenses etc…

33 - Les états à Périgueux

Remarque : J’ai évoqué dans le livre les états du Périgord. En fait le sentiment que leur réunion de 1789 s’inscrivait dans la tradition de ceux de 1614 justifiait l’emploi de ce terme. Mais il s’agit d’une simple réunion électorale qui n’avait aucun pouvoir de décision à la manière des états provinciaux. Mais on voyait dans la réunion de 1789 un premier pas vers ce rétablissement

 b- les curés « richéristes (9)» et le malentendu de 1789 : texte abbé Lastorde (N N ,Fonds Périgord, correspondance Lespine)

L’abbé Lastorde (ou Laborde) est curé de Bourrou. C’est un correspondant de l’abbé Lespine qui en 1789 séjourne à Paris. Son confrère lui écrit donc pour lui arrer les nouvelles du pays et ici la réunion du clergé à Périgueux. On y retrouve l’inspiration richériste, un des avatars d »presbytérien » du jansénisme et qui s’élevait contre la gestion autocratique de l’ordre par le haut clergé méprisant à l’égard des prêtres de paroisses

b-le mandat impératif de la noblesse périgourdine.

Ce mandat a été voté par la partie la plus dure du clergé périgourdin et notamment des parisiens qui, n’ayant pas été élu voulurent enfermer leurs députés dans des prescriptions très étroites qui montrent leur état d’esprit et complètent le cahier de doléances.

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Notes :

Note 1 : A noter que le Dauphiné (pays d’Etat) faisait figure de modèles dans la pré-Révolution notamment à la suite de la fameuse « journée des tuiles » du 7 juin 1788 à Vizille. On y avait convoqué les Etats particuliers selon un mode qui augmentait la représentation du tiers et le vote en assemblée commune. Jean Egret, La Révolution des Notables, Mounier et les Monarchiens, 1789, Paris, Armand Colin, 1950.

Note 2  : On est ici face à la formulation stricte du système censitaire dans une définition plus rigoureuse que celle de la Constituante. Celle-ci graduait les droits des citoyens (actifs, électeurs, éligibles) en fonction de l’impôt. Ici  on établit une sorte de proportionnalité directe entre taille des propriété et citoyenneté on exclut du vote tous ceux qui ne sont pas propriétaires à commencer par les métayers même s’ils paient beaucoup d’impôts

Note 3 :  Il s’agit là des dîmes inféodées que percevait la noblesse qui constituait une partie décimée mais mal acceptée du produit décimal et qui avait survécu à la réforme grégorienne du XII °siècle qui avait vu l’Eglise récupérer ses biens spoliés par la noblesse durant les siècles de désordres postérieurs à Charlemagne.

Note 4C’est à dire en les distribuant aux manants au sein de la seigneurie, qui fonde la propriété éminente, en échange d’un cens ou droit ou rente féodale tandis que les propriétés directes acquises par achat ou héritage étaient travaillées en faire valoir direct ou louées aux fermiers ou métayers contre loyer en argent dans le premier cas, en nature dans le second.

Note 5 : Les domestiques des privilégiés étaient exempts de milice.

Note 6 : En fait cette mesure fut appliquée plus rigoureusement puisqu’on décida de « rendre leur liberté » aux religieux qui le souhaiteraient et de regrouper les autres par vingt

Note 7 :  Il s’agit d’interdire la perception de ce que l’on appelait le casuel notamment perçu pour les enterrements

Note 8 :  Revenu d’une année du bénéfice à envoyer à Rome au moment d’une entrée en possession. Dans les faits, il ne s’appliquait qu’aux évêques et était souvent une partie seulement du montant

Note 9 :  Le « richérisme » du nom d’Edmond Richer (1559-1661) affirmait la subordination du pape aux conciles et estimait que, le seul seigneur étant Jésus-Christ, l’Eglise ne pouvait être gouvernée que par des conseils dont les curés (prêtre ayant la « cura animarum » soit la charge des âmes), successeurs des apôtres devaient faire partie au même titre que les évêques conformément à ce qui se passait dans l’Eglise primitive. Le richérisme a été au XVIII°siècle une composante du jansénisme et a nourri une sorte de courant ecclésial démocratique qu’illustre cette lettre de l’abbé Lastorde ou Laborde que Louis Grillon avait relevée a la Bibliothèque nationale. Elle fait partie d’un courrier qui court sur l’année 1789 et qui montre que pour être richériste les curés avaient souvent pour ce qui est de la société des idées plus conservatrices. Cela a nourri le malentendu de 1789 sur le clergé que l’attitude de la majorité des ecclésiastiques à l’Assemblée devait dissiper : ils eurent vite le sentiment que les mesures prises par l’assemblée étaient hostiles au clergé. J’avais publié ce texte en 1989 dans Croquants et Jacobins, cité ci-dessus, p14-15

 

 

 

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