Samedi 10 octobre 2026
9h-17h amphithéâtre Jean Moulin (médiathèque Pierre Fanlac à Périgueux)
9h. Accueil
9h30. Ouverture du colloque, par Dominique Audrerie, président de la Société historique et archéologique du Périgord
Périgord, d’une identité mouvante à une image idéale
Maïté Etchechoury, archiviste-paléographe, ancienne directrice des Archives de la Dordogne
Depuis l’époque gauloise, le Périgord semble être une réalité solidement inscrite dans l’espace géographique et historique. À y regarder de plus près, cependant, on constate que plusieurs Périgords réels ou imaginaires se succèdent ou coexistent, avec des contours plus ou moins flous, depuis les Gaulois jusqu’à nos jours. La délimitation du département de la Dordogne sous la Révolution a paradoxalement posé les prémices de l’image idéalisée d’un « éternel » Périgord, devenue plus vraie que la réalité.
Paysages et imaginaire périgourdin
Michel Favory, professeur émérite des universités, Sciences-Po Bordeaux, géographe, aménagement urbanisme
Cette communication envisage le paysage comme une réalité sensible qui se noue entre l’habitant, le voyageur, le géographe, l’artiste, le romancier et l’espace périgourdin à partir du champ visuel. Qu’expriment ces fragments d’espaces perçus et mémorisés et souvent représentés, de l’identité et la réalité périgourdine ? Ces paysages entremêlent des images des lieux, qu’elles soient dominantes ou particulières. De leur identification dans l’espace vécu et de l’analyse des éléments qui en composent la trame signifiante, se dégagent les contours spatiaux et les constituants d’un imaginaire régional au sens géographique qui participe à l’institution d’un Périgord visuel et mental.
La fabrique d’un territoire fantasmé
Hélène Lafaye-Fouhéty, professeur de géographie en classes préparatoires
Le Périgord apparaît comme un palimpseste de moments et de lieux très identifiés et ancrés dans l’imaginaire collectif. L’imbrication entre un territoire, son histoire, des habitants donne à voir aux touristes et aux nouveaux arrivants une image idéalisée parfois éloignée de l’espace vécu. Ce territoire idéalisé recèle pourtant de nombreuses fractures : Périgord de l’envers et de l’endroit et fossé qui se creuse entre réalités et idéalisations voire instrumentalisations de cet art de vivre. Ce territoire aux contours à priori bien identifiés est pourtant sans cesse redessiné par des influences extérieures multiples.
Un ancrage culturel et économique singulier en Périgord, les métiers d’art et les métiers du luxe
Patrick Palem, délégué pour la Dordogne de la Fondation du Patrimoine, Nathalie Legrand, vice-présidente de la CMANA Dordogne en charge des métiers d’art, Julien Baillemont, chercheur
La Dordogne est devenu le premier département de Nouvelle-Aquitaine qui compte, proportionnellement à sa population, la plus grande densité de professionnels en métiers d’art, du simple artisan à la manufacture. Du fait de la diversité des métiers exercés, ces savoirfaire rares couvrent un champ très large dans notre département : du métier traditionnel aux métiers de la filière du luxe. Cette richesse culturelle et économique est souvent mal cernée, alors qu’elle constitue un vivier de création en arts décoratifs et permet la restauration et la sauvegarde de notre patrimoine. Aujourd’hui, il semble possible d’affirmer que le secteur des métiers d’art constitue un caractère affirmé du Périgord.
Déjeuner (buffet) au restaurant Le Saint-Jacques : 25 € - sur inscription au 05 53 06 95 88
Évolution des arts : de la représentation du réel à son interprétation
Florent Piednoir, galeriste, spécialiste des artistes du Périgord
De 1830 à nos jours, le Périgord inspire des générations d’artistes dont le regard évolue au fil des courants. D’abord abordé de manière documentaire et académique par des artistes extérieurs, le territoire devient, à la fin du xixe siècle, un véritable sujet d’interprétation pour les peintres locaux, influencés par l’impressionnisme et les évolutions artistiques. Au xxe siècle, modernité et diversité des styles enrichissent encore cette vision, portée aussi par des regards venus d’ailleurs. Au-delà du paysage, la vie quotidienne, l’illustration et plus rarement la sculpture témoignent de l’identité périgourdine. Aujourd’hui plus discrète, cette création prolonge néanmoins un héritage artistique riche et vivant.
Voyage dans le Périgord des écrivains
Romain Bondonneau, président-fondateur des éditions du Ruisseau (Vitrac), auteur de nombreux ouvrages sur les patrimoines historiques, naturels et artistiques du Périgord. En 2024, il dirige une anthologie inédite : Le Périgord des écrivains
Il y a la célébration du territoire avec La Boétie, Rachilde, Le Roy, Maurois, Gascar, Signol ou Testut. Il y a parfois les déambulations géographiques avec Hugo, Reclus ou Bailly. Il y a aussi la fascination des étrangers avec Pound, Celan ou White. Il y a évidemment la préhistoire avec Augiéras, Jünger ou Michon. Enfin, il y a des petites pépites, souvent peu connues, des plus grands : Colette, Aragon, Camus, Nizan, Duras et Gracq. Tous participèrent à l’invention d’un Périgord personnel : mystérieux, gourmand, archaïque, âpre ou séduisant... mais tous d’accord avec Henry Miller : « La Dordogne est le pays de Dieu lui-même » !
« A Dream tethered to Truth » : le rêve et la réalité de la vision anglo-américaine du Périgord/Dordogne. Une enquête sélective sur la littérature en anglais
Thomas McDonald, American et Périgourdin depuis plus de 35 ans, ancien avocat
La fascination britannique et américaine pour le Périgord/Dordogne est attestée par les statistiques démographiques et par une littérature abondante ‒ sous forme de carnets de voyage, de mémoires, de poésie et d’oeuvres de fiction ‒, qui, débutant à la fin du xixe siècle, sous-tend l’intérêt pour ce que les Britanniques appellent le « pays de la Dordogne ». Cette littérature, en particulier depuis la Seconde Guerre mondiale, a inspiré et nourri un « rêve » anglo-américain d’une région particulière de beauté naturelle, de culture et d’histoire, encourageant le tourisme et l’immigration. Son analyse démontre une appréciation presque mythique, tout en étant tempérée par la réalité, et révèle la vision anglo-américaine du rêve et de la réalité du Périgord/Dordogne.
Le Périgord d’aujourd’hui, quand les néo-ruraux voisinent avec les fils de croquants
Clément Bouynet, journaliste à Sud Ouest
De vieux corps de ferme de pierre blonde sont devenus des maisons d’architecte et des séchoirs à tabac en lambeaux des ateliers d’artiste. Des villages longtemps désertés se repeuplent grâce à l’emménagement de personnes plutôt aisées, pas forcément actives, venues profiter de la quiétude et des paysages. Pour des autochtones, autoproclamés fils de croquants, ce calme est synonyme d’immobilisme. Pour eux, le Périgord ne doit pas être fantasmé, mais vécu, développé. Déviation de Beynac, mare de Grignols, éoliennes en Périgord Vert : ces exemples montrent que la cohabitation ne va pas de soi.
Conclusion : regard d’un historien contemporanéiste sur le Périgord
Bernard Lachaise, professeur honoraire d’histoire, université Bordeaux-Montaigne
Discussions animées par Hervé Chassain, journaliste honoraire